Chômage partiel, dividendes... comment les grands groupes français gèrent-ils la crise ?

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Safran a annulé le versement de son dividende au titre de 2019. En photo : Olivier Andriès choisi pour succéder à Philippe Petitcolin à la tête du groupe, à compter du 1er janvier 2021.
Safran a annulé le versement de son dividende au titre de 2019. En photo : Olivier Andriès choisi pour succéder à Philippe Petitcolin à la tête du groupe, à compter du 1er janvier 2021. (Crédits : Adrien Daste / Safran)
Chômage partiel, dividendes réduits voire supprimés... ou statu quo : les grandes entreprises françaises mettent en œuvre des stratégies variées pour affronter les conséquences économiques de la pandémie de coronavirus.
  • Chômage partiel

Le dispositif, qui indemnise le salarié à hauteur de 70% du salaire brut et 84% du salaire net, est pris en charge intégralement par l'État jusqu'à 4,5 Smic. Selon un dernier bilan en date, il a été demandé par 220.000 entreprises pour 2,2 millions de salariés.

Dans le secteur aéronautique, Air France a mis en œuvre ce dispositif à la mi-mars pour l'ensemble de ses salariés, pour une période de six mois maximum. Une semaine plus tard, le gestionnaire des aéroports parisiens ADP a mis 80% de ses salariés au chômage partiel, pour la même durée.

Chez le motoriste et équipementier Safran, près de 60% du personnel est en chômage technique.

Dans les transports, les salariés de la RATP et de la SNCF devaient également devenir éligibles au chômage partiel grâce à une ordonnance spécifique.

Dans le secteur automobile, Renault, PSA et Michelin ont suspendu l'essentiel de leur production en Europe, même si PSA s'est dit en mesure de la faire redémarrer progressivement.

Lire aussi : Renault, PSA, Fiat, Michelin... L'industrie automobile européenne à l'arrêt...

L'opérateur de télécommunications SFR a fait une demande de chômage partiel concernant 5.000 postes, soit 40% de l'effectif.

Lire aussi : Télécoms : un recours au chômage partiel qui fait jaser

Fnac Darty a mis en place un dispositif de chômage partiel pour plus de 80% de ses effectifs en France.

Saint-Gobain a recours à des réductions d'équipes, du chômage partiel et des arrêts.

Les travailleurs saisonniers des stations d'hiver ont eux droit au chômage partiel jusqu'au 15 avril, fin de la saison.

  • Dividendes supprimés

Dans le secteur bancaire, Natixis et Société Générale ont annoncé mardi soir que les dividendes prévus pour 2019 ne seraient finalement pas proposés.

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Dans la filière aéronautique, l'avionneur Airbus a annulé le versement de son dividende au titre de 2019. Safran a fait de même, de quoi économiser 1 milliard d'euros de trésorerie.

Année blanche aussi pour les dividendes chez JCDecaux, Tarkett, Autogrill et Auchan Holdings. Le géant du BTP Eiffage a choisi mardi "exceptionnellement" de ne pas proposer de dividende cette année, comme les groupes TF1 ou Altice Europe.

Chez Engie, les cinq organisations syndicales ont demandé à l'État, actionnaire de référence, que le dividende 2019 soit entièrement affecté au redémarrage après la crise.

  • Dividendes aménagés

Certains grands groupes ont choisi de simplement réduire leurs dividendes.

L'opérateur de transports Transdev, contrôlé publiquement via la Caisse des dépôts, versera ainsi un dividende total de 23 millions d'euros, soit la moitié de son bénéfice 2019, mais seulement une fois la crise du coronavirus terminée.

L'équipementier Plastic Omnium va de son côté réduire son dividende de 34% par rapport à l'année précédente, et le géant des stylos, rasoirs et briquets Bic le rognera également d'un tiers, à 1 euro par action.

  • Statu quo

Plusieurs groupes, notamment dans le domaine du luxe, ont annoncé leur intention de se passer des dispositifs d'aide.

L'Oréal a ainsi promis de maintenir "la totalité des emplois", et "ne recourra pas au chômage partiel en France jusqu'à fin juin."

Le groupe s'engage également à ne procéder "à aucun report de charges sociales ou fiscales (cotisations, impôts etc.) durant cette période".

Autre mastodonte du luxe, Hermès "maintiendra le salaire de base de ses 15.500 collaborateurs en France et dans le monde sans avoir recours aux aides publiques exceptionnelles des différents États, notamment en France en renonçant au dispositif de soutien de l'activité partielle."

Quant au dividende, son montant proposé "sera ramené de 5,00 à 4,55 euros par action".

Le groupe Total, pourtant confronté à une chute vertigineuse des cours du pétrole brut, "ne sollicitera pas le soutien de l'État [...], que ce soit sous forme de soutien de trésorerie (prêts bancaires garantis, report de paiement des charges sociales ou fiscales) ou de recours au dispositif exceptionnel de chômage partiel".

Lire aussi : Shell prêt à s'endetter massivement... pour payer des dividendes ?

Publicis "a décidé de maintenir le dividende à 2,30 euros par action, soit 8,5% de hausse par rapport à l'année dernière", tandis que les actionnaires du fabricant de semi-conducteurs STMicroelectronics se voient proposer un dividende de 0,24 dollar par titre, inchangé par rapport à l'exercice précédent.

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a écrit le 01/04/2020 à 14:07 :
Juridiquement, aucune disposition légale n'interdit à une entreprise de cumuler aides de l'Etat au chômage partiel et versement de dividendes. Et même si un texte est adopté demain, il ne sera pas applicable de manière rétroactive aux situations déjà constatées sur la base de l'état du droit. Quant à envisager de faire une distinction de traitement entre groupes où l'Etat détient une participation, groupes privés, PME... on est loin du principe d'égalité et de l'Etat de droit : c'est l'économie administrée de Grand-Papa qui fait son retour en force. Et quand ce sont les mêmes qui nous ont embarqué tête baissée dans la mondialisation à outrance qui prônent le retour à l'économie administrée et au bon Vouloir des ministres, je ne sais pas pourquoi mais ça m'inquiète.
Réponse de le 01/04/2020 à 23:47 :
Vous n'avez pas compris: il ne s'agit pas du tout d'un problème de nature LEGALE. Il n'y a pas (encore) de loi qui interdise le versement de dividendes, et je ne souhaite pas que ce soit le cas car une loi prise votée dans l'urgence est inévitablement mal fichue. Pour autant, il ne vous aura pas échappé que la situation actuelle est EXTRA-ORDINAIRE. Certaines entreprises décident de couper dans le dividende tout simplement pour garder du cash et affronter la crise qui ne fait que commencer; c'est de la pure bonne gestion, et c'est dans l'intérêt des actionnaires. Et puis sur un plan moral - et moi je prétends que la morale, même dans le business, c'est important -, il ne me semble pas non plus déplacé que des entreprises ayant bénéficié d'aides publiques exceptionnelles, comme par exemple le chômage technique, modèrent voire suppriment leur dividende. Je précise que je suis à la fois actionnaire (à tire d'investisseur et à titre de salarié), et salarié d'une entreprise côtée qui vient d'annoncer qu'elle annule son dividende pour cette année.

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