N'oubliez pas l'industrie SVP

ÉDITO. Le 20 septembre dernier, le Premier ministre Édouard Philippe a présenté le plan d'action de l'exécutif pour accélérer l'industrie du futur. Car avec le numérique et la robotisation, la France a une seconde chance pour se réindustrialiser. Par Philippe Mabille, directeur de la Rédaction.
Philippe Mabille

6 mn

(Crédits : Alwyn Scott)

La France a enfin un, ou plutôt une ministre de l'Industrie. La fonction, oubliée dans le précédent organigramme gouvernemental, n'est toujours pas affichée comme telle au sein du ministère de l'Économie et des Finances, qui ne reprend curieusement pas le mot industrie. Mais Agnès Pannier-Runacher, nouvelle secrétaire d'État auprès du ministre Bruno Le Maire, aura bien très clairement la mission de s'occuper de l'industrie, de façon plus claire que ses prédécesseurs, Benjamin Griveaux et Delphine Gény-Stephann, qui n'ont pas eu beaucoup d'occasions de se faire connaître.

Le choix de ce profil-type de la macronie, plutôt techno, n'enlève rien à l'importance de la fonction. Le premier dossier d'Agnès Pannier-Runacher a été le sauvetage, toujours en cours, de l'aciériste Ascoval, sur lequel elle s'est frottée à la colère de Xavier Bertrand, le patron de la Région Hauts-de-France et aux réalités d'un actionnaire et donneur d'ordre, Vallourec, peu disposé à s'engager plus avant dans cette PME. Un cas d'école du vécu de l'industrie française qui de l'usine Whirlpool d'Amiens à celle de GM&S à La Souterraine, pour ne prendre que des cas récents, en a vu passer des politiques et des promesses d'avenir radieux qui se sont souvent (mais pas toujours) terminées en drames sociaux et territoriaux.

La responsabilité du désamour de la France pour son industrie est collective

En trente ans, la part de l'industrie manufacturière n'a cessé de décliner, pour tomber à moins de 12% du PIB et de 2,8 millions d'emplois dans notre pays. Mal aimée, l'usine a été déconsidérée par les principales élites du pays, comme si la France avait fait le choix conscient d'une inéluctable désindustrialisation. On se souvient du discours sur la "Fabless Economy", l'entreprise sans usine, porté en 2001 par le PDG d'Alcatel-Alsthom Serge Tchuruk, qui a sans nul doute une responsabilité dans le démantèlement et la reprise par des groupes étrangers de feu notre fleuron national.

Inutile de pleurer sur le lait renversé. La responsabilité du désamour de la France pour son industrie est collective. Les politiques y ont aussi leur part. De Lionel Jospin qui fait les 35 heures en pleine mise en place de l'euro, imposant un choc de compétitivité négatif inutile que la France n'a toujours pas fini de digérer (la preuve, aucun pays n'a suivi la même voie...) à Jacques Chirac qui a laissé au cours de son second mandat se creuser l'écart entre l'Allemagne qui s'est réformée avec Schröder et la France qui s'est laissé vivre dans l'indolence avec lui, difficile de dire qui a fait le plus de mal à l'industrie française. Ni Nicolas Sarkozy ni François Hollande n'ont su inverser la tendance, la situation s'étant aggravée avec la crise de 2008 qui a accéléré la dépression de l'industrie française.

La reconquête sera territoriale

Emmanuel Macron a raison de dire qu'il « hérite » de cette situation et qu'il n'est là que depuis un an. La bonne nouvelle, c'est que même si le mot « industrie » ne figure pas dans l'intitulé du ministère de l'Économie, le sujet de la reconquête industrielle fait désormais l'objet d'une prise de conscience. On découvre, mais un peu tard, que si la croissance française peine à dépasser les 2% durablement, c'est parce que l'industrie a perdu une bonne partie de ses savoir-faire et ne trouve plus les compétences dont elle a besoin pour nourrir son développement. Le recrutement, c'est le problème numéro un de l'industrie. La réforme en cours de la formation professionnelle a pour vocation d'y répondre mais, comme beaucoup de mesures d'Emmanuel Macron, elle ne produira ses effets que dans plusieurs années.

