Inégalités  : faut-il encore détruire des HLM  ?

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La loi Borloo de 2003 prévoyait 250.000 démolitions de logements dans les zones défavorisées.
La loi Borloo de 2003 prévoyait 250.000 démolitions de logements dans les zones défavorisées. (Crédits : Décideurs en région)
Plus de 10 ans après le premier plan national de rénovation urbaine, la démolition des logements sociaux dans les zones défavorisées reste un sujet d'actualité, tant les inégalités territoriales restent fortes.

Depuis le début du siècle, la démolition de logements sociaux dans les quartiers défavorisés n'est plus un sujet tabou en France. La loi Borloo de 2003 prévoyait notamment la démolition de 250.000 logements pour la période 2004-2011. Une politique de masse censée régler les problèmes hérités des politiques d'urbanisme menées dans les années 1960 et 1970, c'est à dire l'émergence de zones à forts pourcentages de logements très sociaux parfois insalubres, éloignés des centres-villes et des banlieues résidentielles des classes moyennes et riches.

Mais malgré le plan Borloo, le constat reste aujourd'hui similaire. Ainsi l'idée d'un nouveau plan de démolition-reconstruction de HLM refait surface. Ce sont d'ailleurs les bailleurs sociaux qui le demandent. « Renoncer à démolir dans un certain nombre de quartiers massivement et à reconstruire en compensation, là où il y a peu de logements sociaux, reviendrait à abandonner la mixité urbaine et sociale en tant que composante centrale du pacte républicain ! », invective l'Union social pour l'habitat, qui rassemble les grandes fédérations du logement social. Environ 50.000 démolitions de logements seraient encore nécessaires.

Les reconstructions en question

Mais au-delà d'un nombre de démolitions, c'est aussi la politique de reconstructions qui fonctionne mal. En Île-de-France notamment, « on a probablement trop reconstruit de logements sociaux dans les quartiers où l'on avait démoli », concède Nicolas Grivel, directeur général de l'Agence nationale de rénovation urbaine (Anru), lors d'un séminaire organisé mardi par la Société nationale immobilière. Ce qui a maintenu, voire renforcé les déséquilibres sociaux sur les territoires.

Pour faire changer la donne, le nouveau plan de rénovation urbaine (NPNRU) prévoit bien 6 milliards d'euros pour soutenir le développement de ces quartiers. Environ 7.000 démolitions ont d'ores et déjà été validé au niveau national, note Nicolas Grivel. Mais de l'avis de nombreux experts, c'est bien la politique de démolition-reconstruction qui devra être revue. Elle ne pourra être pensée à l'échelle du seul quartier. « Contrairement au plan Borloo, il faudra prévoir des solutions de relogement des familles dans d'autres villes et d'autres villages », suggère François Garay, le maire des Mureaux dans les Yvelines, une ville concernée par ces problématiques. « Il faudra reconstruire autrement, quitte à mettre des quartiers en jachère ! », ajoute-t-il.

Prendre en compte l'avis des habitants

L'USH propose également « une politique de vacance assumée en ne réattribuant pas les logements sociaux vides dans les quartiers défavorisés, afin d'abaisser mécaniquement la part des populations fragiles dans ces zones ».

Reste un obstacle de taille à prendre absolument en compte : le sentiment des habitants qui préfèrent parfois rester dans le quartier où ils ont passé trente ou quarante de leur vie. « Lorsque l'on démolit des logements, il est toujours compliqué d'accompagner les habitants qui abandonnent une partie de leur histoire » constate François Garay. Une prise en main efficace des problèmes de ghettoïsation nécessiterait en fait de s'attaquer au « chômage, à l'insécurité, à la pauvreté, au communautarisme, à la précarité des situations familiales et à la faiblesse des services publics », reconnaît l'USH. Et donc de mobiliser des moyens bien supérieurs au 6 milliards d'euros du NPNRU.

Perte de conscience publique

Bref, sans un effort plus substantiel en matière d'investissement dans ces quartiers, « les classes moyennes n'iront bien entendu pas y vivre », confirmait il y a quelques semaines Frédéric Paul, délégué générale de l'USH, laissant ainsi les populations fragiles vivre entre elles. Ce serait aussi une forme de résignation de la part des pouvoirs publics, qui dénoterait une perte de conscience politique par rapport à la nécessité de traiter les phénomènes d'exclusion par les territoires.

