Budget 2023 : malgré le risque de récession, Bercy s'accroche toujours à une croissance « qui résiste »

À deux semaines de la présentation du budget 2023, le gouvernement table désormais sur une croissance de 1% pour l'année prochaine contre 1,4% précédemment. Le gouvernement exclut pour l'instant le scénario noir d'une récession, même si la conjoncture internationale ne cesse de se dégrader.
Grégoire Normand
Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire et le ministre des Comptes publics Gabriel Attal et Bruno Le Maire
Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire et le ministre des Comptes publics Gabriel Attal et Bruno Le Maire (Crédits : Reuters)

L'automne s'annonce particulièrement brûlant. Entre la crise de l'énergie et la guerre en Ukraine, le gouvernement avance en terrain miné pour préparer son prochain budget 2023. À quelques semaines de la présentation du projet de loi de finances (PLF 2023) prévue le 26 septembre prochain, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire et celui du Budget Gabriel Attal ont présenté des prévisions macroéconomiques optimistes pour l'année prochaine lors d'une réunion avec des journalistes ce mardi 13 septembre.

« Nous sommes dans une situation économique marquée par de fortes tensions liées à la poursuite de la guerre en Ukraine, l'inflation et la fragilité économique de nos partenaires commerciaux. Dans ce contexte tendu, l'économie française résiste [...] Cette capacité de résistance nous amène à maintenir une croissance positive à 1% en 2023 », a déclaré le ministre de l'Economie, qui ne veut pas « céder au catastrophisme ».

Pour rappel, l'exécutif tablait sur une hausse du PIB de 1,4% dans son programme de stabilité envoyé à Bruxelles à la fin du mois de juillet après plusieurs mois de retard. Outre-Rhin, l'économie allemande, fortement dépendante de l'énergie russe plonge tout droit en récession six mois après le début de la guerre en Ukraine.

La Banque de France doit dévoiler jeudi prochain ses dernières prévisions mais son gouverneur François Villeroy de Galhau n'a pas écarté le scénario noir d'une récession. De son côté, l'Insee a révisé légèrement à la hausse ses prévisions de croissance pour 2022 à la faveur d'un second trimestre meilleur que prévu mais la fin de l'année pourrait s'assombrir. Une fermeture totale du robinet du gaz russe pourrait propulser l'indice des prix de l'énergie vers des sommets vertigineux après une année 2022 déjà record.

Une inflation structurellement plus élevée

Sur le front de l'inflation, la direction générale du trésor table désormais sur une inflation à 4,2% en 2023 contre 5,3% en 2022. Le gouvernement a révisé à la hausse ses prévisions d'inflation de 0,3 point pour cette année par rapport au programme de stabilité de juillet. « L'inflation est très élevée actuellement. Il y a une transmission des prix de gros aux prix de détail », a déclaré Bruno Le Maire. « Nous entrons dans une nouvelle ère économique, c'est celle d'une inflation structurellement plus élevée », a-t-il ajouté.

Le ministre a notamment évoqué le rôle des relocalisations dans la hausse des coûts et des prix de l'énergie plus élevés à l'avenir. Après avoir légèrement ralenti au mois d'août, l'indice des prix à la consommation pourrait de nouveau accélérer en fin d'année, selon les dernières prévisions de l'Insee, pour atteindre 6,6% en glissement annuel.

Un déficit à 5% du PIB en 2023

Concernant le déficit public, il devrait atteindre 5% du PIB en 2023 au même niveau qu'en 2022 et 6,4% en 2021. « La suppression de la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), étalée sur deux ans, les recettes plus fortes qu'attendu de l'impôt sur les sociétés devraient permettre d'avoir des recettes fiscales en hausse », a expliqué Gabriel Attal aux journalistes. Jusqu'en juillet dernier, Bercy tablait sur 52 milliards d'euros de recettes de l'impôt sur les sociétés en 2023 contre 55 milliards d'euros dorénavant grâce à une hausse de l'activité plus favorable qu'anticipé. Au sujet de la fiscalité, « la Cour des comptes et le rapporteur du Budget Jean-René Cazeneuve nous ont incité à retarder les baisses d'impôt », a poursuivi Gabriel Attal.

