Finances publiques : l'OFCE ne croit pas aux promesses d'Emmanuel Macron

Alors que le gouvernement présente ce jeudi à l'Assemblée nationale son budget rectificatif pour 2022, l'OFCE, (l'Observatoire français des conjonctures économiques) table sur un déficit de 5,5% du PIB en 2022 contre 5% à Bercy. Selon cet organisme, la promesse d'Emmanuel Macron de revenir à un déficit à 3% d'ici à 2027 s'éloigne de plus en plus. Ils estiment en effet que le choc énergétique aura un impact durable sur la croissance et l'inflation.
Grégoire Normand
L'agenda budgétaire est particulièrement chargé à Bercy.
L'agenda budgétaire est particulièrement chargé à Bercy. (Crédits : Reuters)

Les calculatrices risquent encore de chauffer à Bercy au mois d'août. Alors que la canicule a frappé la France ces derniers jours, les dossiers brûlants s'accumulent sur le bureau du ministre des Comptes publics Gabriel Attal. Entre le budget rectificatif 2022, le projet de loi pouvoir d'achat, le budget 2023 présenté à la rentrée et le programme de stabilité pour les cinq prochaines années, l'agenda budgétaire de l'exécutif est particulièrement chargé en cette fin du mois de juillet.

Seulement quelques semaines après la nomination du nouvel exécutif, la Première ministre Elisabeth Borne a entamé un marathon parlementaire particulièrement tumultueux. L'absence de majorité absolue à l'Assemblée met la pression sur l'exécutif pour trouver des compromis avec les voix de l'opposition sur la loi pouvoir d'achat. Dans ce contexte économique et politique agité, l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a dévoilé ce jeudi 21 juillet un cadrage macroéconomique pour les cinq prochaines années.

Evidemment, cet exercice va dépendre de plusieurs aléas rappelés par les économistes lors d'un point presse. « C'est un horizon de moyen terme. Cet exercice est d'autant plus délicat compte tenu des incertitudes. Il y a des hypothèses sur l'agenda des réformes. Il y a des aléas internationaux importants », a rappelé l'économiste Mathieu Plane. Le prolongement de la guerre en Ukraine et une éventuelle coupure du gaz russe en Europe pourraient assombrir le scénario principal du centre de recherches rattaché à Sciences-Po Paris.

3,7% de déficit et une dette à 112,3% du PIB en 2027

Sur le front des finances publiques, l'OFCE table sur une réduction du déficit public à -3,7% du PIB d'ici à 2027. Après avoir plongé en 2020 et 2021 (-6,4% du PIB) en pleine crise du Covid, le solde public devrait progressivement se réduire dans les cinq prochaines années. La baisse la plus importante est attendue entre 2022 et 2023 (-0,9%) sous l'effet principalement de l'extinction progressif des mesures d'urgence sanitaires et des dispositifs destinés à amortir la crise énergétique. Le solde primaire, c'est-à-dire le déficit hors mesures temporaires et effet d'activité, serait en 2022 inférieur à 3% en 2022 (2,5%).

Les économistes estiment que les mesures d'urgence, de relance, d'énergie et de pouvoir d'achat représentent environ 2,6 points de PIB en 2022. Le débranchement de certaines mesures devrait permettre au déficit de se réduire si les conséquences de la guerre en Ukraine et celles de la crise sanitaire ne se prolongent pas.

Au final, la dette rapportée au PIB serait relativement stable passant de 112% en 2022 à 113% en 2024 et 2025 avant de baisser légèrement vers 112% en 2027. Cette trajectoire ne tient pas compte de la recapitalisation d'EDF à 8 milliards d'euros qui pourrait avoir une incidence sur les chiffres de la dette.

Dette : "dramatisation du discours public"

Avec le resserrement de la politique monétaire, les charges d'intérêt de la dette devraient augmenter passant de 1,5% du PIB en 2022 à 2,3% du PIB en 2027. Pour le président de l'OFCE, Xavier Ragot, il n'y a pas vraiment d'inquiétude sur la soutenabilité de la dette tricolore même si le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a déclaré récemment que la France « avait atteint la cote d'alerte sur les finances publiques ».

« À l'horizon de 2027, la question de la soutenabilité de la dette ne se pose pas. La dette est soutenable en France. La dette restera probablement une valeur sûre face aux turbulences à venir. La question est de savoir si aujourd'hui, il faut utiliser la dette pour encaisser le choc. Il y a une dramatisation dans le discours politique », explique l'économiste. En zone euro, le spectre d'une nouvelle crise de la dette a ressurgi ces dernières semaines alors que l'Italie traverse une grave crise politique et économique.

