Annonces de Macron : pourquoi un contrôle renforcé des chômeurs risque de faire pschitt

Dans son allocution de mardi 9 novembre à 20 heures, Emmanuel Macron a dit son intention de renforcer le contrôle sur les chômeurs, pour limiter les pénuries de main-d’œuvre et tendre vers le plein-emploi. Mais Pôle emploi a-t-il seulement les moyens de ces ambitions ? Les annonces du chef de l'État peuvent-elles vraiment changer la donne ? Et quel poids auront les menaces de suspension d'indemnités pour les 60% d'inscrits à Pôle emploi qui ne touchent aucune indemnité?

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Emmanuel Macron veut renforcer le contrôle des chômeurs
Emmanuel Macron veut renforcer le contrôle des chômeurs (Crédits : Reuters)

Emmanuel Macron veut mettre la pression sur les demandeurs d'emploi, et notamment ceux qui ne cherchent pas activement un travail. Fidèle à sa logique des droits et devoirs, le chef de l'État s'est agacé de constater que trop d'offres d'emploi restent non pourvues par les demandeurs d'emploi « une situation qui heurte le bon sens », selon lui. Et d'annoncer une suspension des allocations chômage des inscrits à Pôle emploi qui ne pourraient pas "justifier d'une recherche active".

D'éventuelles sanctions... qui existent déjà

Dans les faits, c'est déjà le cas. Pour rester inscrit à Pôle emploi et percevoir une allocation, un chômeur doit être capable de justifier sa recherche d'emploi. Lors d'un premier manquement, il peut voir son indemnité suspendue temporairement. Un barème est établi : un mois de suspension d'indemnité au premier manquement, deux mois au deuxième manquement, et quatre mois au troisième. La radiation peut in fine être prononcée.

Reste que, pour définir ces manquements, encore faut-il se référer au poste recherché par le chômeur, tel qu'il l'a défini lors de son inscription, avec son conseiller Pôle emploi. Pour caricaturer, si le demandeur d'emploi a acté qu'il recherchait un poste à temps plein à 10.000 euros par mois, à trois minutes de chez lui, et que Pôle emploi lui propose à une offre qui ne répond pas à ces critères, il ne sera pas inquiété.

Dans ce cadre, Emmanuel Macron a cependant promis de renforcer les contrôles. Pour que ces dispositifs soient effectifs. « Nous vérifierons les actions du demandeur d'emploi sur sa recherche d'emploi, ses actions de formation pour créer ou reprendre une entreprise », explicite son entourage.

Ce mercredi matin, sur France Info, Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, précisait « qu'il y aura une hausse de 25% des contrôles dans les six prochains mois », pour être portés à 250.000. Et d'ajouter que les renforcements seront surtout ciblés sur les métiers en tension, l'hôtellerie-restauration ou le bâtiment.

À peine 600 conseillers de Pôle emploi sont dédiés au contrôle

Mais Pôle emploi aura-t-il seulement les moyens de réaliser cette montée en charge? Aujourd'hui, sur les 55.000 agents que compte l'organisme public, seuls 600 sont spécifiquement dédiés aux contrôles.

Faut-il alors s'attendre à des redéploiements? Sachant qu'aujourd'hui, les conseillers sont souvent débordés et gèrent parfois des portefeuilles de plus de 250 inscrits. Sans compter qu'au sein de Pôle emploi, cette mission n'est pas très populaire.

« Les agents ne veulent pas se transformer en "flics", il y a de fortes réticences à basculer sur ces postes », reconnaît un membre éminent de Pôle emploi.

Des menaces sans poids face aux 60% d'inscrits qui ne touchent aucune indemnité

L'institution va-t-elle piocher dans les rallonges d'effectifs obtenues avec la crise, et les 1.000 conseillers supplémentaires ? La majorité d'entre eux sont normalement dédiés à accompagner les jeunes ou les chômeurs de très longue durée.

Enfin, si l'idée de suspendre les allocations en cas de manquement à la recherche d'emploi vise à inciter les demandeurs d'emploi à prendre un poste, ce levier est loin de pouvoir fonctionner sur tous les inscrits à Pôle emploi. Et pour cause, 40% d'entre eux seulement perçoivent une allocation(*). Les autres sont bel et bien dans les fichiers du service public, mais sans être indemnisés.

Salaires, conditions de travail: l'attractivité des postes passée sous silence

Au-delà de ces données, reste la question de l'attractivité des emplois, que le président  de la République n'a pas évoquée dans son allocution. Alors que son ministre de l'Économie, Bruno Le Maire enjoignait à la rentrée, les patrons à relever les salaires et à revoir les conditions de travail, Emmanuel Macron n'a pas souhaité relancer l'appel. C'est pourtant un point clef pour faire baisser le chômage.

Dans l'hôtellerie-restauration par exemple, le secteur a toujours eu dû mal à embaucher. Mais il observe qu'avec la crise Covid, plus de 200.000 salariés ont quitté la filière sans y revenir. La faute à des salaires jugés trop bas, et des conditions de travail trop difficiles. Aussi, la fédération professionnelle des employeurs a-t-elle engagé des négociations dans lesquelles elle met sur la table jusqu'à 9% d'augmentation des rémunérations, mais aussi une réflexion autour des temps de repos, etc. Du jamais-vu. Les discussions sont en cours et la prochaine séance est prévue le 18 novembre. Si elles aboutissent, elles devraient permettre d'attirer les candidats.

Du côté du bâtiment, les pénuries de main-d'œuvre sont encore légion, mais on se félicite d'enregistrer un solde net de 70.000 salariés en plus cette année. Et ce, grâce à un travail de fond pour mieux présenter les avantages des métiers - et pas uniquement mettre en avant leurs conditions de pénibilité -, mais aussi par des propositions d'emploi majoritairement en CDI, une protection sociale intéressante et des rémunérations dans le secteur en moyenne supérieures à 10% du SMIC.

Quid de l'âge, premier frein à l'embauche ?

Enfin, il est un autre sujet que le chef de l'État n'a pas abordé lors de son intervention télévisuelle et qui, pourtant, permettrait de faire baisser le chômage : les discriminations à l'embauche. Couleur de peau, origine, religion, sexe pèsent sur les recrutements. Et notamment, l'âge, qui reste le principal frein à l'accès à un travail. Aujourd'hui, près de 42% des cadres inscrits à Pôle emploi ont plus de 50 ans.

Et quand un senior perd son travail, il reste en moyenne deux fois plus longtemps à Pôle emploi que les plus jeunes. Ce travers est un phénomène culturel, sociétal, sur lequel les politiques ont peu de prise, mais c'est une très forte entrave au retour à l'emploi.

De nombreux doublons dans les "offres d'emplois sans réponse"?

Enfin, Emmanuel Macron a promis que « Pôle emploi passera en revue les centaines de milliers d'offres sans réponse ». Le chef de l'État s'expose à découvrir qu'il y a en réalité, nettement moins d'offres que supposé. En effet, alors que le chiffre de 1 million d'offres d'emploi non pourvues a beaucoup circulé ces derniers mois, il serait composé, selon les syndicats, de nombreux doublons. Et ce, à cause du dispositif d'agrégation de plusieurs sites d'annonces de Pôle emploi. En d'autres termes, une même annonce déposée sur plusieurs plateformes peut être comptabilisée plusieurs fois.

Autant d'éléments qui portent à croire que les annonces du chef de l'État en matière de travail avaient plus des visées politiques que réellement économiques.

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(*) Sur les 6,3 millions d'inscrits, seulement 2,6 millions étaient allocataires d'une indemnité en 2018.

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Commentaires 17
à écrit le 13/11/2021 à 11:52
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En regardant le dernier "Cash Investigation" on peut y voir le "travail" au sein d'un centre de recyclage des déchets. Des offres d'"emploi" pour ce style de boite sont à pourvoir de façon permanente: - Intérim pour surcroit d'activité permanent...

à écrit le 12/11/2021 à 9:21
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"Il est parfaitement exact " Tu en fais trop. Signalé

à écrit le 11/11/2021 à 9:55
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Selon la Cour des comptes, pour les cartes vitales, l’écart peut être estimé à environ 1,8 million entre le nombre cartes Vitale actives et le nombre de bénéficiaires potentiels ». 1,8 millions de cartes vitales ILLEGALES, mais la, le gouvernement d...

à écrit le 11/11/2021 à 7:53
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"On a supprimé certaines qualifications de votre profil. C'est pour vous aider qu'on fait ça"

le 11/11/2021 à 9:33
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et en meme temps il continue de placer les copins de promotion et reel rien ne change tout n'est que illusion des mots qui change selon le jour et l'heure il se moque des francais et de la france

à écrit le 10/11/2021 à 21:15
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y aura bcp de controles sans consequences, sauf pour les cadres qui n'ont pas vote macron...... c'est comme les controles routiers, ils sont impitoyables avec les petittes vieilles qui ont les plaques sales, par contre les crapules protegees par la g...

à écrit le 10/11/2021 à 17:44
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Si c'est juste pour mettre un couteau sous la gorge des chômeurs qui souhaitent à juste titre trouver un emploi décent c'est illégal car les chômeurs ont cotisé pour avoir le droit au chômage. Allez plutôt chercher du côté des rsa qui parfois y sont ...

à écrit le 10/11/2021 à 16:27
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Des emplois existent même avec des qualifications réduites donc pousser à les prendre en limitant les aides va dans le bon sens.

le 10/11/2021 à 16:45
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Oui ben on va commencer par votre job... Cela n'est ni plus ni moins que du totalitarisme et la négation des libertés individuelles. Il faut arrêter de croire que les gens passent leur temps à frauder. Supprimez tous ces contrôles et vous ferez ...

le 11/11/2021 à 7:43
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Allez donc voir comment cela se passe dans certaines boites: stress permanent, rythme / cadence très soutenu, CDD de quelques jours, "salaire" au SMIC payé à partir du 15 du mois suivant, sexe, management des années 30 parfois par des gamines de 25 ...

à écrit le 10/11/2021 à 16:26
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Ma petite vie tranquille de conseiller Pôle Emploi sur Envoyé Spécial - France 2. Entre le "on est pas au courant" en passant par "ça n'entre pas dans le cadre de mes attributions" ou "dites nous ce dont vous avez besoin on vous dira comment vous ...

le 10/11/2021 à 16:58
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Sans oublier le sketch de la salarié pole emploi qui s'inquiétait d'être payé à rien faire. "dans le privée, j'aurais était licencié depuis longtemps !" disait elle .

à écrit le 10/11/2021 à 13:40
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Il y a quelques annees, j ai connu une personne qui se plaignait de survivre avec l ASS (aka fin de droit au chomage). Je lui avait dit que vu son age il avait aucune chance en France mais qu en RFA c etait different. Sa reponse etait qu il ne voulai...

à écrit le 10/11/2021 à 12:08
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De la démagogie pure et dure s'ils veulent que les français reviennent bosser en France il faut qu'ils augmentent les salaires ces gros radins, incroyables comme ils sont pingres. Parce que demander à un smicard de faire 100 bornes par jour pour alle...

le 10/11/2021 à 21:59
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Il est parfaitement exact qu'il y a une contradiction assez innaceptable entre le fait de promouvoir une mobilite géographique etendue pour les chomeurs, et simultanément de taxer a des taux tres élevés cette mobilité (cout d'utilisation d'une voitur...

le 12/11/2021 à 9:21
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"Il est parfaitement exact " Tu en fais trop. Signalé

le 12/11/2021 à 21:23
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Mais... vous voulez signaler quoi, au juste ?

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