Du côté de la dette, Bercy a indiqué que la dette passerait de 111,5% du PIB en 2022 à 111,2% du PIB en 2023« Le rétablissement des finances publiques n'est pas négociable. L'objectif est de parvenir à une baisse de la dette publique en 2026 et de ramener le déficit en dessous de 3% en en 2027. Cette trajectoire se fera grâce à la croissance et la baisse des impôts », a expliqué Bruno Le Maire.

Bouclier tarifaire, taxe sur les superprofits, impôts de production : les dossiers chauds du budget 2023

Les dossiers potentiellement explosifs s'accumulent sur le bureau du ministre en charge des Comptes publics. Le bouclier tarifaire à destination des entreprises et des ménages pourrait être prolongé en 2023. D'après une récente estimation de Bercy, ce dispositif a déjà coûté 24 milliards d'euros depuis 2021, soit environ 1 point de produit intérieur brut (PIB). Dans le détail, 10,5 milliards d'euros ont déjà été dépensés pour l'électricité, 6 milliards d'euros pour le gaz et 7,5 milliards d'euros pour la ristourne sur le carburant. Du côté des entreprises, les profits réalisés par quelques mastodontes de l'énergie et du transport ont ravivé les débats sur la fiscalité des sociétés. Les conclusions de la mission flash actuellement menées à l'Assemblée nationale sur les superprofits pourraient mettre de l'huile dans les rouages de l'opposition.

Enfin, le revirement du gouvernement sur les impôts de production risque de donner lieu à de nombreuses passes d'armes. Après avoir promis une suppression de la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) en une seule fois, le ministre de l'Economie a fait machine arrière en étalant cette suppression sur deux années. Sans surprise, une partie du patronat par la voix du METI (Mouvement des entreprises de taille intermédiaire) a immédiatement réagi. « Pour le METI, ce serait une erreur d'ajouter à la crise actuelle un mauvais signal en matière de réformes structurelles de compétitivité », a affirmé l'organisation dans un communiqué.

Un Parlement prêt à croiser le fer

Contrairement au précédent quinquennat, le gouvernement n'est pas en position de force à l'Assemblée nationale. Après la rentrée, plusieurs groupes de l'opposition ont déjà fait savoir qu'ils n'allaient pas voter le prochain budget. Dans ce contexte, le gouvernement a entamé une série de rendez-vous au ministère des Finances, intitulée les « Dialogues de Bercy », avec les différents membres groupes d'opposition depuis ce mardi 13 septembre. Une cinquantaine de parlementaires ont répondu présents pour cette première réunion consacrée au pouvoir d'achat et au cadrage macroéconomique.

Lors d'une réunion avec l'association des journalistes de la presse présidentielle lundi soir, le président de la République, Emmanuel Macron n'a pas exclu le recours à l'article 49-3 de la Constitution, qui permet d'adopter un texte sans vote, sauf motion de censure. En cas « d'obstruction généralisée », il n'aura, assure-t-il, « aucun état d'âme à utiliser » cette arme constitutionnelle d'après des propos rapportés par l'Agence France Presse (AFP). Le bras de fer avec les oppositions s'annonce tendu.

Grégoire Normand

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Commentaires 5
à écrit le 14/09/2022 à 10:28
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J'adore la posture communication de toute la clique politicarde.. sortir du conseil des ministres non pas les mains vides ( ça ferait glandeur ), non pas avec un attaché case ou une roulante ( ça ferait vrp pis trop cher, ils ont pas les moyens ), no...

à écrit le 14/09/2022 à 7:34
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Les jours sont comptés pour Bruno Lemaire. On ne fera pas une politique raisonnable avec un Ministre d’une telle "instabilité".

à écrit le 14/09/2022 à 7:14
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Nos sanctions nous coûtent décidément très cher. Pourtant, on nous avait promis le contraire... Ça alors !

à écrit le 13/09/2022 à 22:40
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Définition de la schizophrénie? "Le gouvernement exclut pour l'instant le scénario noir d'une récession, même si la conjoncture internationale ne cesse de se dégrader".

à écrit le 13/09/2022 à 20:58
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Le maire II "touche du bois" pour que les centaines de milliards d'euro que Le maire I a dépensé ne se voient pas trop.

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