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ÉconomieFrance

Bruno Bonnell (LREM) : "Il faut réenchanter l'industrie"

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 13 novembre 2018 à 05:12 - Mis à jour le 14 novembre 2018 à 10:10

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

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Député La République en marche (LREM) de la 6e circonscription du Rhône, le Lyonnais Bruno Bonnell est une figure dans le monde de la robotique. Multi-entrepreneur, ce passionné de jeux vidéo, créateur du fonds d'investissement Robolution, s'est vu confier une mission sur le développement de l'industrie dans les territoires. Il dresse un état des lieux accablant de l'industrie française et appelle à prendre des mesures fiscales fortes pour accélérer l'investissement dans les usines du futur.

LA TRIBUNE - Quelles sont les raisons du retard de la France en matière de robotisation ?

BRUNO BONNELL - Le problème principal de la France, ce n'est pas le retard en robotique. C'est la désindustrialisation. Nous avons connu depuis 25 ans une chute vertigineuse du nombre d'usines. Notre industrie manufacturière s'est littéralement écroulée. Les besoins d'investissement dans l'industrie manufacturière sont partis avec. C'est cela qui explique que le nombre de robots dans des zones comme l'Italie du Nord ou l'Allemagne est considérablement plus important qu'en France.

Comment expliquez-vous cette désindustrialisation ?

Nous avons une transformation structurelle de la consommation. La France est passée d'une économie de rattrapage, qui était une économie de la demande, à une économie de l'offre et de l'innovation. Cette transformation a été très mal anticipée sur le territoire français. On a voulu rattraper le temps en baissant les marges pour essayer de vendre coûte que coûte. Avec la baisse des marges, les capacités d'investissement ont été limitées. Les entreprises se sont retrouvées affaiblies face à des enjeux stratégiques, à savoir la transformation de l'économie, et les usines ont fermé les unes après les autres. Les entreprises ont essayé d'optimiser leurs marges par la délocalisation.

Du côté de l'emploi, la France a eu une attitude relativement conservatrice pendant très longtemps. On a opposé pendant des années l'automatisation et l'emploi en donnant une priorité à l'emploi. Les gouvernements ont voulu soutenir l'emploi à coups de subventions et de niches fiscales. La France ne s'est pas attaquée au cœur du problème en faisant comprendre à l'opinion que l'automatisation et les robots pouvaient créer de l'emploi. L'industrie française a aussi longtemps souffert d'un manque de compétitivité. Les marges de manœuvre étaient limitées. Les investissements se sont orientés hors de l'industrie, dans le secteur financier par exemple ou dans le virtuel et le software. Ce qui a abouti à la grande épopée des startups.

Les robots représentent-ils vraiment une opportunité pour l'industrie française ?

Les technologies robotiques ont considérablement évolué au cours des vingt dernières années. La première phase correspondait à un moment où on optimisait les processus humains par l'automatisation. Dans une seconde phase, la robotique transforme les processus industriels. Cette période laisse la place à des robots plus intelligents et plus sophistiqués.

Vous proposez de créer un suramortissement robotique. En quoi consisterait-il ?

Il faut encourager les entreprises à investir dans de nouvelles méthodes de travail et de nouveaux systèmes de production. Ce nouveau dispositif fiscal vise à donner un coup de projecteur sur la nécessité d'investir dans la robotique à usage industriel et manufacturier. Nous voulons montrer aux entreprises que l'État les encourage, quand elles ont un choix d'investissement à faire, à en étudier les conséquences économiques. Le fait de ne pas avoir à amortir des investissements considérables comme l'ont fait les Allemands et les Italiens, cela va permettre à la France d'inventer de nouveaux process de production plus modernes et de gagner en compétitivité par rapport aux méthodes traditionnelles de robotique. Je suis déçu qu'on n'ait pas vu ça au cours des trente dernières années, mais je suis très optimiste étant donné l'accélération dans les nouveaux processus qu'on constate aujourd'hui. Il y a un nombre considérable d'entreprises qui se robotisent avec des robots de seconde génération. C'est pour moi une bonne nouvelle par rapport aux robots traditionnels.

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Comment cela fonctionnera-t-il ?

J'ai présenté dans le projet de loi de finances 2019 un amendement qui permettrait aux entreprises de déduire de leur résultat 40% des investissements destinés aux robots industriels. Le vrai problème, c'est que l'offre pour intégrer ces nouveaux outils est très insuffisante. Il existe environ 450 intégrateurs aujourd'hui, 70% ont moins de cinq salariés. Ces entreprises ont souvent des carnets de commandes remplis sur les douze prochains mois. Les chefs d'entreprise ont donc beaucoup de difficultés à trouver des sociétés qui puissent mettre en place les robots sur les chaînes de fabrication. Il y a un très grand enjeu de formation sur ces problématiques d'intégration. La clé du succès, c'est de ne pas perdre l'avance alors que l'on est prêt à investir et qu'on a les moyens mais pas les hommes à mettre en place sur les chaînes. Il faut aider ces boîtes d'intégration à grandir afin d'installer des processus et d'améliorer la qualité.

