France : Pourquoi le recul du chômage est essentiellement lié aux aides à l'apprentissage

Emmanuel Macron est ce lundi en campagne à Dijon pour évoquer ses propositions en matière de jeunesse et d'emploi. Il entend notamment poursuivre la politique qu'il mène en matière d'apprentissage, qui aurait contribué à plus de la majorité des emplois totaux créés en France depuis 2 ans. Un dispositif toutefois loin d'être épargné par les critiques notamment sur les bénéficiaires de ces contrats. De quoi alimenter une baisse du chômage en trompe-l'œil ?
Selon les calculs des experts de l'OFCE, la France dépenserait entre 3 et 5 milliards d'euros par an pour financer ce dispositif. Ces contrats d'apprentissage sont donc largement aidés. Autrement dit, ils subventionnent l'inversion de la courbe.
Selon les calculs des experts de l'OFCE, la France dépenserait entre 3 et 5 milliards d'euros par an pour financer ce dispositif. Ces contrats d'apprentissage sont donc largement aidés. Autrement dit, ils subventionnent l'inversion de la courbe. (Crédits : Reuters)

Depuis la réforme de l'apprentissage en 2018, jamais le nombre de contrats n'a été aussi élevé en France. 370.000 en 2019, 520.000 en 2020, près de 720.000 en 2021, et probablement 900.000 cette année. En supprimant certaines rigidités - administratives notamment -, en soutenant financièrement ces contrats, et en laissant aussi plus de pouvoir aux entreprises, cette reforme a donné un élan à ce dispositif. Il permet à des jeunes de 16 à 29 ans d'alterner des cours théoriques dans un centre de formation en apprentissage (CFA) ou dans un établissement du supérieur et une formation pratique en entreprise.

L'apprentissage est une solution pour les jeunes qui cherchent à s'insérer dans le monde professionnel. Il a contribué à faire baisser le chômage des jeunes - évalué à 15,9 % à la fin de 2021, soit un niveau qui n'a pas été aussi bas depuis 1981. Un bilan qu'Emmanuel Macron, en campagne pour un second mandat, entend bien mettre en avant, notamment ce lundi en déplacement à Dijon.

Selon les calculs des experts de l'OFCE, la France dépenserait entre 3 et 5 milliards d'euros par an pour financer ce dispositif. Ces contrats d'apprentissage sont donc largement aidés. Autrement dit, ils subventionnent l'inversion de la courbe. Ainsi l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) souligne-t-il, dans une note en date du 17 mars, que "la très forte baisse du taux de chômage des jeunes reposerait donc sur une contribution très importante de l'apprentissage, dopée par un niveau de subvention atypique".

Mais au-delà de ces bons résultats d'insertion professionnelle des jeunes, les dispositifs d'aide à l'apprentissage ont en réalité grandement participé à la baisse générale du chômage depuis deux ans. Selon les experts de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFDE), "plus de la moitié des emplois totaux créés en France de fin 2019 à fin 2021 sont des contrats d'apprentissage", affirment-ils à La Tribune.

Un système largement subventionné

De quoi ainsi justifier les larges subventions accordées à l'apprentissage. L'exécutif s'est en effet montré généreux afin de soutenir les embauches de jeunes par les entreprises pendant la crise. Il a distribué des primes aux sociétés, quelle que soit leur taille et leur secteur : 5.000 euros pour l'embauche d'un apprenti de moins de 18 ans, 8.000 pour un jeune majeur. Comme les contrats d'apprentis bénéficient par ailleurs des exonérations de cotisations patronales et salariales, l'embauche d'un apprenti la première année est quasiment gratuite pour l'entreprise. Et pour ne pas prendre le risque de casser la croissance, le gouvernement n'a eu de cesse de prolonger ces aides... qui courent jusqu'à la fin du mois de juin 2022.

Mais ces dispositifs suscitent des critiques. Des chercheurs, comme Bruno Coquet, s'inquiètent en effet que cette subvention concerne notamment les jeunes les plus diplômés, ceux de l'enseignement supérieur, qui entrent en apprentissage. Dans un billet de blog, ce chercheur associé à l'OFCE note en effet que ces "aides exceptionnelles ont provoqué une hausse de +167% des entrées en apprentissage de Bac +2, mais de seulement + 37% des nouveaux contrats d'apprentis préparant un niveau Bac."

Apprentissage

Selon une analyse de la Cour des comptes, publiée en décembre dernier, "l'essentiel des nouvelles places créées en apprentissage ont profité aux élèves capables de suivre un cursus long, et a finalement peu bénéficié aux publics les plus vulnérables".

