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ÉconomieFrance

Coronavirus : les mesures de soutien sont-elles à la hauteur ?

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 19 mars 2020 à 10:10 - Mis à jour le 19 mars 2020 à 19:00

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La crise du coronavirus oblige les gouvernements de la zone euro et la Banque centrale européenne a annoncé de vastes plans d'urgence économiques pour soutenir a minima l'activité. Pour tenter de mesurer l'efficacité de ces mesures, La Tribune a interrogé plusieurs économistes.

Les effets de la pandémie sur l'économie française et européenne pourraient être dévastateurs. Récemment, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a annoncé que la croissance du produit intérieur brut (PIB) allait reculer de 1% en 2020, même si cette estimation est susceptible de changer en fonction de la durée et l'ampleur de la crise.

En Europe, la récession est déjà visible en Italie où la population est complètement confinée depuis maintenant plusieurs jours. Pour faire face au marasme, l'exécutif a annoncé un plan d'urgence à destination des entreprises et salariés. Dans les pays de la zone euro, des annonces ont été faites par plusieurs Etats mais le manque de coopération est souvent pointée par un bon nombre d'observateurs.

Des mesures de soutien jugées globalement favorables

La multiplication des mesures de soutien annoncées par Bruno Le Maire depuis le début de la crise vise avant tout à éviter les faillites et les licenciements. Pour le directeur de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) , Xavier Ragot, interrogé par La Tribune ces annonces sont plutôt positives :

"Globalement, les mesures vont dans le bons sens, et il y a un effort poursoutenir le pouvoir d'achat des salariés et pour trouver des mesures adaptées pour les entreprises. Au-delà du détail des mesures, la politique économique doit être de compenser toutes les chutes de revenus pendant le confinement. La hausse du déficit public doit être du même ordre de grandeur que la chute prévue de la croissance. A ce jour, ce n'est pas encore le cas."

Avec les fortes hausses de chômage partiel pour des milliers de salariés, l'un des principaux risques est de perdre du pouvoir d'achat. Selon l'économiste et enseignant à Sciences-Po Paris, "il faut aller vers une compensation totale des revenus en cas de chômage partiel, à 100%. L'objectif d'une absence de licenciements nets pendant cette crise est le bon, il faut préserver l'économie. Ce soutien des revenus permettra un rebond de la consommation après la crise, qui est le meilleur des plans de relance. Dans cette situation économique, mieux vaut prévenir que guérir".

De son côté, l'économiste Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique chez Saxobank, estime qu'en France,"le gouvernement a pris l'ampleur de la crise. Les premières mesures étaient relativement faibles". Le projet de fonds de garantie pour les nouveaux prêts bancaires de 300 milliards d'euros proposé par Bruno Le Maire va dans le bon sens pour les économistes interrogés mais pourrait avoir un effet limité. "Les principaux outils concernent les prêts garantis par l'Etat. C'est une démarche intéressante mais cette démarche ne va pas aider un grand nombre de PME. Beaucoup d'entreprises ne recherchent pas forcément de nouveaux prêts et vont être complètement pénalisées. Surtout dans certains secteurs comme le tourisme ou la restauration, les entreprises ont assez peu de trésorerie. Ces garanties ne sont pas adaptées pour des sociétés qui vont avoir un réel problème de trésorerie" ajoute Christopher Dembik. Surtout, la nature du choc est très différente de la crise de 2008 avec à la fois des effets sur la demande et sur l'offre.

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"Les garanties de prêt avaient joué un rôle intéressant pendant la dernière crise. Une récession dite classique peut toucher 60 à 70% des entreprises. La crise actuelle touche presque l'intégralité des entreprises. Le circuit économique est stoppé. L'urgence dans les prochaines semaines est d'aller au delà pour les reports de fiscalité, des garanties au niveau des prêts".

Soutien aux ménages

Avec la paralysie de pans entiers de l'économie, la fermeture des établissements scolaire et les mesures de confinement, les ménages devraient connaître une perte de revenus relativement conséquente, même si le gouvernement a pris des dispositions pour limiter la casse. La sortie de crise devrait être déterminante pour assurer un reprise rapide. Aux Etats-Unis, plusieurs économistes et politiques plaident pour le système de la monnaie hélicoptère. Pour Christopher Dembik, "le débat actuel aux Etats-Unis sur la monnaie hélicoptère est éclairant. Donner de l'argent aux ménages peut être une piste intéressante. En période de crise, cela ne donne pas grand chose. Il faut faire plusieurs étapes avec en premier lieu un report de la fiscalité. Au mois de mai, si la situation s'améliore, il faudra faire des mesures sur la demande".

