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Lancement d'une grande étude sur le chlordécone dans les Antilles

reuters.com  |   |  526  mots
Lancement d'une grande etude sur le chlordecone dans les antilles[reuters.com]
(Crédits : Jaime Saldarriaga)

FORT-DE-FRANCE, MARTINIQUE (Reuters) - Pour la première fois, une étude de l'alimentation sera réalisée en Martinique et en Guadeloupe par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES), pour déterminer l'exposition des populations aux substances chimiques, dont le chlordécone.

Selon une étude de Santé Publique France publiée en 2018, 92% des Martiniquais et 95% des Guadeloupéens sont aujourd'hui contaminés par ce puissant pesticide utilisé de 1972 à 1993 dans les bananeraies, malgré son interdiction en France dès 1990.

II était destiné à lutter contre le charançon, un insecte qui ravageait les plantations.

Roger Genet, le directeur général de l'Anses, actuellement en Martinique pour rencontrer les acteurs, a annoncé lundi devant la presse que l'étude devrait démarrer d'ici la fin de l'année et livrer ses conclusions en 2024.

"Il s'agit d'obtenir une photographie de l'exposition des populations antillaises aux substances chimiques par la voie alimentaire, avec les aliments tels qu'ils sont consommés, cuisinés, de façon à avoir une vision de l'ensemble des facteurs d'exposition", a-t-il dit.

À Paris, la commission d'enquête parlementaire sur l'impact économique, sanitaire et environnemental de l'utilisation du chlordécone et du paraquat a également débuté ses auditions publiques lundi jusqu'à la fin de la semaine, avant un déplacement aux Antilles en septembre.

RISQUE AUGMENTE

Présidée par le député martiniquais Serge Letchimy, la commission prévue sur 6 mois a fixé trois axes de travail : l'évaluation des impacts économiques, sanitaires et environnementaux ; l'identification des responsabilités des autorités et des acteurs, publics comme privés, dans la prolongation de l'autorisation et l'étude de la nécessité et des modalités d'une indemnisation des préjudices subis par les populations et les territoires.

Entendu lundi, le professeur Luc Multigner a souligné que "l'approche épidémiologique rend difficile de prouver ou démontrer des liens de manière formelle et absolue" entre chlordécone et cancer de la prostate.

Mais il a rappelé les conclusions de l'étude Karuprosthate menée en Guadeloupe en 2010. "L'exposition au chlordécone est associée à un risque augmenté de survenue de la maladie. Je ne peux faire plus simple", a-t-il déclaré.

Selon lui, sur 500 nouveaux cas annuels de cancers de la prostate aux Antilles, 25 à 40 seraient imputables au chlordécone. Ses dernières publications mettent en évidence un risque de récidive du cancer de la prostate trois fois plus fort en Martinique et en Guadeloupe qu'au niveau national.

Le patron de l'Anses a également soutenu lundi que la recherche, en l'état, ne permettait pas d'établir de lien de causalité direct. "Sur le plan sanitaire, on a un niveau de preuves limitées sur l'impact, du lien de causalité entre l'exposition à la chlordécone et des pathologies particulières, il faut que l'on continue les études".

En septembre dernier, lors de sa visite aux Antilles, Emmanuel Macron avait reconnu que "la pollution à la chlordécone est un scandale environnemental" et que "l'Etat doit prendre sa part de responsabilité dans cette pollution et doit avancer dans le chemin de la réparation".

(Rodolphe Lamy, édité par Yves Clarisse)