"Gilets jaunes" : "Acte VI" ou "trêve des confiseurs" ?

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(Crédits : STEPHANE MAHE)
Un essoufflement du mouvement des "Gilets jaunes" a été constaté par plusieurs observateurs samedi dernier. Dans le calme et avec une mobilisation en baisse, l'Acte V a contrasté avec l'extrême tension des semaines précédentes pour réclamer plus de pouvoir d'achat. Pourtant, sur les réseaux sociaux, certains "Gilets jaunes" appellent à battre le pavé ce samedi 21 décembre.

>> ARTICLE DU 21/12/2018 11:11 | MISE A JOUR 22/12/2018 11:00

La mobilisation des "Gilets jaunes", lancée le 17 novembre contre la hausse des taxes sur les carburants avant de s'élargir à la question plus globale du pouvoir d'achat, a connu un net recul samedi, à l'occasion d'une cinquième journée de manifestation nationale, avec 66.000 manifestants comptabilisés par le ministère de l'Intérieur, contre 136.000 lors des deux week-ends précédents.

Lire aussi : "Gilets jaunes": le mouvement s'est essoufflé pour l'"acte V"

Mais quelques 'Gilets jaunes" ont déjà proposé d'autres moyens d'actions et d'autres lieux de ralliements pour l'"Acte VI". Eric Drouet, un des leaders du mouvement, a appelé sur une page Facebook à un rassemblement à Versailles à partir de 8 h samedi.

"Fini Paris et ses petites rues !", peut-on lire dans la description de l'événement.

Le choix de cette ville, ancien siège de la royauté française, n'est pas un hasard pour celui qui avait appelé à "entrer dans l'Élysée"Le château de Versailles et le reste du domaine seront d'ailleurs fermés, en prévision d'une possible manifestation.

 Un samedi matin dans le calme

Alors que la fronde a nettement marqué le pas, les "Gilets jaunes" comptent de nouveau mobiliser leurs troupes dans toute la France pour un sixième samedi consécutif de manifestations, à Versailles et Paris notamment, où tout semble calme en début de matinée.

Ce matin dans la capitale, la circulation était normale sur les Champs-Élysées, avec une présence discrète des forces de l'ordre. Contrairement aux cinq samedis précédents, la circulation était pour le moment possible aussi sur la place de la Concorde. Sur les Champs, les cafés et restaurants déployaient normalement leurs terrasses et la quasi-totalité des magasins exhibaient leur vitrine.

Les commerces parisiens, qui doivent accueillir de nombreux clients avant Noël, ont été "invités à faire preuve de vigilance" par la préfecture de police.

Le Château de Versailles fermé, Montmartre en ligne de mire

Le directeur de cabinet du préfet des Yvelines, Thierry Laurent a avancé vendredi les chiffres de 1.400 personnes qui se sont déclarées "participantes" et 8.000 "intéressées" par l'événement Facebook à Versailles, organisé entre autres par Éric Drouet, l'une des figures du mouvement.

Par crainte de débordements, le domaine et le château de Versailles ont été fermés "de manière préventive".

Des mesures d'urgence pour tenter d'apaiser avant Noël

L'Assemblée nationale a donné son feu vert dans la nuit de jeudi à vendredi pour avancer la défiscalisation des heures supplémentaires au 1er janvier au lieu du 1er septembre 2019, lors de l'examen en urgence du projet de loi "Gilets jaunes".

Tous les salariés, y compris les fonctionnaires, pourront bénéficier de ce dispositif, qui coûtera à l'État et à la Sécurité sociale 2,4 milliards d'euros de plus que prévu. Les sommes perçues seront en outre exonérées d'impôt sur le revenu jusqu'à 5.000 euros nets par an - mais pas de CSG-CRDS - et par conséquent exclues du calcul du prélèvement à la source.

Lire aussi : Loi "Gilets jaunes": le retour du "travailler plus pour gagner plus" de Sarkozy

 "On a choisi l'impôt sur le revenu", plutôt que la CSG-CRDS, car "à partir du moment où on détricot(e) la CSG sur un dispositif pérenne, on donne un signal qui touche au coeur du sujet de la solidarité", a expliqué la ministre Pénicaud.

Des mesures qui ne répondent pas à l'urgence économique et sociale

Laurent Berger, le numéro un de la CFDT, avait estimé jeudi que les mesures gouvernementales sur la prime d'activité ou la CSG "ne répondent pas à l'urgence économique et sociale", craignant que la défiscalisation des heures supplémentaires ne détruise des emplois.

