Environnement : la France vit de plus en plus au-dessus de ses moyens

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La France creuse sa dette vis-à-vis de l'environnement
La France creuse sa dette vis-à-vis de l'environnement (Crédits : Reuters)
Le pays artisan de la COP21, qui se présente à l’international comme le héraut de la lutte contre le changement climatique, fait piètre figure sur son propre territoire. Comme le montre un rapport publié ce 4 mai par le WWF France avec le Global Footprint Network, si la pression qu’elle exerce sur ses ressources a toujours été plus importante que leur capacité à se régénérer, la situation se dégrade depuis trois ans après une décennie de progrès.

A l'échelle mondiale, tout allait bien jusque dans les années 1970. Mais depuis, chaque année, le « jour du dépassement », le moment à partir duquel la planète vit au-dessus de ses moyens écologiques, avance un peu plus. L' «overshoot day », ce moment de bascule calculé par l'ONG britannique Global Footprint Network, qui en 1985 survenait le 5 novembre, s'est produit l'année dernière le 2 août. A partir de cette date, la pression exercée par les activités humaines sur les ressources renouvelables mondiales est supérieure à leur biocapacité, c'est-à-dire leur capacité à absorber les émissions de CO2 et à se régénérer.

La France parmi les cancres européens

Pour la première fois cette année, le WWF s'est associé au Global Footprint Network pour adapter l'exercice à la France. Résultat : le pays hôte de la COP21 et artisan de l'accord de Paris, en dépit de multiples réglementations dédiées à l'environnement (Grenelle de l'Environnement, loi pour la transition énergétique et la croissance verte, etc.), figure parmi les plus mauvais élèves européens. Du même niveau que l'Angleterre ou l'Allemagne, elle fait certes mieux que le Canada, les Etats-Unis ou la Russie, mais moins bien que l'Italie ou l'Espagne. Surtout, depuis 2015, pourtant année de la COP21, ses performances ne cessent de se dégrader après une décennie de progrès, avec une empreinte écologique alourdie de 5% .

Cette année, c'est à partir de ce samedi 5 mai que nous nous trouvons en situation de dette écologique. Et si tous les pays adoptaient le mode de vie français, ce n'est pas 1, mais 2,9 planètes qui seraient nécessaires à satisfaire les besoins de la population mondiale.

Transition écologique trop marginale

Sous l'effet notamment d'une baisse des prix du pétrole, les émissions de CO2, principal facteur pris en compte par le Global Carbon Footprint et premières coupables, sont reparties à la hausse après des années de stagnation - sans doute en grande partie liée au ralentissement économique. Les transports et le bâtiment, respectivement responsables de 23% et 24% de ces émissions, sont en cause. Pour le WWF, c'est le signe que la transition écologique française demeure trop marginale. Déforestation, sécheresse, érosion, perte de biodiversité, réchauffement climatique illustrent cette situation.

Nicolas Hulot lui-même, ministre de la transition écologique et solidaire, a confirmé les conclusions de ce rapport.

« Nous devons réapprendre à produire, et à consommer, pour vivre en symbiose avec notre environnement, car la poursuite des comportements actuels conduira inexorablement à des effondrements d'écosystèmes qui auront des conséquences tragiques sur notre économie, notre santé, notre alimentation. Nous ne pouvons pas vivre à crédit, car nous détruisons et gaspillons des ressources qui manqueront cruellement aux générations futures. »

Peser sur les nombreux textes en cours d'élaboration

D'ailleurs, le gouvernement a ouvert de multiples chantiers, et l'ONG veut précisément profiter de cette hyperactivité législative pour suggérer de multiples propositions concernant les transports, l'énergie, l'alimentation ou les forêts, à intégrer notamment dans la stratégie nationale bas carbone (SNBC) en cours de révision. Celle-ci devrait afficher une trajectoire compatible avec l'accord de Paris et la neutralité carbone à l'horizon 2050, déjà évoquée par Nicolas Hulot. Des ajouts à la loi alimentation, à la révision de la politique agricole commune (PAC) ou encore à stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée permettraient de réduire de façon significative les émissions liées à l'alimentation et aux forêts, tout comme pourrait le faire la loi d'orientation sur les mobilités dans le domaine des transports.

En matière d'énergie, le WWF préconise d'établir une programmation pluriannuelle de l'énergie - PPE actuellement en cours de discussion - qui "honore les objectifs de la loi pour la transition énergétique et la croissance verte à travers une programmation claire, crédible et détaillée de l'énergie pour la première décennie", "tenant compte de la compétitivité accrue des renouvelables" et visant notamment 100% d'énergies renouvelables en 2050.

