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ÉconomieFrance

Coronavirus : le retour des nationalisations ?

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 20 mars 2020 à 06:30 - Mis à jour le 21 mars 2020 à 22:09

Le Premier ministre Edouard Philippe n'a pas exclu mardi des nationalisations pour faire face à la crise du coronavirus, assurant que pour la compagnie aérienne Air France l'Etat était prêt à "prendre ses responsabilités en tant qu'actionnaire".

Le Premier ministre Edouard Philippe n'a pas exclu mardi des nationalisations pour faire face à la crise du coronavirus, assurant que pour la compagnie aérienne Air France l'Etat était prêt à "prendre ses responsabilités en tant qu'actionnaire".

Benoit Tessier

Le Quotidien Numérique

30 juin 2026

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Le gouvernement a déclaré la guerre au coronavirus dans une économie française plongée dans la tourmente. Il a mis sur la table plusieurs options, comme des prises de participation ou des nationalisations pour "ne pas laisser tomber les fleurons et protéger les salariés".

Le mot "nationalisation" est clairement assumé depuis plusieurs jours dans les couloirs de Bercy. Lors de son intervention au journal télévisé de France 2, le Premier ministre Edouard Philippe n'a pas exclu mardi 17 mars des nationalisations pour faire face à la crise du coronavirus, assurant que pour la compagnie aérienne Air France l'Etat était prêt à "prendre ses responsabilités en tant qu'actionnaire". "Nous serons là, le président de la République l'a dit" pour "que notre compagnie nationale puisse franchir cette crise", a-t-il affirmé devant des millions de téléspectateurs, quelques heures après que le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a affirmé que "tous les moyens" seraient utilisés "pour protéger les grandes entreprises françaises", y compris des opérations de "nationalisation si nécessaire". Après avoir privatisé la Française des jeux et suspendu la privatisation du groupe ADP en pleine pandémie, le gouvernement est prêt à revoir ses positions. Lors de la présentation du projet de loi de finances rectificative ce jeudi 18 mars, le ministre des finances a déclaré :

"Aucune entreprise ne doit mettre la clé sous la porte. Aucune grande entreprise, aucun fleuron industriel ne doit être déstabilisé par la situation actuelle des marchés. Nous avons des instruments à notre disposition pour soutenir nos grandes entreprises industrielles, dont certaines ont perdu beaucoup de valeur au cours des derniers jours. Nous pouvons prendre des participations. Nous pouvons recapitaliser. Nous pouvons le cas échéant nationaliser. Nous nous tenons prêts à recourir à tous ces instruments".

> Lire aussi : Renault : faut-il nationaliser l'ex-Régie ?

Plusieurs grands groupes dans la tourmente

L'expansion de l'épidémie a plongé un certain nombre de grands groupes dans la tourmente. Les géants de l'industrie automobile Renault et PSA ont alerté sur leurs nombreuses difficultés tandis que quelques filiales du groupe Air-France-KLM ont suspendu quasiment l'intégralité de leurs vols. Les capitalisations boursières ont connu de forts replis et les chutes des ventes automobiles s'amplifient sur le Vieux continent ouvrant l'appétit de certains fonds.

Au ministère de l'Economie, on s'interroge avec plusieurs options sur la table comme des prises de participation, des recapitalisations ou de possibles nationalisations. "Nous ne laisserons pas tombé les fleurons de notre industrie. L'Etat sera là pour les protéger" assure-t-on à Bercy sur un ton déterminé. "Le but est de protéger les emplois et les entreprises de certains vautours". L'agence des participations de l'Etat (APE), sous la responsabilité du commissaire Martin Vial, et la direction générale du Trésor (DGT) pourraient être grandement sollicitées dans les prochains jours.

Surtout, d'autres voisins ont pris certaines initiatives allant dans ce sens. C'est par exemple le cas du gouvernement italien qui a annoncé en début de semaine qu'il entendait nationaliser la compagnie aérienne Alitalia, en grande difficulté depuis des années, dans le cadre de mesures économiques d'urgence prises face à la pandémie de Covid-19. Le conseil des ministres "prévoit la constitution d'une nouvelle société entièrement contrôlée par le ministère de l'Economie et des Finances, ou contrôlée par une société à participation publique majoritaire, même indirecte", précise un communiqué publié dans la nuit de lundi à mardi.

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"Protéger les emplois"

Parmi les économistes, le débat fait rage entre les détracteurs d'une simple prise de participation au capital et les défenseurs d'une nationalisation au moins temporaire. Pour le responsable de la recherche macroéconomique chez Saxo Bank Christopher Dembick interrogé par La Tribune, la volonté du gouvernement est avant tout de sauver les emplois. "Depuis la dernière crise économique, il y a une logique du "zéro mort". Aucun responsable politique ne veut endosser une hausse majeure du taux de chômage. Bruno Le Maire a évoqué les nationalisations dans une phase ultime. Les sociétés qui pourraient être nationalisées concernent avant tout Air France ou des entreprises où l'Etat a déjà des participations. Le message du gouvernement est de dire que l'on va faire le maximum. Même si l'Etat doit s'endetter très lourdement, les taux sont très bas. Ce choc exogène soulève la question d'un Etat plus protecteur. Cette crise pourrait remettre en avant ce 'policy mix' où l'Etat a un rôle plus important".

De son côté, le président de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) rattaché à Science-Po, Xavier Ragot estime que le gouvernement doit faire preuve de pragmatisme.

"Pour les entreprises importantes en grande difficulté, la participation ou l'augmentation de la participation de l'Etat au capital est une mesure pragmatique, qui n'est aucunement taboue. Différentes modalités sont possibles, par exemple l'Etat peut conserver ou pas les droits de vote. Le plus grand pragmatisme doit prévaloir pour protéger temporairement le tissu productif".

À lire également

  • Covid-19 : Edouard Philippe n'exclut pas des nationalisations si nécessaire
  • Coronavirus : des nationalisations envisagées face à la récession annoncée
  • Compagnies aériennes : plaidoyer pour les nationalisations
  • Nationalisations: retour sur une erreur de la gauche

Certains observateurs évoquent un possible changement de doctrine économique et sociale ou de paradigme à l'issue de cette crise. D'autres sont sur la réserve évoquant notamment le discours de l'ancien chef de l'Etat Nicolas Sarkozy au moment de la crise de 2008.

"L'autorégulation pour régler tous les problèmes, c'est fini. Le laissez-faire, c'est fini. Le marché qui a toujours raison, c'est fini.Il faut tirer les leçons de la crise pour qu'elle ne se reproduise pas. Nous venons de passer à deux doigts de la catastrophe, on ne peut pas prendre le risque de recommencer".

Grégoire Normand

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