Les dessous de la flambée historique de l'or

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À 1.672 dollars mercredi, l'once d'or a touché un nouveau plafond. Particuliers ou banques centrales, chacun cherche son lingot. Cet engouement pour la valeur refuge par excellence n'est pas sans risque pour l'économie mondiale.

La chaleur du bitume parisien n'empêche pas Houssam, 25 ans, de hâter le pas pour se rendre chez son vendeur d'or favori. Ce mardi 2 août, à midi, il faut faire vite. Plusieurs boutiques de numismatique sont fermées, et l'activité s'accélère rue Vivienne, avant le gong de 13 heures lorsque CPoR, numéro 1 de l'or en France, donne le cours du napoléon à Paris. Pour l'instant, le cours de la veille fait encore référence, alors que le marché international grimpe. Pour acheter, mieux vaut donc se dépêcher. Malgré le vote du Sénat américain durant la nuit précédente, qui entérine le relèvement du plafond de la dette, les investisseurs de tout calibre continuent de se ruer sur l'or.

Finalement, ce jour-là, Houssam opte pour « l'or du pauvre » : une quarantaine de piécettes d'argent, acquises pour 298 euros, « parce que c'est rare de trouver de l'argent ». Le jeune homme, qui verrait bien l'once d'or atteindre un jour les 3.000 dollars, en acquiert plusieurs fois par mois en alternance avec le métal blanc. Il fait partie des habitués dont les rangs commencent à grossir. Depuis plusieurs semaines, « l'activité a énormément augmenté, et on voit arriver de nouveaux profils. Des gens qui ne connaissent rien à l'or, mais qui ferment leur assurance-vie parce qu'ils n'ont plus confiance dans les banques », assure Charles, vendeur chez Joubert.

La peur rampante du chaos motive en grande partie ce repli massif sur le métal qui vole de record en record : l'once a gagné 10 % en un mois, touchant hier un nouveau sommet historique à 1.672,80 dollars. Il y a les particuliers bien sûr, mais les banques centrales des pays émergents se lancent aussi dans la mêlée. À plus grande échelle... Elles ont acheté pour 10 milliards de dollars d'or au premier semestre. Soit 180 tonnes. C'est déjà plus du double de 2010, toutes autorités monétaires confondues. En plus de la Corée du Sud, la Russie ou le Kazakhstan, la Thaïlande a déclaré mercredi avoir accumulé 19 tonnes d'or début 2011. La Russie est entrée dans le cercle des huit puissances les plus riches en or, devant le Japon, et encore loin derrière le champion du groupe des « déclinants » : les États-Unis qui détiennent 8.133,5 tonnes, soit plus de huit ans de production mondiale. Ironie de l'histoire, ce sont les défaillances du pays le plus riche en or qui constituent actuellement le principal motif de la hausse du métal. « La possibilité d'une dégradation de la note de la dette des États-Unis, déjà placés sous surveillance négative par Moody's et S&P, incite les investisseurs à se réfugier sur l'or », note Leon Westgate, spécialiste des métaux précieux chez Standard Bank. Une crainte pernicieuse, qui a ses effets pervers. D'autant qu'elle enfle en plein coeur de l'été, au moment où la faiblesse du nombre de transactions amplifie la moindre tendance. Ainsi, délaisser les bons du Trésor américains pour se reporter sur l'or a pour effet de faire chuter les rendements des obligations américaines, et de réduire la capacité de remboursement des États-Unis. Et donc d'attiser le risque d'une dégradation. Même scénario pour les marchés actions : abandonner les actions pour acheter de l'or fait chuter les indices boursiers, ce qui risque de miner le moral des consommateurs. Et d'inciter la Fed à remettre en marche la planche à billets pour éviter une contraction de l'économie. La ruée vers l'or alimente... la ruée vers l'or.

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