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Plastiques : l'étude qui révèle une pollution des sols pire que celle des océans

Photo de Mathieu Viviani

Mathieu Viviani

Publié le 23 mai 2025 à 11:52 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 20:25

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Le CNRS et l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) dresse un bilan accablant des usages et de la pollution du plastique agricole et pour les emballages alimentaires. Leurs conclusions sont inquiétantes pour la santé de la faune, de la flore et des êtres humains.

20 % du plastique consommé en France est destiné au secteur agricole et alimentaire. Un usage massif problématique, à l'origine d'une pollution en grande partie invisible à l'œil nu, et qui affecte la santé de la faune et de la flore, mais aussi celles des êtres humains. Pour l'État français, l'enjeu de santé publique s'ajoute donc à l'enjeu écologique.

C'est pour y voir plus clair que les ministères de la Transition écologique et de l'Agriculture, ainsi que l'Ademe, ont chargé l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae) et le CNRS de produire une étude précise sur l'usage et les impacts du plastique agricole et alimentaire. En quatre questions, en voici les principaux enseignements.

📍​Pourquoi la méthode de cette étude est inédite ?

« Je souligne la force et l'originalité de ce travail d'expertise et interdisciplinaire sur ce sujet spécifique », a insisté lors d'une présentation ce vendredi matin, Baptiste Monsaingeon, enseignant-chercheur à l'université de Reims, médaillé de bronze du CNRS pour ses travaux sur les déchets.

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Pour réaliser cette étude, 30 chercheurs du CNRS, de l'Inrae, mais aussi d'autres instituts de recherche en Europe, ont été mobilisés. Un peu comme le Giec pour le climat, leur travail a consisté a exploré environ 4 500 publications scientifiques sur le plastique utilisé dans l'alimentation et l'agriculture, pour en retirer la moelle la plus concrète et pertinente. Dans ce domaine de recherche, c'est inédit.

📍​Les sols plus pollués par les plastiques que les océans, vraiment ?

C'est en effet l'une des principales conclusions de cette recherche. Contrairement à ce que le grand public pensait jusqu'ici, la contamination des sols par les microplastiques est « vraisemblablement supérieure à la totalité de celle des océans », révèle le CNRS et l'Inrae dans leur travail. « Tous les types de sols, même désertiques, sont contaminés par des microplastiques, à des taux allant de 100 à 10 000 particules par kg de sol, dans le premier mètre de profondeur », précise l'étude.

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Les sols agricoles sont en toute logique particulièrement concernés, les méthodes de culture, notamment de fruits et légumes, utilisant beaucoup de plastique. Celui-ci présente notamment l'avantage d'être aussi robuste que léger, et moins chers, que des intrants chimiques.

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Par ailleurs, selon Muriel Mercier robin, directrice de recherche à l'Inrae et spécialiste de l'effet des plastiques sur le corps humain, ce qui rend cette pollution particulièrement opérante dans les sols est la forte capacité de fragmentation du plastique, qui comme dans les océans, peut atteindre le nanomètre. « De plus le plastique déposé sur les sols se propage dans l'air, ce qui est très problématique », ajoute ce matin Muriel Mercier robin, directrice de recherche à l'Inrae et spécialiste de l'effet toxique des plastiques sur le corps humain.

📍​Pourquoi le plastique est un « cheval de troie » de substances néfastes pour la santé ?

C'est l'autre enseignement principal de cette étude : le plastique a une forte capacité de transport de molécules toxiques, métaux lourds, mais aussi des bactéries pathogènes. « On dénombre environ 16 000 substances chimiques dans les plastiques », explique la chercheuse de l'Inrae, et membre de l'équipe de coordination de ces travaux. « Dans l'ensemble de ces substances, seules 6 % sont réglementés par des accords internationaux », qui protègent les consommateurs. Notamment le bisphénol A et les phtalates, reconnus pour être perturbateurs endocriniens et néfastes pour l'appareil reproductif. Enfin, ajoute Muriel Mercier robin, on retrouve « 25 % de l'ensemble de ces substances dans le corps humain ».

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L'étude rappelle aussi que chez les êtres humains et les animaux, les microplastiques sont retrouvés dans la plupart des organes, comme les poumons, le système digestif, les fluides et le lait maternel. Des études précliniques font le lien entre la contamination au microplastique et des pathologies du côlon, du foie, du rein ou du cœur.

📍​ Que faire pour agir contre le fléau du plastique alimentaire ?

Lors de la présentation de l'étude ce matin, tous les coordinateurs de la recherche l'ont rappelé : le but de cette étude n'est pas de faire des recommandations, mais plutôt de dresser un état des lieux le plus précis possible. Charge ensuite au gouvernement et l'administration de s'en saisir afin d'agir.

Mais certaines données relevées permettent de déduire pistes d'action évidente. Notamment l'impératif de réduire à la source la production de plastique, plutôt que de privilégier le modèle du recyclage, dominant en France et dans le monde. D'autant que celui-ci n'est pas satisfaisant, car il est impossible de recycler un plastique à l'infini. De plus, la multiplicité des besoins des acteurs de la production et distribution alimentaire, fait que les contenants en plastique deviennent de plus en plus en complexes (formes, couleurs, capacité de conservation différentes, etc.). Et donc difficile à recycler.

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Par ailleurs, ce travail scientifique montre que les plastiques « biosourcés », sont certes une alternative, mais reste des plastiques quand même, et ne règle pas la question de la production.

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Enfin, l'étude mentionne comme moyens de lutte notable, l'éducation à l'environnement, le contrôle des pratiques de lobbying, les politiques de régulations, comme la directive européenne qui interdit le plastique à usage unique, la loi française antigaspillage alimentaire (Agec), ou encore le futur Traité mondial contre les pollutions plastiques, actuellement en négociation. Les prochaines discussions auront lieu à Genève du 5 au 14 août prochain.

Mathieu Viviani

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