Pour accélérer le réveil de l'industrie, le gouvernement met le cap sur deux actions conjointes. La revitalisation des « territoires d'industrie », avec une mission confiée à plusieurs députés dont Bruno Bonnell, et le soutien à l'industrie du futur. Le 20 septembre, au siège de Dassault Systèmes, le Premier ministre a présenté un plan d'action pour transformer notre industrie par le numérique. Une centaine de territoires d'industrie vont été identifiés, à l'image de la Vallée de l'Arve, avec l'intuition que la revitalisation des villes moyennes et des zones rurales passe par l'industrie.

Avec le numérique et la robotisation, ce que les Allemands ont appelé l'industrie 4.0, la France a une seconde chance pour se réindustrialiser, qu'il convient de ne pas rater et de bien planifier. Le rôle des clusters que sont les pôles de compétitivité, créés par Nicolas Sarkozy en 2005 et qui en sont à la phase IV de leur développement, est crucial, en liaison avec l'Alliance Industrie du futur dont se sont emparés les industriels.

"Changer d'idée sur l'usine"

Le défi, c'est désormais de changer d'échelle, d'accélérer la robotisation dont il est pour l'heure avéré qu'elle ne détruit pas les emplois, mais au contraire en crée de nouveaux, de créer des centres d'excellence dans des secteurs prioritaires, par exemple le spatial, les batteries du futur ou l'agroalimentaire, et de prendre des mesures fiscales incitatives, à l'image du « suramortissement robotique ».

Avec la transition écologique, la hausse des coûts de transports et le développement des nouvelles technologies comme l'impression 3D, il y a de nouvelles occasions à saisir pour relocaliser des usines en France, comme on commence à le constater. Mais il faut aussi que l'image même de l'industrie se revalorise dans l'opinion. Pour « changer d'idée sur l'usine », une exposition va être organisée pour la première fois du 22 au 25 novembre au Grand Palais, à Paris, pour y montrer une « usine vivante » et les progrès des technologies mais aussi de l'organisation du travail dans l'industrie de demain.

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Les robots sauveront-ils l'industrie ? Retrouvez les autres articles de notre Dossier spécial dans La Tribune Hebdo n°268 daté du 9 novembre 2018 :

H268

Philippe Mabille

6 mn

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Commentaires 7
à écrit le 12/11/2018 à 19:13
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personne n'a envie de se brûler les mains pour tirer les marrons du feu au profit de ceux qui vident l'assiette plus vite qu'elle ne se remplit

à écrit le 12/11/2018 à 17:41
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Et si notre fiscalité locale, CFE, CVAE, taxe foncière était totalement repensée pour transférer la charge fiscale de l'industriel au distributeur de bricoles chinoises. Certes le consommateur paiera plus cher ces bricoles chinoises mais il faut sav...

à écrit le 12/11/2018 à 13:43
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Tout est lié au rapport entre cout du travail et prix de l'énergie. Voir et appliquer la note n°6 du CAE. Qui le comprendra?

à écrit le 12/11/2018 à 12:08
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Pour les français, la voie royale a toujours été la fonction publique. Pour les ingénieux et industrieux, c'était le service public. Depuis 1981, le socialisme technostructurant et régulant a renforcé la tendance. Le nombre de fonctionnaires a dépass...

à écrit le 12/11/2018 à 10:32
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"Inutile de pleurer sur le lait renversé" une telle phase au lendemain des commémorations du 11/11 il fallait oser. Sur les 35 h vous avez raison personne ne nous a suivis, l'Allemagne a carrément "sauté" plusieurs classes en passant aux 28 h dans la...

à écrit le 12/11/2018 à 10:11
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la desindustrialisation de la france n'est pas a responsabilite collective, mais collectiviste!!!!! la nuance est de taille! la gauche a coule la france, puis vient la bouche en coeur expliquer que ceux sur lesquels elle vomit depuis 40 ans n'ont q...

le 12/11/2018 à 10:41
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Collectiviste, carrément! Toujours dans la nuance churchill on dirait! Aucun mot par contre sur la financiarisation de l'économie? Sur le fait qu'un nombre croissant de parasites se nourrit sur le dos de nos usines? L'industrie se meurt parce qu'...

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