Cette dette colossale que la France veut mutualiser au niveau européen

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(Crédits : DADO RUVIC)
Avec l'explosion des dépenses de l'État, le choc de la dette française est estimé "à ce stade" à environ 22 points de produit intérieur brut (PIB). Une situation tenable uniquement avec la garantie de l'Europe ? Les chefs d'Etat de l'UE vont en outre devoir aborder ce vendredi l'épineux sujet de la mutualisation des dettes au niveau de l'Union. Une option qui est loin de faire consensus...

Au moment où la France s'inquiète d'un risque de deuxième vague de Covid-19, un rapport dresse la facture déjà salée de la première: une dette qui explose et qui pose des questions sur sa soutenabilité, selon un rapport jeudi de la Commission des Finances de l'Assemblée nationale.

"La crise économique actuelle, induite par la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, a conduit à une dégradation des finances publiques sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale", s'inquiète ce rapport présenté par Laurent Saint-Martin, rapporteur général du Budget à l'Assemblée.

Le choc est en effet estimé "à ce stade" à environ 22 points de produit intérieur brut (PIB), selon le troisième projet de loi de finances rectificative qui évalue le ratio de dette française sur le PIB à 120,9% soit 2.650 milliards d'euros.

Lire aussi : La Cour des comptes inquiète d'une dette non maîtrisée, appelle à un effort "dans la durée"

130 milliards d'émissions de dette supplémentaires

En conséquence, le recours de l'État aux émissions de dette sur les marchés financiers devrait s'envoler à 361,2 milliards d'euros au total - contre 230,5 milliards d'euros prévus initialement -, d'après le projet de loi de finance rectificative.

La Banque centrale européenne (BCE) a de son côté joué un rôle "décisif" avec son arsenal de mesures monétaires accommodantes qui ont permis de maintenir des taux d'intérêt bas.

Mais alors que le sujet brûlant de la dette enflammait déjà dirigeants politiques et économistes avant même le coronavirus, un tel niveau d'endettement est-il soutenable?

"Il n'existe pas de niveau déterminé et unique du ratio caractéristique d'une situation d'insoutenabilité", soulignent les auteurs, qui ont auditionné plusieurs économistes de différents bords.

La note de la France aux yeux des créanciers

Ils mettent toutefois en garde contre la dégradation de l'image de la France auprès de ses créanciers et l'affaiblissement de la croissance.

La situation "doit amener à nous questionner avec un regard nouveau sur le caractère durable de cette situation", estiment les auteurs.

D'autant que la crise n'est pas terminée et que les plans de relance "ne devraient pas être financés par une hausse significative des prélèvements obligatoires", au moment où l'exécutif vient d'annoncer un plan de relance de 100 milliards d'euros financé pour plus d'un tiers par l'Europe.

Lire aussi : Face aux députés, Jean Castex détaille le casse-tête de la relance

En quête d'un accord pour mutualiser la dette entre les pays membres...

Sur les impôts et les mesures d'économie, le document souligne justement les dangers des politiques de rigueur qui ont coûté à l'Europe de précieux points de croissance après la crise des dettes souveraines.

D'où l'émergence de la question du "cantonnement" de la dette, également abordée dans le rapport. Le Premier ministre Jean Castex a justement indiqué mercredi que la dette issue de la crise ferait l'objet d'un traitement à part avec un remboursement étalé sur le long terme via une ressource dédiée.

Celle-ci "sera remboursée jusqu'en 2042 de façon à bien identifier la dette qui est liée aux dépenses de la crise du reste de la dette", a détaillé le ministre des Finances Bruno Le Maire jeudi sur France Inter.

...Merkel prévient que les discussions vont être "très difficiles"

L'idée d'une dette mutualisée est également abordée dans le rapport émis par les députés français, sur le modèle du projet européen de 750 milliards d'euros dont les négociations entre dirigeants s'annoncent âpres à Bruxelles vendredi.

Mais les discussions s'annoncent âpres. En arrivant, la chancelière allemande Angela Merkel a annoncé s'attendre à de "très difficiles négociations" au sommet de l'UE à Bruxelles où les 27 dirigeants européens espèrent s'accorder sur un plan de relance de l'économie de l'Union.

"Je dois dire que les différences (entre les positions des dirigeants européens, ndlr) sont encore très, très grandes. (....) Je m'attends à de très difficiles négociations", a-t-elle déclaré, devant les caméras.

Ce projet a aussi été soutenu jeudi par la patronne de la BCE Christine Lagarde. Il prévoit que 500 milliards de subventions ne soient pas remboursés par les Etats bénéficiaires.

Autres options sur la table, la question de l'achat direct de dette par la banque centrale, la souscription d'une dette perpétuelle, ou l'annulation ou restructuration de la dette, mais qui n'ont en revanche pas les faveurs du rapport des députés. Sur l'annulation ou la restructuration, le document souligne qu'il existe un risque de déstabilisation des marchés et un conflit juridique avec les traités.

