Air France va recourir au chômage partiel et réduire fortement ses capacités

 |  | 904 mots
Lecture 5 min.
(Crédits : REGIS DUVIGNAU)
Dans un courrier envoyé aux salariés que La Tribune s'est procuré, Anne Rigail indique qu'elle présentera un plan d'activité partielle lundi lors d'un comité social économique. Une première au sein de la compagnie. Air France qui avait prévu une baisse d'offre de 40% en avril va aller encore plus loin dans la baisse des capacités.

Frappé de plein fouet par la crise du Covid-19 et par la décision des Etats-Unis de suspendre l'arrivée de ressortissants européens pendant 30 jours, Air France devrait recourir à du chômage partiel, aujourd'hui appelé "activité partielle". Selon des sources internes, le projet et ses modalités doivent être présentés "pour information" ce lundi à l'occasion d'un CSE, comité social économique (ex CCE). Une information confirmée par Anne Rigail, la directrice générale d'Air France dans un courrier envoyé ce vendredi 13 mars aux salariés que La Tribune s'est procuré.

La baisse violente de notre activité nous conduit à devoir envisager la mise en place de dispositifs d'activité partielle. Il s'agit de réduire le temps de travail, tout en limitant fortement l'impact sur les salaires grâce au soutien de l'Etat. Ces scénarios concerneraient tous les personnels d'Air France, opérationnels et supports, qui subissent une baisse d'activité. Ils seront présentés lundi en Comité Social et Economique Central (CSEC) et chaque CSE d'Etablissement sera consulté dès la semaine prochaine, a-t-elle déclaré.

Il s'agira d'une première au sein de la compagnie française. Air France souhaiterait dans l'idéal mettre en oeuvre cette activité partielle la semaine du 23 mars, début avril au plus tard. Les personnels navigants ne devraient pas être concernés en raison de leur système de décompte du temps de travail (ils sont payés à l'heure de vol). Celui-ci relève du code des transports et n'a pas d'équivalence dans le code du travail, même si certains évoquent des décrets datant de 2009 qui n'ont jamais été appliqués et qui pourraient permettre de l'étendre aux hôtesses et stewards et aux pilotes.

Fortes baisses d'activité : jusqu'à 40% sur le court-courrier

L'Etat a annoncé qu'il prendrait à charge le chômage partiel. Jusqu'à présent, le chômage partiel, qui indemnise le salarié à hauteur de 70% du salaire brut et 84% du salaire net, n'était pris en charge par l'Etat qu'à hauteur du Smic. C'est bien le chômage partiel, et non la totalité de la rémunération du salarié, qui sera pris en charge à 100% par l'Etat, a expliqué le ministère du Travail.

Cette mesure de chômage partiel s'explique par la forte baisse d'activité que rencontre la compagnie. Selon nos informations, elle est en baisse de 20% sur le long-courrier, 25% sur le moyen-courrier et jusqu'à 40% sur le court-courrier. De fortes baisses de capacités sont prévues.

"Sur le reste du réseau, nous allons continuer d'adapter notre programme de vols, comme nous le faisons depuis le début de cette crise. Avant l'annonce américaine, nous avions prévu pour avril une offre réduite de 30% à 40% sur long-courrier et court et moyen-courrier. Compte tenu des nouvelles restrictions annoncées chaque jour dans le monde, nous allons malheureusement devoir réviser ces prévisions à la baisse", explique Anne Rigail.

Jusqu'ici, Air France avait prévu de redéployer son offre.

Lire aussi : Coronavirus : Air France redéploie ses capacités long-courriers

Cette mesure de chômage partiel s'accompagne d'autres mesures déjà actées par la direction avec comme l'arrêt des dépenses non essentielles, la demande de congés sans solde, de congés anticipés..., le gel des embauches et de l'intérim.