Quel est alors l'effet de substitution à de "vraies" embauches ? Alors que la reprise a boosté les besoins en main d'œuvre, combien d'entreprises se sont tournées vers l'apprentissage pour bénéficier des aides alors qu'elles auraient pu recruter des jeunes en CDD ou CDI classiques ? Difficile de répondre clairement à la question. Mais selon l'OFCE, ce serait massif.

Un coût ou un investissement d'avenir ?

Outre l'effet d'éviction par rapport au chômage, le coût de l'apprentissage pour les finances publiques est donc très élevé. Pour financer ces primes - distribuées sans limite - l'Etat a puisé dans le fameux "quoi qu'il en coute". Mais aussi dans le plan de relance ou encore dans les budgets du plan "un jeune, une solution".

"Mais après 20 ans de chômage de masse des jeunes, que faut-il mieux ?", s'agace un conseiller proche d'Emmanuel Macron. "Laisser ces jeunes dans la difficulté ou les accompagner, même si ça coûte cher, vers l'insertion. L'apprentissage, c'est un investissement d'avenir !". Selon une étude de la Darès de 2019, près de 7 apprentis sur 10 trouvent un job dans le semestre qui suit leur formation.

De leur côté, les économistes de l'OFCE s'interrogent sur la dynamique à venir. Et de dessiner trois scénarios. Soit la hausse des contrats en apprentissage relève d'une effet de "substitution dominant" et dans ce cas le "niveau de l'emploi se maintiendrait". Car des embauches en CDI se substitueraient au surcroît d'entrées en apprentissage observé depuis la mi-2020.

Soit la flambée actuelle des contrats d'apprentissage relève de l'effet d'aubaine. Les entreprises ont alors recruté "gratuitement" ces jeunes grâces aux dispositifs d'aide, mais elles ont déjà prévu de les embaucher définitivement.

Troisième scénario, enfin : celui d'un effet d'opportunité. Ces embauches "gratuites" n'auraient pas eu lieu sans l'aide exceptionnelle, et elles risquent de disparaître sans que ces emplois soient remplacés par d'autres, apprentis ou non". La contribution très positive de l'aide exceptionnelle à l'emploi marchand deviendrait fortement négative avec le retrait de celle-ci", notent les experts de l'OCDE.

Si Emmanuel Macron est élu pour un second mandat, il est probable qu'il prolongera les aides aux entreprises ... au moins jusqu'à la fin de cette année.

Selon une analyse de la Cour des comptes, publiée en décembre dernier, "l'essentiel des nouvelles places créées en apprentissage ont profité aux élèves capables de suivre un cursus long, et a finalement peu bénéficié aux publics les plus vulnérables".

Quel est alors l'effet de substitution à de "vraies" embauches ? Alors que la reprise a boosté les besoins en main d'œuvre, combien d'entreprises se sont tournées vers l'apprentissage pour bénéficier des aides alors qu'elles auraient pu recruter des jeunes en CDD ou CDI classiques ? Difficile de répondre clairement à la question. Mais selon l'OFCE, ce serait massif.

Un coût ou un investissement d'avenir ?

Outre l'effet d'éviction par rapport au chômage, le coût de l'apprentissage pour les finances publiques est donc très élevé. Pour financer ces primes - distribuées sans limite - l'Etat a puisé dans le fameux "quoi qu'il en coute". Mais aussi dans le plan de relance ou encore dans les budgets du plan "un jeune, une solution".

"Mais après 20 ans de chômage de masse des jeunes, que faut-il mieux ?", s'agace un conseiller proche d'Emmanuel Macron. "Laisser ces jeunes dans la difficulté ou les accompagner, même si ça coûte cher, vers l'insertion. L'apprentissage, c'est un investissement d'avenir !". Selon une étude de la Darès de 2019, près de 7 apprentis sur 10 trouvent un job dans le semestre qui suit leur formation.

De leur côté, les économistes de l'OFCE s'interrogent sur la dynamique à venir. Et de dessiner trois scénarios. Soit la hausse des contrats en apprentissage relève d'une effet de "substitution dominant" et dans ce cas le "niveau de l'emploi se maintiendrait". Car des embauches en CDI se substitueraient au surcroît d'entrées en apprentissage observé depuis la mi-2020.

Soit la flambée actuelle des contrats d'apprentissage relève de l'effet d'aubaine. Les entreprises ont alors recruté "gratuitement" ces jeunes grâces aux dispositifs d'aide, mais elles ont déjà prévu de les embaucher définitivement.

Troisième scénario, enfin : celui d'un effet d'opportunité. Ces embauches "gratuites" n'auraient pas eu lieu sans l'aide exceptionnelle, et elles risquent de disparaître sans que ces emplois soient remplacés par d'autres, apprentis ou non". La contribution très positive de l'aide exceptionnelle à l'emploi marchand deviendrait fortement négative avec le retrait de celle-ci", notent les experts de l'OCDE.