Une inflation à 4,1% en 2023

La succession des crises ces dernières années a propulsé l'inflation à un niveau record en France. L'indice général des prix pourrait s'établir à 5,3% en 2022 avant de redescendre à 4,1% en 2023 et 2,1% en 2024. « Notre scénario principal est que les prix de l'énergie vont rester durablement élevés. Le choc macroéconomique va aller au-delà de 2022. Les mesures de protection face à l'énergie vont permettre d'amortir une partie de ce choc », indique Mathieu Plane. Le scénario noir d'une coupure de gaz russe d'ici la fin de l'année pourrait à nouveau faire flamber les prix de l'énergie sur le Vieux continent.

Si la dépendance du gaz russe en France est bien moins forte qu'en Allemagne, cette décision aurait néanmoins un impact sévère sur la croissance et l'inflation. De son côté, la Banque centrale européenne (BCE), à la grande surprise de certains économistes, vient de relever ses taux de 50 points de base. En mettant fin à l'ère de l'argent gratuit avec des taux d'intérêt négatifs, l'institut de Francfort espère calmer l'inflation galopante dans les prochains mois.

Coup de frein sur la croissance en 2023

La croissance du produit intérieur brut devrait marquer le pas entre 2022 et 2023 passant de 2,4% à 1%. Après avoir atteint un sommet en 2021 à 6,8% dans le sillage de la reprise post-covid, l'économie française traverse une zone de fortes secousses. Entre la crise énergétique et les tensions sur les approvisionnements, la trajectoire du PIB est encore très loin de retrouver son niveau d'avant crise. Les différentes crises ont ainsi provoqué des pertes de revenus immenses difficilement rattrapables malgré l'effet rebond de l'année 2021.

Une remontée du chômage à prévoir en 2023, la promesse du plein emploi s'éloigne

Sur le front de l'emploi, la situation pourrait rapidement se dégrader. Après avoir baissé à 7,3% de la population active, le chômage au sens du bureau international du travail (BIT) pourrait grimper à 8% en 2023 avant de s'infléchir à 7,5% en 2027. Là encore, la promesse d'Emmanuel Macron de revenir au plein emploi d'ici la fin du quinquennat s'éloigne encore. Le coup de frein de l'économie peut en partie expliquer ces moins bons résultats en matière d'emplois et de chômage.

Les chercheurs s'attendent également à un ralentissement de l'apprentissage. Pour rappel, plus de 750.000 emplois ont été créés entre 2019 et 2021 en France, dont près de 400.000 postes d'apprentis. « La contribution de l'apprentissage au plein emploi devrait logiquement atteindre un plafond et probablement devenir négative compte tenu des difficultés à financer le dispositif tel qu'il est actuellement calibré et des contraintes budgétaires qui se profilent », explique l'OFCE.

Beaucoup d'économistes redoutent aussi un ralentissement de la productivité en France. Depuis la pandémie, les créations d'emplois sont relativement élevées au regard du niveau d'activité. « Le niveau de productivité a baissé en début de crise. Cela entraîne une rétention d'emplois, indique Mathieu Plane. Il y a aujourd'hui 500.000 emplois en rétention. Progressivement, cette rétention va s'éteindre. Cela va avoir un impact sur le chômage », ajoute-t-il.

Grégoire Normand

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Commentaires 5
à écrit le 22/07/2022 à 15:46
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OFCE, rappellez vous. C'est eux qui ont proposé de faire payer loyer aux propriétaires, car les propriétaires en question étaient des priviligiés qui ne payaient pas de loyer..terrifiant. Vous pouvez vérifier. Cet organisme est connu depuis longtemp...

à écrit le 22/07/2022 à 3:25
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Ce ne sont que des promesses comme vivre sur Mars ou la promesse de régulation des dépenses de l'État à 3℅ ..

à écrit le 22/07/2022 à 0:44
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Encore une clique de Cassandre, au lieu de critiquer , ils ne pourraient pas proposer quelque chose de positif pour une fois. Au lieu de chercher à démoraliser le monde économique et à savonner la moquette du pays. Ces chercheurs doivent être adhére...

à écrit le 21/07/2022 à 22:39
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Quand on pense aux centaines de fonctionnaires de Bercy employés à nous donner des chiffres que tout un chacun avec un peu de jugeote peut donner avec plus de réalisme, .. à pleurer..

à écrit le 21/07/2022 à 18:30
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Ne vous inquiétez pas! McKron a déjà des excuses de prête! Le principal, c'est que le ruissellement inversé fonctionne toujours, en distribuant de l'argent à la base pour qu'il monte vers le sommet, laissant aux sans-dent payé les intérêts!

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