Lire aussi : Rachats de dette: face aux critiques des juges suprêmes allemands, la BCE veut rassurer

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Commentaires
a écrit le 18/07/2020 à 14:04 :
Tout à fait d'accord avec valbel89 maisc'est impossible avec l'Europe existante car c'est réclamer la souveraineté financière que l'Europe ne veut pas céder car elle perdrait le pouvoir d'injonction financière dont les détenteurs du capital sont dépositaires.Ce serait possible si les pays du sud(Portugal,espagne,france,italie,grèce) se coalisaient pour faire front aux dogmatiques luthériens nordiques.Un Etat qui n'a plus sa monnaie est sous la botte de la germaine Europe.C'est la raison pour laquelle Onfray s'est engagé dans le souverainisme des peuples à disposer de leur liberté.Juncker a dit que la démocratie n'était pas possible car"pacta sunt servanda".
a écrit le 18/07/2020 à 9:14 :
les pays cigales veulent profiter des pays fourmis. Quand à la France elle paye 40 ans de politiciens plus occupés à se faire élire que de faire de vraies réformes en montrant l exemple de la sobriété, et que dire de l énarchie française qui se croit supérieure aux autres et qui envoie le pays à la catastrophe mais tout en augmentant son pouvoir et ses privilèges.
a écrit le 17/07/2020 à 21:25 :
Nos voisins vont certainement réclamer des garanties; devrons-nous gager le patrimoine national?
a écrit le 17/07/2020 à 15:16 :
La dette c'est de l'argent accumulé par un petit nombre de personnes, prélevé sur le travail des classes laborieuses et ensuite prêté aux États pour que celui ci le redistribue aux sus dites classes, moyennant intérêt. Le principe de la double peine.C'est même une triple peine par la culpabilisation de ceux qui "bénéficient" de cette dette. Les Dettes souveraines financées par des fonds privés devraient être interdites. Elles ne servent que les intérêts des acteurs financiers qui en profitent au passage pour demander en plus des politiques d'austérité, des baisses de salaires, des réductions d'impôts pour garantir leurs actifs et surtout des taux d'intérêt les plus élevés possibles. Le financement Public devrait être l'exclusive des Banques et du Trésor National.
a écrit le 17/07/2020 à 14:31 :
Vu de l’exterieur le train de vie des politiques français,toujours en représentation,incite nos voisins à beaucoup de circonspection vis à vus d’une éventuelle mutualisation des dettes.
a écrit le 17/07/2020 à 14:30 :
Vu de l’exterieur le train de vie des politiques français,toujours en représentation,incite nos voisins à beaucoup de circonspection vis à vus d’une éventuelle mutualisation des dettes.
a écrit le 17/07/2020 à 14:09 :
Vouloir faire les poches (= mutualiser) de ses riches voisins c'est une longue tradition socialiste française
a écrit le 17/07/2020 à 14:07 :
De toute façon la dette est déjà là et c'est une dette perpétuelle que nous ne remboursement jamais. Elle s'éteindra avec la fin de l'euro qui arrivera quand un des grand pays dira stop. Pour l'instant dépensons et vite puisque les allemands sont muselés et incapable de dire non sous peine de ruiner ses clients. Pas un commentateur économique n'aurait pu imaginer que l'Allemagne accepte la situation de la France, et pourtant nous y sommes !!!
a écrit le 17/07/2020 à 12:33 :
Tant que les taux sont bas, on peut raisonnablement penser, pourvu que cela dure.
Ce cycle cessera, ceux qui pensent le contraire se trompent.
Une dette reste une dette. Il faudra l'honorer.
L'europe est un mythe qui va se casser la gueule, a force d'imprimer du papier sa credibilite est fortement ecornee. Attention ca va tanguer.
a écrit le 17/07/2020 à 11:52 :
Il y a trois mois tout le monde trouvait normal que l'on arrête l'économie au nom du covid, dans trois mois tout le monde trouvera normal que les citoyens européens vendent les organes vitaux afin la rançon à la finance européenne.

Vous ne vous rendez pas compte à quel point vous déroulez tranquillement des histoires à dormir debout ne faisant au final qu'imposer des phénomènes particulièrement aberrants ?

Oui c'est fait exprès je sais mais par vos patrons, vous en tant que simples exécutant ne vous sentez vous pas menacé d'une telle sémantique au final en train de mépriser l'humain ?

Quitte à se débarrasser d'une partie de l'humanité autant laisser faire le covid plutôt que de massacrer encore et toujours les jeunes et les actifs non ?
a écrit le 17/07/2020 à 11:19 :
pourquoi les pays du nord y arrivent ils et pas nous !!!!!! ils bossent plus que nous et ont raison de ne pas vouloir mutualiser la dette. Quand le sud de la France et de l'Italie se mettront à bosser comme aux Pays Bas on pourra discuter
Réponse de le 17/07/2020 à 13:29 :
Il y a une autre solution: sortir de l’euro. C’est simple. On réduit la consommation, on monétise la dette, on relance l’économie et on s’occupe de nos vrais problèmes. Il n’y a aucune raison de continuer à souffrir à cause de l’euro. Il n’y a aucune justification morale au maintien du socialisme français. Il n’y a aucune justice dans le maintien de quelques milliardaires pour des millions de jeune ponctionnés jusqu’à la moelle. La justification de l’euro était une période de prospérité forte pour la France avec une monnaie forte. Ça n’a pas eu lieu. Tirons en les conséquences et avançons.
a écrit le 17/07/2020 à 11:07 :
La France??? Mais pas les français! En fin de compte on exploite une population française afin de faire des profits comme on exploite un troupeau d'âne a coup de bâton et de carotte!
a écrit le 17/07/2020 à 10:35 :
Notre système économique a besoin d'un accroissement constant de la dette privée et publique pour avoir de la "croissance". Tant qu'on ne remet pas en cause ce précepte, nos dirigeants augmenteront la dette pour pouvoir se vanter de faire de la "croissance".

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