Depuis 1990, les réformes des retraites ont assuré l'équilibre du système selon l'Ined

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(Crédits : Reuters)
Dans un article publié ce mercredi, l'Institut national d'études démographiques (INED) explique que depuis 1993, "l’équilibre du système a été à peu près rétabli en jouant à parts à peu près égales entre hausse du taux d’effort des actifs –déjà engrangé-, décalage progressif de l’âge de la retraite et décrochement progressif du niveau de vie relatif des retraités".

À la veille d'une réunion organisée à Matignon sur le thème des retraites avec les partenaires sociaux, l'institut national d'études démographiques (Ined) vient de rendre publique une étude éclairante sur les effets des réformes votées durant les trois dernières décennies. L'auteur, Didier Blanchet, économiste à l'Insee et président du comité de suivi des retraites explique que "par rapport à ce qui était attendu au début des années 1990, l'équilibre du système a été à peu près rétabli en jouant à parts à peu près égales entre hausse du taux d'effort des actifs -déjà engrangé-, décalage progressif de l'âge de la retraite et décrochement progressif du niveau de vie relatif des retraités". Ce travail publié dans la revue Population et sociétés de février 2020  risque d'alimenter les débats entre les partisans de la réforme systémique, ceux qui défendent un ajustement des paramètres du système actuel et ceux qui plaident pour un statut quo.

Actuellement, le gouvernement doit faire face à un certain nombre de critiques dans les rangs de l'opposition. Une partie de la gauche a  accusé l'exécutif d'un "amateurisme coupable" sur la question de la valeur du point notamment. Le secrétaire d'Etat en charge des retraites, Laurent Pietraszewski a indiqué que l'Insee serait sollicité pour construire un nouvel indicateur qui devra calculer "l'évolution du revenu moyen par tête". Cette "évolution annuelle du revenu moyen par tête constatée par l'Insee", évoquée dans l'article 9 du projet de loi, est un "indicateur" qui "aujourd'hui n'existe pas" et reste "à créer".

Le tournant des années 70-80

Le système construit au lendemain de la Seconde guerre mondiale a posé les bases du régime de retraite par répartition. Cette architecture a permis de mettre en place des prestations définies indépendantes des aléas économiques et financiers, jouant ainsi le rôle de stabilisateurs automatiques en cas de crise. D'après les comptes de la protection sociale de 1959 consultés par Didier Blanchet, la France consacrait 5,2% du produit intérieur brut à l'époque contre 14% actuellement. L'âge de départ à la retraite était de 65 ans "et ce système assurait aux retraités un niveau de vie qui était loin d'être confortable, dans une France bien moins riche qu'aujourd'hui. En 1970, ce niveau de vie ne représentait encore qu'environ 70 % de celui des actifs".

La fin des années 70 et le début des années 80 vont marquer un tournant dans l'amélioration du niveau de vie des retraités avec un alignement sur celui de l'ensemble de la population. Le gouvernement de Pierre Mauroy en 1983 acte le passage à 60 ans de l'âge de la retraite à taux plein avec 37,5 années de cotisations. Cette réforme sociale prévue dans le programme de François Mitterrand est une vieille revendication syndicale. "Tout cela n'a été possible que par un accroissement conséquent de la part de la production nationale allouée aux dépenses vieillesse-survie, passée à 11 % au milieu des années 1980" explique le statisticien.

Des réformes paramétriques

L'un des points communs des différentes réformes menées depuis le début des années 90 est qu'elles ont cherché à modifier les paramètres sans modifier la nature même du système de cotisation. Les réformes vont néanmoins durcir les conditions pour pouvoir bénéficier d'une retraite à taux plein. Sous le gouvernement Balladur en 1993, deux mesures vont modifier les règles de calcul pour le régime général. Il s'agit de l'allongement de la durée de cotisation nécessaire pour toucher une retraite à taux plein, passant de 37,5 ans à 40 ans entre les générations 1933 et 1943. Surtout, le calcul du salaire de référence va désormais s'appuyer sur les 25 meilleures années et non les 10 meilleures années comme auparavant. Les réformes qui vont suivre en 2003, 2010 et 2014 vont principalement se focaliser sur la durée requise pour pouvoir toucher une pension à taux plein.

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Commentaires
a écrit le 12/02/2020 à 20:28 :
quand je vois les commentaires je me dis qu'ils feraient mieux de réfléchir :les retraités à 37,5 ans ont tous plus de 90 ans avec une retraite minorée par les années de guerre donc minable. Les retraités à 40 ans dont je fais partie sont tous entrés dans le monde du travail entre 15 et 18 ans avec une application sur les 25 meilleures années donc une retraite forcément moindre. Je serais tenté de dire : respecter la solidarité intergénérationnelle en allant travailler puis poser vous la question comme nous à l'aube de votre retraite.
a écrit le 12/02/2020 à 19:38 :
C'est incroyable le nombre d'instituts et officines qui nous font leurs études. Chaque deux ou trois semaines, LT nous publie les résultats des travaux d'un autre institut public ou parapublic. On en paye combien des bidules du genre ?
a écrit le 12/02/2020 à 17:00 :
Donc si je comprends, les premiers babyboomers ont cotisé 37.5 ans avec un faible taux pour très peu de retraités et veulent maintenant que leurs enfants cotisent 45 ans avec un fort taux pour leur payer des retraites dorées. Génial la solidarité intergénérationnelle !
Réponse de le 12/02/2020 à 17:58 :
D'autant qu'on est passé de 50.000 cadres en 1947 lors de sa création à 4,7 millions de cadres actifs en 2018, d'après l'INSEE. C'est 15% de la population active, contre seulement 5% il y a 40 ans.Il y a environ 3,5 millions de cadre en retraite en France ( privé/public) principalement des baby boomers sur environ 17 millions de retraités.Ce sont eux qui ont une retraite dorée comme tu dis.

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