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ÉconomieFrance

Grève des cheminots : l’enfer commence mardi pour les voyageurs

Photo de Philippe Mabille

latribune.fr (avec AFP)

Publié le 01 avril 2018 à 14:19 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:08

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Finalement, la circulation des train sera "normale" lundi, a annoncé la SNCF dans un communiqué dimanche. Le président Guillaume Pépy avait pourtant conseillé aux voyageurs de ne pas prendre le train lundi après 19h00 et craint la désorganisation totale du trafic avec ces trois mois de grèves "perlées". Mardi, 1 TGV sur 8 et 1 TER/transilien sur 5 circuleront. Le gouvernement hausse le ton et joue la carte de l'opinion et de la "concertation", face l'opposition unitaire des syndicats de la SNCF. Air...

La galère dans les transports français, ça commencera finalement seulement mardi. Après que son président Guillaume Pépy ait déconseillé de prendre le train à partir de 19h00 lundi (sans doute une forme de poisson d'avril...), la direction de la SNCF a publié dimanche soir des prévisions de trafic "normales" pour lundi. Visiblement, les syndicats n'ont pas voulu piéger les voyageurs en ce retour des congés de Pâques. Mais, mardi, 48% du personnel suivra la grève,ce qui veut dire selon la direction de la SNCF que seulement un TGV sur huit circulera (soit 12% des trains) et, en régions, un TER et un Transilien sur cinq en moyenne. En Ile-de-France, la circulation sera variable selon les lignes, allant de un train sur deux sur le RER A à un sur trois sur le RER B et un sur cinq sur le RER C.

La semaine prochaine, ce sera donc pour les Français le début pour trois mois de la longue grève par épisodes de deux jours sur cinq, initiée par la CGT, l'Unsa et la CFDT, jusqu'au 28 juin. Encore plus radical, en cette année d'élections professionnelles à la SNCF, SUD-Rail appelle lui à une grève illimitée, reconductible par 24 heures, à partir de 20H00 lundi.

L'inquiétude de Pépy

Le président de la SNCF Guillaume Pepy avait prévenu les voyageurs dans un entretien au Journal du Dimanche qu'il faut s'attendre à une mobilisation de grande ampleur : « des lignes seront fermées » et « cette grève sera très pénalisante pour nos clients », prévient-il. Le mouvement « a été pensé pour avoir un maximum d'impact sur le trafic et être le plus économe possible pour les grévistes », estime le patron de la SNCF. « S'il manque des aiguilleurs, la loi ne nous permettant pas d'en réquisitionner, il y aura donc des lignes fermées. Sur les grandes lignes, les trains annoncés la veille à 17 heures seront garantis. Nous enverrons un mail ou un SMS à toutes les personnes qui ont une réservation pour confirmer ou infirmer la circulation de leur train la veille à partir de 17 heures », a expliqué le patron de la SNCF. « les Français doivent être lucides. Nous avons dit et répété qu'il y aurait très peu de trains du 2 avril au soir au 5 avril au matin. Il ne sera donc pas raisonnable de venir dans une gare si votre train n'est pas confirmé. C'est pour cela que l'on a fermé les réservations pour les jours de grève. Lorsque l'on y verra plus clair, on pourra en rouvrir certaines ».

Par ailleurs, Guillaume Pepy a anticipé la difficulté de la succession des séquences de grève. « Trois jours après la reprise du trafic, une nouvelle séquence de grève démarrera. Cela va désorganiser complètement la production. Exemple : si l'entretien technique d'un train ne peut être fait à cause de la grève, il ne pourra plus rouler. Et nous finirons par manquer de matériel », craint-il. Vendredi, Guillaume Pepy avait évoqué comme « une fourchette possible » la circulation d'un train sur cinq ou un sur huit, certains syndicats évoquant même un train sur dix.

Pour inciter des cadres à conduire des trains pendant la grève, la direction a proposé une prime de « conducteur occasionnel ». La SNCF conseille aux voyageurs de renoncer à prendre le train à partir de 19h00 lundi et anticipe des fermetures de lignes. Les prévisions de trafic seront visibles « en temps réel, et constamment actualisées, sur sncf.com et sur l'appli SNCF », promet le groupe, qui remboursera « intégralement » ou échangera gratuitement les billets, même ceux portant la mention « non échangeable et non remboursable ».