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Commentaires
a écrit le 15/11/2016 à 0:01 :
Le problème n'est pas les batiments. Les origines des problèmes sociaux sont identifiés depuis très longtemps par les sociologues et ils sont politiques essentiellement : 1/ Chomage massif des jeunes entrainant une délinquance pour certains. 2/ Education scolaire insuffisante et non adaptée au marché de l'emploi. 3/ manque d'effectifs de sécurité et de police. 4/ manque de structures qui s'occupent des jeunes pendant leur chomage (salles de sport, associations, médiathèques) 5/ manque de transports en commun vers les sites qui ont de l'emploi. 6/ manque de politique de la ville pour attirer les emplois (baisse des taxes locales pour entreprises nouvelles, batiments loués pas chers) etc etc
Réponse de le 06/06/2017 à 22:32 :
Bien sur que si le problème c'est les bâtiments ! ! Vous êtes déjà rentré dans les cites de banlieue?? Un environnement a ce point dégradé ne peut que conduire la jeunesse a poursuivre le travail... Par ailleurs, trop de concentration nuit. Nous ne sommes pas faits pour vivre parqués.
a écrit le 11/11/2016 à 20:12 :
Avant de proposer une solution pour favoriser la mixité sociale, ne vaudrait-il pas mieux étudier pour chaque quartier les raisons pour lesquelles il est déserté par les classes populaires supérieures et les classes moyennes ?
Ex. :
- dans un quartier, le problème est peut-être celui d'un habitat inadapté aux attentes et aux besoins de ces classes sociales qui, en province, veulent une villa avec jardin, non un appartement.
- dans un autre, elles refusent d'y vivre à cause de la mauvaise image du quartier dans l'imaginaire local.
- dans un autre, c'est peut-être parce que quelques voyous, une entreprise ou un axe routier empêchent de vivre normalement les habitants.
etc.
Il va s'en dire que détruire des immeubles pour en reconstruire de nouveaux alors que le problème, ce sont les nuisances causés quelques délinquants, c'est comme soigner un cancer du poumon en amputant une jambe...
a écrit le 11/11/2016 à 11:50 :
AUTREFOIS LES QUARTIERS NEUF SE CONTRUISEZ A COTE DES USINES? AUJOURDHUI AUTOUR DES ZONES INDUSTRIEL? LE PROBLEME C EST QUE LA GESTION DES PARCS IMMOBILIERS/ CELA COUTENT CHERS AUX COLLECTIVITES ET ORGANISMES DE LOCATAIRE H L M ? LES TAXES QUE LES COLLECTIVTES AVAIS SUR LES ENTREPRISES ONT ETE ENLEVEZ . DONC IL FAUT REPENSE L AIDE DE CES FUTURE PARCS IMMOBILIER LEURS CONTRUCTIONS / CONTRUIRE Où ET POUR QUI SURTOUS PLUS PETIT CAR LES GRANDES CONSENTRATIONS ON ETAIT UN ECHEC CAR CES QUARTIERS IMMENSSE SONT DEVENUE DES GUETOS ? JE VIE DANS L UN DEUX DEPUIS 40ANS???
a écrit le 10/11/2016 à 10:10 :
Tout à fait d'accord avec Britannicus.
Selon l'Insee il y a environ 1 million de logements vétustes, pas forcément des HLM. Il y a de petits propriétaires "coincé" dans des copropriétés ou des maisons indignes.
Il faut les détruire et les reconstruire en les répartissant et en essayant de maintenir ceux-qui le veulent à peu près dans les mêmes quartiers.
Comment finance-t-on? Principe général, zéro euro public: les loyers paieront les investissements.
1ere idée:comme sous le III eme Empire pour la reconstruction de Paris, en améliorant: lots à promoteurs, caisse de financement, à encadrer par l'obligation de reloger pendant un certain temps, qualité du logement, et les loyers remboursent la construction.
2 eme idée: en augmentant le plafond de livret A (circuit existant) et en obligeant au nom d'un état d'urgence les contribuables aisés à épargner sur ce support pour financer les bailleurs sociaux soumis aux mêmes règles de relogement. Du type on supprime ISF mais on oblige l'épargne, qui sera rémunérée au tx du livret A.
Avant de détruire, on construit des logements de rotation pour garder les gens dans leurs quartiers.
Ordre de grandeur de l'effort: 1million de logement*1500€/M2*70m2=105Mds €.
De mémoire il y aurait environ 70Mds d'€ de revenu disponible par an en France.
Avantages: qualité de vie (+ de santé, - de criminalité), écologie, fourniture de travail local, relance des industries en amont verre, béton etc, pas de dépense publique.
Une loi donne les emplacements à détruire et où reconstruire, les critères de destruction: emplacement, date de construction, vétustée, concentration trop forte. On tire les leçons de la reconstruction de la fin des années cinquantes: pas de grands ensembles, dispersion pour mixité.
A débattre et à améliorer!
a écrit le 10/11/2016 à 7:42 :
Oui il faut en démolir bien davantage et interdire plus de 20% de logements sociaux dans une même ville : pour faciliter leur financement, leur entretien, la mixité sociale et l'intégration des populations en difficultés dans la collectivité, et enfin pour faire disparaître les ghettos scolaires. Et tant pis si certains maires ne sont pas réélus parce que leurs populations protégées ne sont plus assez nombreuses pour voter pour eux : tout le monde vivra mieux, à commencer par les plus pauvres à qui on ne mettra plus la tête sous l'eau en les "parquant" dans des quartiers ghettos.
a écrit le 10/11/2016 à 7:38 :
Il suffit de loger les pauvres dans les Novotels. Comme cela les français pauvres seront au moins à égalité de traitement avec les migrants. Cela coute 150 € par jour par personne mais la France socialiste sait se montrer riche et généreuse.
a écrit le 10/11/2016 à 0:28 :
La France ne souffre pas d'un problème de mixité sociale, mais d'un problème de mixité culturelle. En France, les pauvres ont toujours cohabité avec des riches, les uns étant les employés des autres. Des conflits culturels ont par contre existé entre villages, villes ou régions française : rien à voir avec une quelconque xénophobie ou du racisme. Quand on fait le mauvais diagnostique, on donne le mauvais remède. Il serait temps de donner à nos élites quelques cours d'histoire...
a écrit le 09/11/2016 à 20:06 :
Non, il ne faut pas détruire les H.L.M. On va en avoir besoin. Les socialistes nounours vont accueillir les nouveaux migrants américains.

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