Hulot veut « réparer la nature et les écosystèmes »

« Ce rapport pointe un modèle de développement qui conduit à une aggravation de notre dette écologique », a commenté Pascal Canfin, son directeur général.

Contrairement au déficit public sur lequel le gouvernement a fait le nécessaire pour repasser sous la barre des 3%, celle-ci ne fait l'objet d'aucun critère de Maastricht.

Europe Ecologie les Verts a directement mis en cause Emmanuel Macron.

« Le président Macron néglige l'accord de Paris, méprise la loi de Transition énergétique, et ignore ses propres promesses pour l'environnement, ont accusé les porte-parole du parti dans un communiqué. Alors que nous nous rapprochons toujours un peu plus du point de rupture, l'inaction climatique et environnementale est criminelle. Il est urgent de passer des paroles aux actes. »

De son côté, Nicolas Hulot a tenu à montrer que le gouvernement ne restait pas les bras croisés devant cette situation.

« Le Plan climat que j'ai présenté l'an dernier et qui est aujourd'hui mis en œuvre à travers la loi sur l'interdiction de la recherche et de l'exploitation des hydrocarbures, les actions pour la rénovation énergétique des bâtiments, le développement de l'économie circulaire et celui des véhicules « zéro émissions » doivent nous permettre d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 car le réchauffement climatique est la principale menace pour les écosystèmes », a-t-il rappelé.

« Mais nous devons changer de logique, et « réparer la nature et les écosystèmes » pour ne pas laisser de dette écologique à nos enfants. C'est le sens du Plan biodiversité dont je présenterai les grands axes le 18 mai. »

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Commentaires
a écrit le 07/05/2018 à 12:33 :
@ JCML : C'est désolant que votre niveau scientifique et culturel soit proche du zéro absolu sinon vous sauriez que l'impact du C02 sur le climat a été découvert au début du 19e siècle et de très nombreux scientifiques ont souligné le sujet depuis. Les réponses à vos éternels hoax dignes de la propagande des trolls du Kremlin au service des oligarques du pétrole, gaz et charbon sont toutes dans le lien suivant tellement vous en avez abusé !
https://www.skepticalscience.com/argument.php
a écrit le 07/05/2018 à 7:45 :
C'est mal parti, on annonce un beau succès au Peugeot 5008. SUV énorme et lourd pour trainer son gros dérrière , aller au Macdo puis voir Avenger. Hippa ! Le sommet de l'écologie !
a écrit le 06/05/2018 à 19:45 :
Qu'est ce que j'entends!!! Les politiques pronées par les pseudos écolos nous envoient dans le mur. Ce n'est pas étonnant, l'ignorance technique et scientifique n'a jamais permis de faire avancer l'humanité, cette loi est inchangé depuis des millénaires. Les résultats engrangés par la France en matière de rejet CO2 ne sont que le résultat de la désindustrialisation du pays.En clair la situation est même pire car nous avons exportés nos rejets CO2 Les politiques mises en oeuvre , entre autre l'augmentation idiote du prix du KWh conduise les consommateurs à rester sur le gaz et les dérivés pétroliers. Donc nos rejets de CO2 vont augmenter. Et pourtant c'est simple de baisser nos rejets, il suffit de commencer par réfléchir.
a écrit le 06/05/2018 à 10:13 :
Et comme par hasard la France est aussi tenue par ses lobbys.