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La colère d'Elisabeth Borne

Le gouvernement, qui a pourtant commencé à lâcher du lest, en se disant prêt à décaler de plusieurs années le calendrier de l'ouverture à la concurrence, notamment au-delà de 2030 en Ile-de-France, hausse le ton, jouant à fond la carte de l'opinion. « Je le dis clairement, personne ne peut comprendre que les syndicats de cheminots engagent une grève longue et pénalisante alors que le gouvernement est dans le dialogue », a dénoncé dans une interview au Parisien dimanche, la ministre des Transports Elisabeth Borne. « Je déplore franchement cette grève très pénalisante pour les voyageurs. Il est incompréhensible que les syndicats restent dans une posture de blocage qui n'est pas justifiée alors que nous apportons des réponses aux cheminots », a-t-elle poursuivi. La ministre a rappelé qu' « il n'a jamais été question de passer en force », soulignant que les concertations ne sont qu'à « mi-chemin et que nous démarrons la semaine prochaine le débat parlementaire ».

L'opinion partagée

Pour l'instant, l'opinion est partagée : 46% des Français trouvent le mouvement "justifié" selon un sondage Ifop pour le JDD, mais le soutien à la grève progresse de 4 points en deux semaines. Le soutien à la réforme reste majoritaire puisque 51% des personnes interrogées souhaitent « que le gouvernement aille jusqu'au bout de la réforme telle qu'elle a été annoncée ». Elles sont 72% à penser « que le gouvernement ira jusqu'au bout sans céder aux grévistes ».

Les cheminots s'opposent à l'ensemble de la réforme ferroviaire : la suppression de l'embauche au statut à la SNCF, les modalités d'ouverture à la concurrence ou encore la transformation de la SNCF en société anonyme, ce qui ouvre la voie à une future privatisation, selon les syndicats. Le projet de réforme « vise à détruire le service public ferroviaire par pur dogmatisme idéologique » et « ne règlera pas le sujet de la dette, ni celui des dysfonctionnements », affirment-ils dans leur préavis.

Pas de projet caché de "privatisation"

Face à ces critiques, le gouvernement joue la carte de la concertation, multipliant rencontres bilatérales, séances plénières et interventions médiatiques. « Personne ne peut comprendre que les syndicats de cheminots engagent une grève longue et pénalisante alors que le gouvernement est dans le dialogue », estime Mme Borne. Invité du Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI, Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics, a souligné « la détermination tranquille et totale » du gouvernement, assurant qu'il n'y avait « aucun projet ni ouvert, ni caché de privatisation » de la SNCF.
La semaine sociale s'annonce chargée dans l'ensemble des transports. Air France sera une nouvelle fois touchée mardi 3 avril puis samedi 7 avril par ses quatrième et cinquième journées de grève en un mois et demi. Onze syndicats de tous métiers exigent une augmentation générale des salaires de 6%, jugeant trop faible celle programmée dans l'année (+0,6% au 1er avril et +0,4% au 1er octobre). La direction juge la revendication déraisonnable et vante les "200 millions d'euros" redistribués via des augmentations individuelles et l'intéressement.

La fièvre sociale monte partout en France

La fièvre sociale monte aussi dans les autres services publics, comme les déchets et l'énergie. Les fédérations CGT des Transports et des Services publics ont lancé un appel commun à la grève dans l'ensemble de la filière déchets à partir de mardi, « du balayeur à la collecte, au centre de tri, à l'incinérateur ». Les syndicats réclament la création d'un « service public national » des déchets avec un « statut unique public » pour les salariés de la filière. Exigeant la « reconnaissance de la pénibilité » du travail dans ce secteur, ils demandent un départ anticipé à la retraite de cinq ans à taux plein pour tous et de 10 ans pour les métiers exposés à l'insalubrité et la pénibilité (ramassage des ordures, agents de tri), ainsi qu'une réduction du temps de travail. Cette grève illimitée devrait toucher notamment Paris et sa région, celle de Marseille, Montpellier, ainsi que l'Est et le Nord, selon la CGT.

La FNME-CGT, première organisation syndicale dans l'énergie, appelle de son côté à la grève à partir de dimanche « jusqu'au 28 juin », calquant son calendrier sur celui des cheminots. Elle réclame notamment « l'organisation d'un nouveau service public de l'électricité et du gaz qui réponde à l'intérêt général ». Le syndicat veut aussi un « bilan de la déréglementation du secteur de l'énergie », « la fin de la libéralisation du marché de l'électricité et du gaz » et « un statut de l'énergéticien pour l'ensemble des salarié » de ce secteur.

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Enfin, la fronde contre la loi modifiant l'accès à l'université (loi ORE, Orientation et réussite des étudiants), accusée d'instaurer un système de sélection, s'est emparée de plusieurs universités, notamment à Toulouse, Bordeaux, Paris, Rouen, tandis que les examens approchent. Elle a pris de l'ampleur après l'expédition punitive survenue à Montpellier pour laquelle le doyen et un professeur de la faculté de droit sont mis en examen.

latribune.fr (avec AFP)

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