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Jour J pour la réforme des retraites : les syndicats préparent la riposte

latribune.fr

Publié le 10 janvier 2023 à 06:45 - Mis à jour le 11 janvier 2023 à 20:58

La premiere ministre francaise elisabeth borne prononce un discours a l'assemblee nationale

Elisabeth Borne dévoile le projet de réforme des retraites ce mardi

BENOIT TESSIER

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La Première ministre Elisabeth Borne dévoile à 17H30 cette réforme voulue par Emmanuel Macron pour « préserver » le système de retraites par répartition. Selon l'exécutif, il y a « urgence » à redresser un régime qui pourrait afficher une vingtaine de milliards d'euros de déficit en 2030.

Jour J pour une réforme des retraites : Elisabeth Borne dévoilera ce mardi à 17h30 le projet de réforme voulue par Emmanuel Macron pour « préserver » le système de retraites par répartition et éviter un déficit d'une vingtaine de milliards d'euros de déficit en 2030. Le gouvernement devrait annoncer le relèvement de l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans, au lieu de 62 ans actuellement, de manière progressive à partir de l'automne 2023. Une mesure qui serait couplée à une accélération de l'allongement de la durée de cotisation, qui passerait à 43 ans avant l'horizon 2035 fixé par la réforme Touraine de 2014.

« La mesure d'âge est la plus dure de ces 30 dernières années », dénonce pour la CFDT Laurent Berger, résolu à la contester « même avec des mesures positives sur les carrières longues ou la pénibilité ».

L'ensemble des syndicats se réunissent mardi soir pour annoncer une date de mobilisation, le gouvernement misant lui sur la lassitude des Français.

Le gouvernement insiste sur l'accompagnement « social » du projet

Lundi, le gouvernement a procédé aux derniers ajustements en insistant sur l'accompagnement « social » de son projet, comme la progressivité de la réforme (trois ou quatre mois travaillés de plus par an, ndlr), selon un responsable de la majorité. Sur la pénibilité, le ministre du Travail Olivier Dussopt défend « un suivi médical renforcé » pour les « risques ergonomiques ». Les trois critères abandonnés en 2017 (port de charges lourdes, postures pénibles et vibrations mécaniques) devraient être réintégrés, sous réserve d'un examen médical que les syndicats refusent.

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Retraites : « La question des carrières longues est cruciale » (Vincent Touzé, OFCE)

Pour l'emploi des seniors, très bas en France, le gouvernement devrait mettre en place un index, avec obligation de négocier un accord en cas d'absence de cet outil. Pour améliorer le maintien au travail des seniors, les trimestres effectués dans le cadre d'un cumul emploi-retraite devraient désormais compter pour la pension, et l'accès à la retraite progressive sera facilité et ouvert aux fonctionnaires. Le gouvernement insiste également sur le maintien d'un dispositif « carrières longues » : le départ sera toujours anticipé de deux ans pour les travailleurs qui ont validé cinq trimestres avant l'âge de 20 ans, et pourrait l'être de quatre ans pour ceux qui en ont accumulé dix. Le gouvernement serait par ailleurs prêt à relever le minimum retraite à 85% du Smic (bientôt à 1.200 euros) pour l'ensemble des retraités et pas seulement pour les nouveaux entrants (pour une carrière complète). Olivier Dussopt a dit à cet égard, lors d'un bureau exécutif du parti Renaissance lundi soir, que le gouvernement était « très à l'écoute de la majorité ».

Des mesures de compensation qui visent à percer le front syndical et infléchir le premier d'entre eux, la CFDT. Mais « même avec des mesures positives sur les carrières longues ou la pénibilité », « il n'y aura pas de deal avec la CFDT », a prévenu Laurent Berger.

« Ceux qui refusent cette réforme se résignent à ce qu'il n'y ait plus de régime par répartition », a prévenu lors de la même réunion le ministre de l'Economie Bruno Le Maire désireux que « le travail paie plus ».

Les syndicats vent debout

Le report à 64 ans plutôt qu'à 65 ans pourrait valoir au gouvernement le soutien de la droite LR, qui défend cette option depuis des années au Sénat. Ce qui permettrait d'éviter de faire passer le texte par 49.3. En revanche, les autres oppositions et les syndicats sont vent debout contre tout relèvement de l'âge légal, estimant qu'il affecterait surtout les plus modestes, qui ont commencé à travailler tôt et ont déjà leurs trimestres à 62 ans. La suite ne fait donc guère de doute : réunis dès la fin d'après-midi à la Bourse du travail à Paris, les numéros un des huit grands syndicats (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires, FSU) devraient appeler les salariés à une première journée de manifestations et de grèves le 19 ou le 24 janvier.

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« Si Emmanuel Macron veut en faire sa mère des réformes (...), pour nous ce sera la mère des batailles », prévient le patron de Force ouvrière, Frédéric Souillot. Dans les bastions syndicaux de l'énergie, la RATP et la SNCF, l'extinction à long terme des régimes spéciaux fournira des arguments supplémentaires à une mobilisation.

