C'est en anglais que Bruno Le Maire a pris la parole sur CNN, ce mardi soir, pour s'adresser aux téléspectateurs internationaux choqués par les images des émeutes qui ont éclaté dans toute la France à la suite de la mort de Nahel après un tir d'un policier.
Le ministre de l'Économie a qualifié cette mort de « tragédie », à la fois « inacceptable » et « impardonnable », avant d'essayer de rassurer. «
Cela n'aura pas d'impact sur la croissance française, sur l'attractivité française ou sur le
tourisme français »
, a-t-il affirmé.
« L'économie française est solide, la vie quotidienne des citoyens français n'est pas menacée par ce qui s'est passé », a-t-il ajouté. « Nous revenons à une situation plus calme. » La France espère recevoir le roi Charles III « dans les prochains mois », a t
-il ajouté, alors que la visite du monarque avait été annulée fin mars en raison des protestations sociales contre la réforme des retraites.
Plus tôt dans la journée, le gouvernement français s'était déjà voulu rassurant quant à un éventuel impact des émeutes sur le
tourisme
à Paris, au début de la saison touristique d'été et à un an des Jeux olympiques organisés dans la capitale.
« Il faut garder son sang-froid, nous n'avons pas de vague d'annulations à Paris », avait affirmé la ministre déléguée au
Tourisme
, Olivia Grégoire.
«
On tient bon sur le
tourisme »
, avait-elle insisté.
Les plateformes interrogées par ses équipes ont fait part « d'un frétillement à -0,5, -2%, mais ça ne permet aucunement de tirer des conclusions », avait assuré la ministre, qui doit s'entretenir cette semaine avec les professionnels du
tourisme
.
Olivia Grégoire semble contredire le patron de l'Office de
tourisme
de Paris, Jean-François Rial, pour qui la situation est plus critique, avec « des milliers d'annulations », qu'il avait évaluées dimanche pour l'AFP « autour des 20-25% sur la clientèle internationale » début juillet dans la capitale française. « On avait une croissance de 25% de la clientèle américaine à Paris depuis le début de l'année, qui compensait l'absence des Chinois et des Russes, et on faisait notamment un carton plein sur le haut de gamme », avait-il précisé. Les clientèles japonaise, chinoise, américaine et sud-américaine sont notamment considérées comme particulièrement sensibles aux questions de sécurité.
Commerces vandalisés : « des annulations de charges sociales ou fiscales au cas par cas »
Report de PGE, chômage partiel, décalage des soldes... Les appels des entreprises se sont multipliés depuis le début des violences urbaines il y a une semaine. « Quand votre commerce a été entièrement brûlé, que c'est le travail de toute une vie qui est réduit en cendres, il faut que l'État soit à votre côté et qu'il puisse y avoir des annulations de charges sociales ou fiscales au cas par cas pour les commerçants les plus touchés », a estimé Bruno Le Maire lors d'un déplacement à Arpajon dans l'Essonne.
Aucun chiffre n'a été donné dans l'immédiat sur le nombre d'entreprises qui pourraient être concernées par cette mesure exceptionnelle, à l'heure où l'État refuse de dégainer un nouveau "quoi qu'il en coûte", grevé par une dette publique qui a franchi les 3.000 milliards d'euros au premier trimestre 2023. « ll y a eu le temps de l'émotion, du soutien moral » aux entrepreneurs, désormais vient « le temps du chiffrage » des dégâts, fait-on valoir dans l'entourage de la ministre déléguée au Commerce et aux PME Olivia Grégoire, également présente lors du déplacement. « Mille commerces vandalisés, c'est 1.000 de trop », insiste Bercy auprès de l'AFP. « Mais une grande partie du territoire n'a pas été touchée » et après de premières nuits d'émeutes marquées par de nombreux pillages et destructions de commerces, « on va vers une accalmie », nuance-t-on de même source.
Pas question dès lors de lancer de coûteux dispositifs de soutien dédiés, alors que le gouvernement ne cesse d'afficher son souhait de maîtrise des comptes publics. Demandé par la CPME, le report du paiement des échéances de prêts garantis par l'État ne fait ainsi pas partie des options envisagées à Bercy. Quant à la prolongation d'une semaine des soldes d'été, il s'agit pour l'instant d'une simple « éventualité » pour Olivia Grégoire.