"Assemblée nationale : les lobbies lorgnent les députés REM, novices en politique" http://www.rtl.fr/actu/politique/assemblee-nationale-les-lobbies-lorgnent-l-inexperience-politique-des-deputes-rem-7789073310
a écrit le 06/05/2018 à 9:23 :
Hulot est surtout un grand communiquant, comme son maître JUPITER !
A force d'avaler des couleuvres, il aurait déjà dû démissionner !
Mais rester ministre un an ou deux lui permettra de bénéficier d'une confortable retraite de ministre...
a écrit le 05/05/2018 à 18:08 :
C'est triste ce que nous risquons de laisser aux générations futures.
a écrit le 05/05/2018 à 15:09 :
Le % de nucléaire va devoir baisser car le parc actuel de 34 ans d'âge moyen demande un prix de plus de 55 euros le MWh, et bien plus pour les plus anciennes centrales. Ces dernières ne sont donc plus du tout compétitives si on doit les rénover, ce qu'on ne peut faire entièrement, ni à niveau satisfaisant et comporte dans tous les cas des risques accrus pouvant atteindre des sommes et conséquences considérables. Le nucléaire est donc lesté par sa partie ancienne et dans une impasse dont le bout approche rapidement. L'EPR de génération déjà ancienne et non évoluée n'arrive pas a être compétitif malgré les efforts déployés de longue date et encore moins les montages de réacteurs pour la surgénération et l'utilisation du thorium. Le stockage, l'efficacité énergétique et par ailleurs les oubliés comme le solaire thermique et hybride vont être parmi les éléments clés qui vont permettre une accélération de la transition énergétique. Les prix du stockage deviennent compétitifs, des batteries jusqu'à désormais l'hydrogène et méthanation avec une légère hausse du prix du C02 en cours. Le couple énergies renouvelables + stockage + efficacité énergétique est optimal en termes de bilans globaux, de coûts moyens et de réponse à diverses formes d'énergie et vecteurs, pas seulement électrique, à savoir hydrogène, méthanation, chaleur etc. et applications (chauffage, transports, industries etc). On voit donc bien la nécessité de développer à échelle européenne et plus l'efficacité énergétique, les renouvelables et le stockage pour accentuer la baisse des prix et créer plus d'alliances pour :
- accroître nos emplois et savoir-faire
- de même que notre compétitivité énergétique (les prix du nucléaire montent ceux des renouvelables baissent et ont encore un potentiel de baisse élevé tout comme le stockage)
- réduire plus rapidement que le nucléaire les émissions de Ges comme au Danemark et Portugal et sans les risques, déchets et coûts du nucléaire qui nous fragilise en cas de terrorisme et conflit (le démantèlement de Brennilis c'est plus de 20 fois l'estimation de départ et la cour des comptes conserve une fourchette très large et non définitive et pour cause pour les démantèlements dont on ne sait encore que faire des millions de tonnes de béton et aciers contaminés comme le rappelait l'ASN qui jugeait leur transport trop coûteux)
- réduire notre forte dépendance énergétique qui est de 50% aux énergies fossiles
- innover dans des technologies d'avenir et les solutions ne manquent pas dans les renouvelables comme on le constate régulièrement
- permettre l'autonomie de régions, communes, quartiers, entreprises et baisser les coûts de réseaux en améliorant leur sécurité
Le nucléaire sera dépassé comme il l'est entre autres aux Etats-Unis par les entreprises, résidences, habitats etc qui sont de plus en plus nombreux dans le monde à se couper du réseau et/oui à fonctionner en micro-réseaux.
Réponse de le 07/05/2018 à 9:11 :
Amen...
a écrit le 05/05/2018 à 13:58 :
Toujours dans le faste des rencontres et des effets de manche ce qui compte pour nos dirigeants plus aristo que républicains c'est le paraître car ils estiment que cela suffit.
Ce pays est immature et méprisable.
a écrit le 05/05/2018 à 11:41 :
Les associations écologistes dénoncent une vérité (que nous consommons trop de ressources), mais préconisent des mesures qui ne tiennent pas debout : Les ENR (sous-entendu solaire + éolien) qui nous sauveront tous.

Partout où elles sont déployées, ces énergies coûtent une fortune, produisent très peu, et ne font peu ou pas baisser les émissions de CO2.