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robotisation, robots, industrie
robotisation, robots, industrie (Crédits : iStock)

[Un amendement présenté par Bruno Bonnell vise à permettre aux entreprises de déduire de leur résultat 40% des investissements destinés aux robots industriels. Crédits : iStock]

Le gouvernement a annoncé une enveloppe de 500 millions d'euros pour accompagner la transformation des entreprises vers l'industrie du futur. Pensez-vous que c'est suffisant ?

Le rôle du gouvernement est d'encadrer, de stimuler et de jouer sur les effets de levier des entreprises elles-mêmes. Il faut sortir du schéma où le plan est la solution du renouveau industriel de la France. La solution du renouveau industriel, ce sont les PME et les ETI. En fonction des stimulations, des budgets pour des études, les entreprises doivent à leur tour prendre des décisions d'investissement et s'émanciper de cette tutelle. Il faut laisser aux entreprises le temps de trouver les moyens de leur transformation. Dans le cadre de mon rapport sur la robotique, j'ai interrogé une centaine d'entreprises, et, dans le cadre de ma mission sur les territoires et l'industrie, j'aurai rencontré environ 150 PME. Elles me répondent souvent qu'elles n'ont besoin de rien d'autre que d'être accompagnées fiscalement, mais elles demandent qu'on les laisse faire.

Quelle est votre vision sur les filières d'avenir dans le domaine de l'industrie ?

Je défends des filières transversales plutôt que des filières sectorielles. Plutôt que de raisonner en filière de secteur industriel, je préfère raisonner en termes de filière d'infrastructure industrielle comme le numérique, la robotique, l'énergie.

Quels sont les leviers qui pourraient permettre un meilleur déploiement de l'industrie du futur ?

Le levier essentiel est celui de la formation. Il faut inciter à la certification aux nouvelles technologies et pas forcément au diplôme. Si quelqu'un veut faire un BTS robotique sur un territoire, il est obligé de passer par les universités et d'entrer dans un processus de documentation qui prend un certain temps. À la fin, la personne aura bien un diplôme d'État mais elle aura probablement perdu deux à trois ans à cause de la mise en place du dossier. Il est plus simple de mettre en place des centres de certification professionnelle pour répondre plus rapidement aux besoins des entreprises. Cela permettra à des jeunes d'entrer dans des filières de robotique plus facilement.

Le second levier, c'est qu'il faut réenchanter l'industrie. Il faut redonner aux jeunes un intérêt pour ces métiers qui ont une image extrêmement dégradée. Aujourd'hui, les défis dans l'industrie sont aussi intéressants que dans les jeux vidéo ou dans la conception d'un site Web. L'une des missions de l'industrie du futur est de penser le futur de l'industrie.

Le Premier ministre, Édouard Philippe, vous a confié en septembre dernier une mission "Territoire et industrie". En quoi consiste ce travail et quel est votre rôle ?

Le premier objectif est d'identifier les territoires français dans lesquels on a des champions. Ce sont des territoires où l'écosystème a simplement besoin d'être repéré et qui demandent qu'on y canalise les énergies de l'État et de la région.

Le deuxième aspect est de faire un état des lieux des moyens dont on dispose aujourd'hui. Le troisième objectif est de définir une méthodologie pour accompagner les territoires pour qu'ils puissent stimuler le développement industriel en région. Cette méthodologie doit passer par des analyses. Pourquoi les gens ont du mal à recruter en régions ? On a des vrais problèmes d'écosystèmes. Il faut que les gens trouvent des logements. Cela va permettre d'attirer des populations issues des métropoles vers des villes industrielles, entre 30.000 et 50.000 habitants, qui sont capables d'apporter une qualité de vie à ces gens-là. On veut donner aux territoires des outils de promotion, de valorisation de leur qualité de vie, voire, dans certains cas, de réflexion sur le logement.

Malgré la forte désindustrialisation en France, vous paraissez optimiste.

J'ai toutes les raisons de l'être. Je vois qu'il y a un déficit dans l'industrie de plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers d'emplois dans tous les territoires que je visite. Je rencontre beaucoup de chefs d'entreprise qui sont prêts à embaucher. Je constate une dynamique des PME en France. Dans cette économie de l'innovation, l'imagination et la créativité des entreprises s'expriment. La France a cette qualité de capacité d'innovation que l'on reconnaît déjà dans l'écosystème des startups et qui s'applique tous les jours à l'industrie.

Les entreprises veulent parfois relocaliser leur activité en raison de l'empreinte carbone élevée des produits qui viennent de très loin. Les donneurs d'ordre et les consommateurs demandent davantage à connaître l'empreinte carbone des produits. Si les produits proviennent de très loin, de Chine par exemple, même s'ils sont économiquement intéressants, les consommateurs peuvent considérer que l'empreinte carbone est une composante déterminante dans leur choix d'achat.

Propos recueillis par Grégoire Normand

___

Mini bio

1958 : Naissance à Alger
1983 : Crée la première société française de jeux vidéo, Infogrames (Alone in the Dark, Vrally, Driver)
2006 : Fonde Robopolis, un des leaders européens en robotique de service
2014 : Crée le fonds Robolution de 80 millions d'euros, consacré à la robotique
2017 : Élu député La République en marche dans la sixième circonscription du Rhône

| Les robots sauveront-ils l'industrie ? Retrouvez les autres articles de notre Dossier spécial dans La Tribune Hebdo n°268 daté du 9 novembre 2018 :

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Grégoire Normand

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