L'Europe donne un coup de frein à ses ambitions climatiques
latribune.fr

Photo d'illustration
Reuters
latribune.fr

Photo d'illustration
Reuters
[Article publié mercredi 26 février 2025 à 12h52, mis à jour à 16h04] L'Union européenne cherche un difficile équilibre entre compétitivité et ambitions climatiques. Elle a proposé ce mercredi de mettre un coup de frein à certains de ses projets sur le climat pour donner un peu d'air aux entreprises, soumises à une concurrence féroce venant des États-Unis et de la Chine.
Sous la pression d'industriels, comme de Paris et de Berlin, mais au grand dam des ONG, la Commission a ainsi proposé la modification de plusieurs textes très ambitieux, dont certains récemment adoptés.
Devant des industriels réunis aujourd'hui à Anvers, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a affirmé ce mercredi vouloir « simplifier » les règles auxquelles les entreprises sont confrontées dans l'UE, sans pour autant renoncer aux objectifs climatiques très ambitieux du continent.
La proposition dévoilée par l'exécutif européen entend se débarrasser « des excès de formalités et la charge administrative », a-t-elle déclaré. « Permettez-moi toutefois d'être claire : nos objectifs climatiques et sociaux restent inchangés », a-t-elle assuré.
En faisant cela, l'Europe montre qu'elle « sait se réformer », a plaidé le commissaire européen Stéphane Séjourné. « Sans tronçonneuse mais avec des hommes et des femmes compétents, qui écoutent les acteurs économiques », a-t-il lancé, en clin d'œil à Elon Musk et au président argentin Javier Milei.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

Plusieurs textes vont donc être retouchés par l'exécutif européen. Parmi eux, le report d'un an et la révision du « droit de vigilance » imposé aux industriels. Ce texte exigeait des entreprises qu'elles préviennent et remédient aux violations de droits humains et dommages environnementaux tout au long de leur chaîne de valeur, y compris chez leurs fournisseurs et sous-traitants.
Par ailleurs, le nombre d'entreprises devant se plier à une sorte de comptabilité verte va être réduit. Le but de cette règle était d'harmoniser la manière dont les entreprises publient leurs données de « durabilité », mais elle était très critiquée par les lobbies patronaux.
La cheffe de l'exécutif européen Ursula von der Leyen avait placé la lutte contre le changement climatique au cœur de son premier mandat. Mais face au risque d'une guerre commerciale avec l'Amérique de Donald Trump, qui menace d'imposer de nouveaux droits de douane au Vieux Continent, elle tourne son attention vers les entreprises.
La révision de ces textes sera soumise à l'approbation du Parlement européen et des États membres. Au Parlement, la bataille s'annonce « très difficile », prédit la centriste Marie-Pierre Vedrenne. Illustration du virage pris par Bruxelles, l'eurodéputée française soutenait il y a encore quelques mois les textes, qu'elle veut aujourd'hui modifier.
« Il est vrai qu'en tant qu'élue, quand vous avez travaillé pendant cinq ans sur un dossier, ce n'est pas très facile de dire que vous vous êtes trompée », confie-t-elle. « Mais je pense que le monde a complètement changé depuis », assure la députée, évoquant entre autres les tensions géopolitiques et la poussée de la droite et de l'extrême droite aux dernières élections européennes.
Dans une lettre publiée la semaine dernière, les socialistes ont exhorté la Commission à « revoir » sa copie. Tout comme les ONG environnementales, vent debout contre cette proposition. « C'est du pur délire », dénonce Amandine Van Den Berghe, de l'ONG ClientEarth. « Changer de cap maintenant pénaliserait fortement les grandes entreprises qui se sont engagées dans la voie du développement durable et qui ont commencé à investir de l'argent et des ressources pour se conformer à la législation », assure-t-elle.
L'Europe rétorque qu'elle n'entend pas remettre en question la lutte contre le changement climatique, ni même son objectif d'atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050. C'est d'ailleurs pourquoi elle dévoile également ce mercredi sa stratégie pour soutenir la décarbonation de l'industrie européenne, baptisée « Pacte pour une industrie propre ». Dans ce document d'une vingtaine de pages figurent peu de propositions chiffrées. Il comprend toutefois une ribambelle d'incitations pour investir dans l'énergie propre, avec une emphase sur le « made in Europe ».
L'Union européenne propose aussi des achats groupés de matières premières essentielles pour l'électronique et les technologies propres, un peu à la manière de ce qu'elle a fait avec les vaccins durant la pandémie. Bruxelles pense avoir une carte à jouer dans ce secteur, face au climatoscepticisme de Donald Trump.
À lire également
« Le fait que les États-Unis s'éloignent maintenant de leur programme climatique ne signifie pas que nous devrions faire de même. Au contraire. Cela signifie que nous devons aller de l'avant », veut croire le commissaire européen à l'Énergie, Dan Jørgensen.
(Avec AFP)
latribune.fr
Forêts, climat, puits de carbone : « Plusieurs réglementations européennes très lourdes posent problème à la Suède »
Vins de Bordeaux : les prix des vignes s'effondrent en Gironde
Climat : en Suède, la forêt est devenue une industrie du futur
Projet de loi d’urgence agricole : un premier succès à l’Assemblée, de nouveaux risques au Sénat