Salaires du Comex gelés

"Cette crise, d'une ampleur inédite, a d'ores et déjà un impact sur notre trésorerie. Celle-ci est garante de la poursuite de notre activité et sa préservation prend aujourd'hui une dimension critique. C'est pourquoi nous avons décidé que toutes les dépenses, projets et investissements non indispensables à la sécurité, à la sûreté et à nos opérations, sont reportés ou annulés. Cette rigueur devra être poursuivie dans les prochains mois", explique Anne Rigail.

Et d'ajouter :

Dans ce contexte, les salaires des membres du Comité Exécutif et ceux des cadres supérieurs de niveau "hors cadre" seront gelés sur 2020. Le versement des primes variables aux membres du Comité Exécutif et à tous les cadres supérieurs est reporté à l'automne. 

Par ailleurs, Air France va pouvoir compter sur d'autres mesures décidées par l'Etat, comme le report des charges et de certaines taxes. Les charges patronales représentent 48% de la masse salariale de la compagnie. Elles pourraient être reportées de neuf mois selon certaines sources.

De son côté, la CRPN, la caisse de retraite des personnels navigants a décidé d'apporter son aide également.

"Sous réserve du paiement des cotisations salariales du personnel navigant dans les délais impartis, les employeurs du secteur bénéficieront d'une remise automatique de toutes les majorations de retard appliquées sur les cotisations patronales non réglées dans les délais impartis. Cette mesure d'exception est applicable aux cotisations patronales au titre des périodes d'emploi de leur personnel navigant allant du 1er février 2020 au 30 juin 2020. En pratique, les entreprises qui utiliseront la mesure d'urgence mise en place bénéficieront d'un délai de paiement des cotisations patronales, et ce, jusqu'à une date aujourd'hui fixée au 25 novembre 2020", a annoncé la CRPN ce vendredi.

Enfin, comme annoncé, Bruxelles a décidé de suspendre les règles d'utilisation des créneaux horaires qui obligeaient les compagnies à voler à vide sous peine de perdre leur créneaux.

Lire aussi : Covid-19: Air France est-elle armée pour encaisser le choc ?

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 18/03/2020 à 10:28 :
J'ai un vol AR pour la Corse le 2 avril retour le 24 vais je être contactée pour annulation ?
a écrit le 13/03/2020 à 22:16 :
C'est ballot, pour une fois une grève serait le bienvenu
a écrit le 13/03/2020 à 19:49 :
Ils pourraient faire grève quand même !
Au moins une fois dans leur carrière ils aideraient leur entreprise.
Réponse de le 14/03/2020 à 12:19 :
en effet ils ne sont jamais co-opératifs
Réponse de le 14/03/2020 à 13:46 :
Vous êtes certainement jaloux de ne pas être employé dans cette belle entreprise d’où votre commentaire .
Bien à vous internaute Pascal
a écrit le 13/03/2020 à 18:54 :
Personne n'a fait attention que ça fait 10 ans maintenant que la CIA a validé la thèse du réchauffement climatique comme conséquence principale des activités humaines.
a écrit le 13/03/2020 à 18:34 :
tiens tiens, mais le bien public sous toutes ses formes devient primordial pour les entreprises privées ? Il y a encore peu de temps, les précarisés chômeurs ne devaient être que peu indemnisés (si bonne que ces guignols la mette en standby!) , il y encore si peu de temps il n'y avait aucun moyen de trouver de l'argent pour les retraites, les enseignants, le personnel hospitalier et voila que (une nouvelle baguette magique ?) l'argent coule à flots, la dette n'a plus d'importance ? juste : seule exigence sauver le système grâce au bien public, celui là même qui continuera à pousser à la surconsommation, au pillage de la planète et sa destruction définitive via le réchauffement climatique, pour la jouissance de qques uns ?
Réponse de le 14/03/2020 à 12:26 :
ce n'est pas du tout la même et si vous ne voyez pas la différence c'est alors désesperant.
Réponse de le 14/03/2020 à 15:42 :
Bonne synthèse !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :