Coronavirus : le retour des nationalisations ?

Le gouvernement a déclaré la guerre au coronavirus dans une économie française plongée dans la tourmente. Il a mis sur la table plusieurs options, comme des prises de participation ou des nationalisations pour "ne pas laisser tomber les fleurons et protéger les salariés".
Grégoire Normand
Le Premier ministre Edouard Philippe n'a pas exclu mardi des nationalisations pour faire face à la crise du coronavirus, assurant que pour la compagnie aérienne Air France l'Etat était prêt à prendre ses responsabilités en tant qu'actionnaire.
Le Premier ministre Edouard Philippe n'a pas exclu mardi des nationalisations pour faire face à la crise du coronavirus, assurant que pour la compagnie aérienne Air France l'Etat était prêt à "prendre ses responsabilités en tant qu'actionnaire". (Crédits : Benoit Tessier)

Le mot "nationalisation" est clairement assumé depuis plusieurs jours dans les couloirs de Bercy. Lors de son intervention au journal télévisé de France 2, le Premier ministre Edouard Philippe n'a pas exclu mardi 17 mars des nationalisations pour faire face à la crise du coronavirus, assurant que pour la compagnie aérienne Air France l'Etat était prêt à "prendre ses responsabilités en tant qu'actionnaire". "Nous serons là, le président de la République l'a dit" pour "que notre compagnie nationale puisse franchir cette crise", a-t-il affirmé devant des millions de téléspectateurs, quelques heures après que le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a affirmé que "tous les moyens" seraient utilisés "pour protéger les grandes entreprises françaises", y compris des opérations de "nationalisation si nécessaire". Après avoir privatisé la Française des jeux et suspendu la privatisation du groupe ADP en pleine pandémie, le gouvernement est prêt à revoir ses positions. Lors de la présentation du projet de loi de finances rectificative ce jeudi 18 mars, le ministre des finances a déclaré :

"Aucune entreprise ne doit mettre la clé sous la porte. Aucune grande entreprise, aucun fleuron industriel ne doit être déstabilisé par la situation actuelle des marchés. Nous avons des instruments à notre disposition pour soutenir nos grandes entreprises industrielles, dont certaines ont perdu beaucoup de valeur au cours des derniers jours. Nous pouvons prendre des participations. Nous pouvons recapitaliser. Nous pouvons le cas échéant nationaliser. Nous nous tenons prêts à recourir à tous ces instruments".

> Lire aussi : Renault : faut-il nationaliser l'ex-Régie ?

Plusieurs grands groupes dans la tourmente

L'expansion de l'épidémie a plongé un certain nombre de grands groupes dans la tourmente. Les géants de l'industrie automobile Renault et PSA ont alerté sur leurs nombreuses difficultés tandis que quelques filiales du groupe Air-France-KLM ont suspendu quasiment l'intégralité de leurs vols. Les capitalisations boursières ont connu de forts replis et les chutes des ventes automobiles s'amplifient sur le Vieux continent ouvrant l'appétit de certains fonds.

Au ministère de l'Economie, on s'interroge avec plusieurs options sur la table comme des prises de participation, des recapitalisations ou de possibles nationalisations. "Nous ne laisserons pas tombé les fleurons de notre industrie. L'Etat sera là pour les protéger" assure-t-on à Bercy sur un ton déterminé. "Le but est de protéger les emplois et les entreprises de certains vautours". L'agence des participations de l'Etat (APE), sous la responsabilité du commissaire Martin Vial, et la direction générale du Trésor (DGT) pourraient être grandement sollicitées dans les prochains jours.

Surtout, d'autres voisins ont pris certaines initiatives allant dans ce sens. C'est par exemple le cas du gouvernement italien qui a annoncé en début de semaine qu'il entendait nationaliser la compagnie aérienne Alitalia, en grande difficulté depuis des années, dans le cadre de mesures économiques d'urgence prises face à la pandémie de Covid-19. Le conseil des ministres "prévoit la constitution d'une nouvelle société entièrement contrôlée par le ministère de l'Economie et des Finances, ou contrôlée par une société à participation publique majoritaire, même indirecte", précise un communiqué publié dans la nuit de lundi à mardi.

Lire aussi : Alitalia va être sauvée par le... coronavirus

"Protéger les emplois"

Parmi les économistes, le débat fait rage entre les détracteurs d'une simple prise de participation au capital et les défenseurs d'une nationalisation au moins temporaire. Pour le responsable de la recherche macroéconomique chez Saxo Bank Christopher Dembick interrogé par La Tribune, la volonté du gouvernement est avant tout de sauver les emplois. "Depuis la dernière crise économique, il y a une logique du "zéro mort". Aucun responsable politique ne veut endosser une hausse majeure du taux de chômage. Bruno Le Maire a évoqué les nationalisations dans une phase ultime. Les sociétés qui pourraient être nationalisées concernent avant tout Air France ou des entreprises où l'Etat a déjà des participations. Le message du gouvernement est de dire que l'on va faire le maximum. Même si l'Etat doit s'endetter très lourdement, les taux sont très bas. Ce choc exogène soulève la question d'un Etat plus protecteur. Cette crise pourrait remettre en avant ce 'policy mix' où l'Etat a un rôle plus important".

De son côté, le président de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) rattaché à Science-Po, Xavier Ragot estime que le gouvernement doit faire preuve de pragmatisme.

"Pour les entreprises importantes en grande difficulté, la participation ou l'augmentation de la participation de l'Etat au capital est une mesure pragmatique, qui n'est aucunement taboue. Différentes modalités sont possibles, par exemple l'Etat peut conserver ou pas les droits de vote. Le plus grand pragmatisme doit prévaloir pour protéger temporairement le tissu productif".

Certains observateurs évoquent un possible changement de doctrine économique et sociale ou de paradigme à l'issue de cette crise. D'autres sont sur la réserve évoquant notamment le discours de l'ancien chef de l'Etat Nicolas Sarkozy au moment de la crise de 2008.

"L'autorégulation pour régler tous les problèmes, c'est fini. Le laissez-faire, c'est fini. Le marché qui a toujours raison, c'est fini. Il faut tirer les leçons de la crise pour qu'elle ne se reproduise pas. Nous venons de passer à deux doigts de la catastrophe, on ne peut pas prendre le risque de recommencer".

Grégoire Normand

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Commentaires 14
à écrit le 22/03/2020 à 0:37
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Édouard Philippe de vrais des missionner pour manquer des prévisions de la santé de la France un masque nul

à écrit le 21/03/2020 à 20:50
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Le retour aux situations antérieures semble être exclus..! La capacité à travailler en promiscuité c'est terminé , si l'on en croit les obligations de distencialisation.. ! Vat on , devoir travailler en combinaisons hermétiques. ?? Avec un app...

à écrit le 21/03/2020 à 10:26
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Le journaliste fait bien de finir par la phrase de Sarkozy, on a vu le résultat ces 10 dernières années. Toutes nos pépites et je pourrai vous en citer mais, confidentialité oblige, avec 30% d'EBIT qui sont partis dans des fonds de pension anglais et...

le 30/03/2020 à 17:02
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Que l’on ferme déjà les tabacs et le coronavirus sera mieux supporté par certains qui pourront laissé les soignant œuvrer pour d’autres fragilisés.

à écrit le 21/03/2020 à 5:07
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En corolaire à la fin de pandémie on commence à nous parler de dé-consommation, de dé-mondialisation et de décroissance ou croissance durable. Ne serait ce pas encore un langage de politicard accroc au capitalisme pur et dur qui voudrait réorienter l...

à écrit le 20/03/2020 à 20:42
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Comme c'est pratique les gains pour les actionnaires et la perte pour les contribuables. Que fait le gouvernement quand toutes ses entreprises rachètent à tour de bras leurs propres actions pour faire monter le cours et distribuer des juteux dividen...

à écrit le 20/03/2020 à 15:11
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Nationalisé le pertes et privatiser les bénéfices. La routine quoi.

à écrit le 20/03/2020 à 14:13
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On vient d'apprendre que le Cabinet d’avocats Di Vizio a saisi la Cour de justice de la République contre Agnès BUZYN et Edouard PHILIPPE au nom du collectif des professionnels de santé C19. L'UPR - Union Populaire Républicaine incite tous les cit...

à écrit le 20/03/2020 à 14:00
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c'est un rigolo ma petite fille en epad dans l'aude travaille sans masques il n'y en a pas alors il faudra qu'il paye ça un jour

à écrit le 20/03/2020 à 11:29
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le corona en France, c'est une très mauvaise BD. On nous envahie et 3 mois après on déclare la guerre.

à écrit le 20/03/2020 à 10:09
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@ Churchill "C'est la lutte finale...." Bientôt, dès qu'on pourra réintégrer les rues, cette petite musique chère à vos oreilles.

à écrit le 20/03/2020 à 10:09
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"notamment le discours de l'ancien chef de l'Etat Nicolas Sarkozy au moment de la crise de 2008" LOL ! Souvenons quand notre président de 2008 après avoir passé trois coups de fils et serré deux mains nous avait annoncé: "Ça y est dorénavant ...

à écrit le 20/03/2020 à 10:06
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Un nouveau New Deal? Il n'y a qu'à se pencher sur le passé pour ramasser le Glass Steagall Act, l' Emergency Banking Relief Act... Quant aux entreprises nationalisées, il eût fallu ne pas les brader au privé. Et surtout graver dans le marbre les tex...

à écrit le 20/03/2020 à 7:44
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ben oui comment vont faire les pilotes d'air france pour changer leur porsche cayenne s si la boite fait faillite? au moins si c'est nationalise, ils deviennent invirables et peuvent donc prendre les gens en otage sans rien risquer, comme de vulgai...

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