Si Emmanuel Macron est élu pour un second mandat, il est probable qu'il prolongera les aides aux entreprises ... au moins jusqu'à la fin de cette année.

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Commentaires 15
à écrit le 30/03/2022 à 9:53
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La révolution, la vraie, est en marche : on commence à renoncer au mépris petit bourgeois bien franchouillard pour le travail manuel. Fini le primat de la Qulture ! L'industrie, qui est la principale source de création de richesses, peut enfin reven...

à écrit le 30/03/2022 à 9:14
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Ce sont des emplois aidés. De plus, l'apprentissage ne sert pas à grand chose car les jeunes sont exploités et ne développent pas les compétences nécessaires pour devenir des professionnels. Les entreprises ne les recrutent pas à la sortie car ...

à écrit le 29/03/2022 à 15:03
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un jeune qui sort de fac d'histoire ou lettres à bac +5 n'a pas beaucoup de perspectives d'emploi , et encore moins avec un bac un jeune qui a réalisé son contract d'apprentissage jusqu'au bout aura une solide formation professionelle + une conna...

à écrit le 29/03/2022 à 14:56
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Parce que les apprentis ne sont plus considérés comme des chômeurs et sortent ainsi des chiffres officiels d'un phénomène honteux vous en faites un vertueux. La vache j'espère qu'après ces p.. d'élections vous retrouverez un peu d'indépendance et de ...

à écrit le 29/03/2022 à 11:39
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pour une fois qu'ils prennent une mesure correcte, et structurelle, on ne va pas leur reprocher!! hollande et ses ami.es ont envoye l'apprentissage en l'air, en rigolant, puis se rendant compte de ce que ca donnait, on fait marche arriere en exigeant...

à écrit le 29/03/2022 à 11:26
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il est bien parti, le petit gars qui fait un apprentissage sur un moteur thermique, qui doit disparaitre dans les 5 ans a venir...qui nous disent les zelites

à écrit le 29/03/2022 à 10:50
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ces "aides exceptionnelles ont provoqué une hausse de +167% des entrées en apprentissage de Bac +2, mais de seulement + 37% des nouveaux contrats d'apprentis préparant un niveau Bac." 1) +37% c'est très bien déjà 2) l'apprentissage des bac +2 c'e...

à écrit le 29/03/2022 à 10:40
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Alors que le cœur de nos civilisations est technique et scientifique la France ne forme que des littéraires, des économistes et des juristes avec pour conséquences quelque 84 milliards de déficit commercial en 2021.. Et le pire est que l'on continue ...

à écrit le 29/03/2022 à 10:00
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Ne dit-on pas , chez les gaulois , que les voyages forment la jeunesse !!!!! ? >>>>> VOYAGE ( Musique / Videooooo... ) by LENINGRAD . ..... AhAhAhAhAhAh.....

à écrit le 29/03/2022 à 5:55
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Ici en Coree, un eleve qui ne "suit pas" sera des la premiere annee de college aiguille dans une formation technique ou il pourra durant une annee voir de pres divers metiers tant sur le terrain que dans un etablissement technique. Apres il pourra es...

le 29/03/2022 à 10:27
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Et entre 1960 et 1981 il y a quoi ? La droite …. En suisse il y a moins d étudiant au prorata de la population qu en France … et 4% de chômeurs beaucoup de pressions sociales pour ceux qui ne veulent pas travailler ( peu d aides sociales)…. Bref le s...

le 29/03/2022 à 10:27
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"Dans les annees 60, la France cultivait ce paradigme, depuis les socialos sont arrives" Dans les années 60/70/80 ,ce courant de pensée était lié a la classe sociale des parents et c'était leur métier qui déterminait souvent l'avenir de l'enfant ,...

le 29/03/2022 à 10:28
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Et entre 1960 et 1981 il y a quoi ? La droite …. En suisse il y a moins d étudiant au prorata de la population qu en France … et 4% de chômeurs beaucoup de pressions sociales pour ceux qui ne veulent pas travailler ( peu d aides sociales)…. Un travai...

le 29/03/2022 à 12:15
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Ce ciblage précoce en Corée et en Allemagne correspond aux besoin du marché de travail dans ces pays mais c'est aussi une perte de compétence. Combien de jeunes très brillants ont quelques faiblesses au collège alors qu'ils s'avèrent d'excellents étu...

à écrit le 28/03/2022 à 21:00
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Je suppose que quelque soit la formation, l'apprentissage apporte énormément, et donne plus de connaissances pratiques et théoriques (par rapport à un cursus en école seule). En apprentissage, tu cumules les expériences des autres élèves, des profess...

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