En France, les émissions de CO2 du secteur électrique remontent même, malgré 5 milliards d'euros de subventions aux ENR par an !
Réponse de le 05/05/2018 à 15:20 :
Si les émissions du secteur électrique remontent c'est en raison des défaillances du nucléaire qui arrive en fin de course. Il ne se vend quasiment pas sinon avec des contrats de transferts technologiques aux chinois comme en leur temps les TGV. Son prix n'est plus compétitif comme la cour des comptes britannique le constate. Les baisses d'émissions par les renouvelables sont bien réelles par exemple Danemark et Portugal, et même en Allemagne si vous tenez compte de la fermeture de 8 réacteurs nucléaire, de même que dans le monde avec fermeture de centrales charbon et gaz non compétitives. Vos accusations sont mensongères puisque vous mélangez prix bas du charbon et du gaz aux renouvelables alors que la France a ces dernières années importé du charbon en hausse de + 37% en raison des prix bas et donc par opportunisme tout comme elle importe régulièrement de l'électricité d'Allemagne et a bloqué les importations de renouvelables d'Espagne et Portugal pour défendre son lobby nucléaire qui est dépassé comme les opérateurs le prouvent en se tournant nettement vers les renouvelables, le stockage etc
Réponse de le 07/05/2018 à 9:19 :
De toute façon les émissions de CO2 ne sont que du pipeau pour culpabiliser les "humains" alors qu'il est prouvé qu'il n'a que peu d'influence sur le "changement climatique". Même des "experts" du Giec ont filé leur démission de cette organisme parce qu'ils se sont aperçu que ce changement n'existait pas, seuls les politiques toujours sous la pressions des lobbies y croient, le Hulot en premier.
@polytech
Arrêtez la propagande pro machin.
a écrit le 05/05/2018 à 10:41 :
Cas de conscience, de science, ou de simple bon sens ?
Au niveau collectif, les objectifs de préservation de l'environnement semblent aller de soi, que ce soit au sens large ou restreint peu importe, puisqu’au centre il y a toujours l'humain. Ce centrisme par nature devrait théoriquement inciter les politiques à s’occuper beaucoup plus de préserver sur le long terme les conditions de vie de l’espèce. Une approche pluridisciplinaire équilibrée et non seulement des errements entre la politique, l’économie, la technologie, les sciences de la vie et les sciences sociales (du sociétal).
A noter les approches scientifiques : http://www.cnrs.fr/fr/pdf/inee/Prospectivedroit/#/1/

Au niveau économique, il faudrait qu'il y ait au minimum des concordances entre le modèle de développement et la progression de la qualité de vie. Des investissements simples et rationnels dans tout ce qui peut y contribuer (dont la santé, le cadre de vie, les énergies renouvelables, etc…) et non dans le déraisonnable et l’excessif. Post mortem des espèces, l’économie deviendrait rapidement inutile.
Des choix qui se situent également au niveau individuel, avec parfois un côté rabat-joie, ou simplement de rigueur responsable.

On pourrait éventuellement espérer un geste métaphysique, mais rien ne prouve qu’il aille dans le bon sens.
Quoi qu’il arrive, avec la nature il y a une certitude, il n’y aura pas de miracle.
a écrit le 05/05/2018 à 9:57 :
Si la France était un pays, maintenant ce n'est qu'une aire de pique-nique!
a écrit le 05/05/2018 à 9:54 :
Il est vrai que la France étaient plus riche avant de participer a la construction de cet administration qu'est l'UE de Bruxelles!
Réponse de le 05/05/2018 à 10:44 :
Pas vraiment plus riche, quand on dévaluait la monnaie tous les 6 mois !!
Réponse de le 05/05/2018 à 19:36 :
La monnaie n'est pas "la richesse" c'est "un moyen d’échange"! Elle était adaptable a l’économie maintenant c'est le contraire!
Réponse de le 07/05/2018 à 9:23 :
@ozarmes
Certes, mais au moins nous étions chez nous, sans avoir de directives qui viennent s'incruster en permanence dans des décisions que nous ne maîtrisons plus, donnée par un organisme que nous avons pas élu directement.
a écrit le 05/05/2018 à 8:12 :
Et les Etats-Unis ? La Chine ? L'Allemagne ? Le Royaume Uni ? Quels sont leurs places ?
a écrit le 05/05/2018 à 7:58 :
Il faut appliquer la note n°6 du CAE. Qui le comprendra?
a écrit le 04/05/2018 à 22:15 :
alors que la France est parmi les plus faibles émetteurs de gaz à effet de serre par habitant avec Suisse et Suède (Eurostat ; World Resources Institute). et qu'elle est classée 2e de l'Environmental Performance Index (Yale). ou qu'elle est en tête du Food Sustainability Index et 3e du Global Food Security Index (The Economist Intelligence Unit).
le WWF disait en avril 2017 que la France a la meilleure stratégie bas carbone en Europe pour 2050.
Réponse de le 05/05/2018 à 0:59 :
De toute manière le problème avec ce genre de classement , c'est qu'il y a un nombre de points par pays, sur généralement plusieurs critères, qui eux même sont quantifiés avec une méthodologie parfois contestable et des coefficients qui s'appliquent pour donner plus ou moins d'importance à chaque critère. Rien que le choix de ces coefficients nous fait rentrer dans l'arbitraire.
Bref très souvent un biais idéologique s’immisce dans ce genre d'étude, pas toujours consciemment d'ailleurs.

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