Du côté des entreprises, l'économiste estime qu'il faut aller beaucoup plus loin. "Il faut aller au delà des mesures de trésorerie. Elles signifient que les entreprises font du chiffre d'affaires et ne sont pas au bord de la faillite. Le souci est que de nombreuses PME vont être au bord de la faillite. A plus long terme, il faut donner de la visibilité aux entreprises en passant par l'investissement public si la crise est plus durable qu'on ne l'anticipe".

La séance de rattrapage de la Banque centrale européenne

A l'issue d'une réunion sous tension mercredi soir, la Banque centrale européenne a décidé de sortir l'artillerie lourde après avoir été critiquée par quelques Etats et économistes. L'institut monétaire a annoncé 

un plan d'"urgence" de 750 milliards d'euros pour tenter de contenir les répercussions sur l'économie de la pandémie de coronavirus.  

"Les temps extraordinaires nécessitent une action extraordinaire", a tweeté la présidente de l'Institut de Francfort Christine Lagarde. Elle promet qu'il "n'y a pas de limites à notre engagement envers l'euro", suggérant que d'autres mesures sont encore susceptibles de suivre, et ce quitte à utiliser "le plein potentiel de nos outils".

"Je me félicite de la nouvelle politique de la BCE après une première communication maladroite. Le rachat de obligations publiques pour 750 milliards d'euros, en modifiant éventuellement les conditions de rachat qui limite actuellement les marges de manoeuvres, est la bonne politique : donner les moyens aux budgets nationaux d'absorber le choc" explique Xavier Ragot. De son côté Christopher Dembik note que "la communication de Christine Lagarde était un accident de parcours mais ça ne reflète pas la position de la BCE. La BCE a des marges réduites par rapport au contexte actuel. Elle a néanmoins beaucoup d'outils mais ils ne sont pas toujours adaptés pour faire face à la crise actuelle [...] Sur la BCE, au delà de la communication, il n'y a pas de problèmes majeurs".

> Lire aussi : 750 milliards d'euros : la BCE corrige le tir et sort l'artillerie lourde

Une zone euro défaillante

Le manque de coordination et de coopération des pays de la zone euro met en évidence les failles d'une gestion de crise capable de fragiliser encore plus cet ensemble très disparate. "Sur la zone euro, c'est plus catastrophique. Il y a une incapacité de l'Europe à se coordonner et à donner des réponses rapides. Un budget a été dévoilé mais une grande partie vient de la Banque européenne d'investissement. Quand on regarde dans les détails, les fonds étaient déjà alloués et sont donc juste redirigés vers d'autres urgences. Cette incapacité de l'Europe à répondre à la crise pourrait avoir un effet très néfaste sur la construction européenne" explique Christopher Dembik.

En outre, ces difficultés pourraient avoir des répercussions pour le rebond économique de l'union monétaire alors qu'il existe des outils. "Comme lors des dernières crises, l'Europe tarde à réagir. La relance économique devrait être beaucoup plus graduelle par rapport aux Etats-Unis ou encore au Royaume-Uni. Il existe des leviers à actionner au niveau européen comme la baisse des cotisations patronales à l'échelle du continent. Pour l'instant, on est sur des démarches surtout nationales."

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A l'observatoire français des conjonctures économiques, son président et directeur de recherches au CNRS juge que "l'utilisation du budget de l'Union européenne sera marginal. L'outil principal pour lutter contre la crise sera les budgets nationaux. Sur le plan économique, le manque de coordination dans l'urgence de la crise est un problème moins important car chaque pays n'est pas forcément exposé de la même manière. Il faut que l'Europe permette aux Etats d'avoir plus de marges de manoeuvre, et que, ensuite, on mène une politique coordonnée de résorption des dettes publiques, mais cela sera dans plusieurs mois. L'absence de coordination européenne sur la fermeture des frontières est en revanche problématique."

Grégoire Normand

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