Le texte prévoit de défiscaliser les heures supplémentaires, une mesure "appréciée par les salariés", mais que Laurent Berger considère comme "potentiellement destructrice d'emplois", notamment dans les petites et grandes entreprises.

Globalement, "ces mesures ne correspondent pas à l'état d'urgence économique et sociale", estime le secrétaire général de la CFDT.

Pour lui, l'urgence est de "redéfinir notre contrat social, de construire des protections et des droits pour les plus exposés, de rétablir la justice fiscale".

"Il est bien trop tôt pour parler de virage social" du quinquennat. Laurent Berger considère que ce dernier n'interviendra que si "on redéfinit la fiscalité", "on redonne la priorité à l'emploi, au pouvoir d'achat, aux salaires, à la protection sociale", mais aussi "quand nous construirons les réponses ensemble". Or il n'y a "pas encore" de dialogue social entre le président et les syndicats, selon lui.

Le commerce souffre des samedis à répétition de fermeture

Le climat des affaires s'est sensiblement dégradé ce mois-ci en France et est tombé à son plus bas niveau depuis décembre 2016, selon les données publiées vendredi par l'Insee. L'indicateur global du climat des affaires, calculé à partir des réponses des chefs d'entreprise interrogés dans le cadre de cette enquête mensuelle, s'inscrit à 102, en baisse de trois points par rapport à sa valeur de 105 en novembre (révisée en hausse d'un point par rapport à la précédente estimation).

A ce niveau, qui marque un plus bas depuis décembre 2016, cet indicateur s'inscrit en net repli par rapport au pic atteint en fin d'année dernière. Il se maintient cependant toujours au-delà de sa moyenne de longue période, calée à 100, qu'il dépasse depuis janvier 2016. Par secteurs, l'indicateur de l'industrie manufacturière s'est inscrit à 104, perdant un point par rapport à la marque de 105 enregistrée en novembre, alors que les économistes interrogés par Reuters l'attendaient en moyenne en recul de deux points, à 103.

Le recul est particulièrement prononcé dans le commerce de détail - dont l'indicateur sectoriel chute de sept points, à 100, son plus bas niveau depuis février 2015 - dans un contexte marqué par le mouvement des "Gilets jaunes".

Pour Pierre Pellarey, directeur général du Printemps Haussmann, "Le Printemps estime que le recul du chiffre d'affaires de son magasin vedette parisien devrait avoisiner au final 10% en décembre", a déclaré vendredi celui-ci sur France Info.

Le distributeur a été contraint d'évacuer le 1er décembre son magasin du boulevard Haussmann, qui a gardé ses portes closes le samedi suivant, ce qui s'est alors traduit par un manque à gagner d'environ 20% sur les ventes.

"Après, les clients se sont adaptés. On assiste aujourd'hui à un rattrapage qu'on n'avait pas tout à fait prévu dans son ampleur", a expliqué le directeur général du Printemps Haussmann.

Anticipant les difficultés, les consommateurs se sont notamment reportés sur les jours de semaine et sur le dimanche.

"On sera en baisse probablement de l'ordre de 10%", a dit Pierre Pellarey, ajoutant compter sur le dernier week-end avant Noël dans cette période cruciale des fêtes de fin d'année, qui représente 20% du chiffre d'affaires annuel.

Sur l'ensemble de l'exercice, qui se terminera en mars 2019, le Printemps Haussmann continue d'espérer un chiffre d'affaires record. "On pensait finir aux alentours de +6-8%. On finira probablement aux alentours de +6%", a-t-il ajouté.

(avec agences)