Selon les derniers sondages, une majorité de Français sont opposés au relèvement de l'âge légal. La réforme dans son ensemble suscite des commentaires mitigés. « Puisqu'on vit plus longtemps, c'est peut-être normal que la retraite soit réformée », juge Claire Cadorel, 42 ans, interrogée sur la Grand Place de Lille. Mais Olivier Rohas, 41 ans, chargé de mission dans le développement durable, redoute qu'une mesure d'âge « endommage vraiment notre qualité de vie », même s'il « comprend » l'impératif de « financer nos retraites ».

A l'extrême droite, la cheffe de file des députés RN Marine Le Pen combattra « cette énième entente entre la macronie et LR », le chef du RN Jordan Bardella dénonçant une « guerre sociale ». L'exécutif veut « rendre la vie des gens toujours plus difficile », fustige le coordinateur de LFI Manuel Bompard.

L'exécutif veut aller vite. Il devrait inscrire sa réforme dans un projet de budget rectificatif de la Sécurité sociale présenté en Conseil des ministres le 23 janvier, avant son arrivée la semaine suivante en commission à l'Assemblée. Là où la gauche Nupes lui promet un déluge d'amendements.

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Quels sont les objectifs de cette réforme ?

La réforme des retraites que le gouvernement doit dévoiler mardi, la sixième en trente ans, vise comme les précédentes à équilibrer un système en déficit et freiner les dépenses publiques, tout en finançant des contreparties, mais aussi d'autres priorités comme l'école ou la santé.

- Combler les déficits

La rengaine revient à chaque réforme : il faut « sauver » le système de retraite. « C'est la réforme ou la faillite », a encore affirmé le ministre des Comptes publics, Gabriel Attal, dans le Journal du dimanche.

Les experts sont plus mesurés. Certes, le dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) prédit que « le système de retraite serait en moyenne déficitaire sur les 25 prochaines années ». Un pronostic lié à l'inéluctable vieillissement de la population : pour chaque Français de 65 ans et plus, on en dénombre actuellement 2,6 âgés de 20 à 64 ans ; ils ne seront plus que 2,25 en 2030, moins de 2 en 2040.

Mais le COR, dont les avis font référence, souligne aussi que ses résultats « ne valident pas le bien-fondé des discours qui mettent en avant l'idée d'une dynamique non contrôlée des dépenses de retraite ».

Le gouvernement met néanmoins en avant la rechute attendue des comptes, dans le vert ces deux dernières années mais qui devraient afficher une perte cette année puis la creuser jusqu'à 12,4 milliards en 2027 et même davantage ensuite. Un déficit qui pèserait essentiellement sur la branche vieillesse de la Sécurité sociale et que l'exécutif se doit donc de combler, sous peine d'accumuler les dettes et de perpétuer le sempiternel « trou de la Sécu ». Refusant par principe de toucher au niveau des pensions et à celui des cotisations, le gouvernement privilégie un report de l'âge légal, de 62 à 64 voire 65 ans, qui améliorerait le solde de 18 à 19 milliards d'euros à l'horizon 2030.

-Payer des compensations

Une telle manne laisserait un peu de surplus pour payer quelques compensations à l'allongement de deux ou trois ans de la durée de travail. Ou plutôt « des moyens pour apporter plus d'accompagnement social », comme l'a formulé la ministre déléguée aux PME, Olivia Grégoire, lundi sur France 2. La principale amélioration annoncée concerne les petites pensions, avec la promesse d'une retraite minimale à hauteur de 85% du Smic, soit 1.200 euros net par mois (régimes de base et complémentaires confondus) pour une carrière complète (42 années de cotisation aujourd'hui, 43 à terme).

Selon le gouvernement, il en coûterait « environ un milliard d'euros en 2030 » si la mesure était limitée aux futurs retraités, 2,5 milliards en l'étendant aux retraités actuels comme le demandent les députés de la majorité (Renaissance) et de droite (Les Républicains). L'ardoise devrait encore s'allonger avec la possibilité d'acquérir de nouveaux droits en cumul emploi-retraite (300 millions) et l'ouverture de la retraite progressive aux fonctionnaires (200 millions).

-Dégager des marges

Les objectifs de la réforme dépassent le cadre des retraites. Avant sa réélection, l'entourage d'Emmanuel Macron ne cachait pas son intention de « libérer des marges de manœuvre budgétaires » et de les réinvestir dans d'autres priorités, comme la santé, l'éducation ou la dépendance.

Clé de voûte d'un second quinquennat centré sur la notion de travail, le projet doit en effet se traduire par de moindre dépenses, mais aussi un surcroît d'impôts et de cotisations.

Le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a eu beau affirmer mi-décembre que « pas un euro de cotisation retraite ne financera autre chose que les retraites », il a également reconnu que « si la réforme fonctionne (...), ça crée de la richesse et ça permet de dégager des marges ». Ces ressources potentielles pourraient toutefois être utiles à d'autres fins. Car, comme le relève le COR, le gouvernement s'est engagé vis-à-vis de la Commission européenne à limiter « la croissance des dépenses publiques à 0,6% » par an d'ici 2027. Or, les retraites, « qui (en) représentent le quart, progresseraient de 1,8% » par an sur la même période. Raison de plus pour appuyer sur le frein.

(AFP)

latribune.fr

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