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Commentaires
a écrit le 24/12/2018 à 14:51 :
Macron flippe. Il va faire payer aux français beaucoup d’argent pour qu’il n’ait plus peur. Certains disent qu’il est même parti dormir avec des militaires pour le réveillon de peur de se faire decapiter pendant la nuit.
D’autres disent qu’il cherche juste un plan cul pour noel, mais ce ne sont que des ragots.
a écrit le 22/12/2018 à 16:01 :
Il est temps de rétablir l'état de droit que des bandes jaunes vandalisent et pillent en toute impunité car sinon un colonel sera plébiscité par le peuple et nous n'auront plus le loisir de lire La Tribune en version non censurée.
a écrit le 22/12/2018 à 13:20 :
Le gouvernement a eu peur. Une fois de plus, il a cedé aux revendications d’émeutiers qui cassent et pillent, empêchent les français de circuler, font la loi. Vite vite, on accorde à la police des augmentations pour s’assurer de sa fidélité. M.Macron a eu peur. Tous ceux qui paient des impôts paieront pour que M. Macron n’ai plus peur.
a écrit le 22/12/2018 à 9:30 :
les mesures prises sont bourrées d'injustices cette defiscalisation qui represente quand meme plus de 2 milliards 'il faudra là faire compenser par des cotisants qui ne sont meme pas concernes par les mesures, beaucoup n'ont pas droit aux heures sup A partir du moment où on divise pour régner il y a UN GROS probleme ,,,, et AVANT d'annoncer une mesure il faut la FINANCER pas la transmettre à nos enfants par de la dette.
QUANd on voit les privileges aux elus ,hauts fonctionnaires, agences d'etat bidons 1200 recensees par la cour des comptes COUT 18 milliards ,sous prefectures qui ne servent a rien; préfets sans affectation ,en 2017 creation de 22900 nouveaux agents dans les ministeres etc etc ON A DE LA MARGE mais PAS LE COURAGE POLITIQUE?
Réponse de le 22/12/2018 à 10:29 :
Macron ne fait qu' appliquer sa feuille de route dictée par les GOPE de Bruxelles, vous vous attendiez à quoi ..?
https://www.upr.fr/actualite/europe/les-gope-grandes-orientations-politique-economique-feuille-route-economique-matignon/
Emmanuel Todd : "Les gens ne se rendent pas compte que l'échec de toutes les politiques économiques vient de l'encastrement de la France dans la zone euro et de l'impossibilité de faire une politique protectionniste, ce qui implique que les mesures de Macron vont échouer.
On assiste à une renaissance simultanée de l'idéal démocratique et de l'idéal national, on est à une étape de reconstruction de l'idée nationale associée à l'idée démocratique."
Réponse de le 24/12/2018 à 14:42 :
Dans une dictature on a pas droit à a parole. Un député LREM viré pour avoir été en désaccord avec une loi c'est démocratique ou dictature?
a écrit le 22/12/2018 à 8:50 :
Accompagnons en musique le naufrage du Tatanic France
a écrit le 21/12/2018 à 16:36 :
"Tous les salariés, y compris les fonctionnaires, pourront bénéficier de ce dispositif"

Tous les salariés ,comme le laisse entendre le gouvernement ?,euh non.On peut rappeler que la décision d'effectuer des heures supplémentaires relève du pouvoir de direction de l'employeur et non sur une demande du salarié.Les heures supplémentaires ne peuvent pas être refusées par l’employé, sauf en cas d’entorse à la loi. Le salarié doit donc accepter ses heures supplémentaires.Le refus d'exécuter les heures supplémentaires peut constituer un motif de licenciement, voire une faute grave justifiant la rupture immédiate du contrat sans préavis.Il ne s'agit donc pas d'un cadeau.
a écrit le 21/12/2018 à 14:25 :
Drouet, va certainement etre récompensé par Mélenchon dans 3 ans et demi, par une circonscription gagnée par avance dans le 93, ou celle Mélenchon lui-meme, puisqu'il reproche aux Marseillais, depuis l'Assemblée Nationale, de par leur accent, ne pas parler Français.

Autant j'étais en accord avec le mouvement,
Autant passés casses, incendies, saccage de l'arc de triomphe, atteintes graves à l'économie et ses acteurs : employeurs et employés, j'y suis opposée aved dégout.

Des avancées impensables mi-nov ont été obtenues.
Plus rien ne sera comme avant.
2018, constitue un tournant plus important que 1968

Il faut à présent que débats, " états généraux " soient bien conduits.

Le Président Macron a Bien compris. A lui, et à la Majorité présidentielle En Marche et MO.DEM de bien gérer, ce qui en découle.

Tout le monde, y compris, les plus défavorisé a à perdre à ce que économie, et recettes fiscales et sociales en soient plus aggravées.
a écrit le 21/12/2018 à 14:17 :
va t-on continuer longtemps à nous gonfler avec les gilets jaunes
a écrit le 21/12/2018 à 13:13 :
les autoriser à manifester dans les sous sols d un parking de banlieue
les shooter au flash ball
ne plus autoriser les pauvres en france
les déporter dans un pays pauvre où ils y seront vraiment chez eux
ou ne plus écouter radios, télés, et rester enfermé dans un hlm de banlieue (les manifs se faisant dans les quartiers dits chics) pour plus de tranquillité
et surtout sortir son argent de france pour plus de sécurité, on ne sait jamais....

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