Les effets du changement climatique remodèlent l’environnement dans lequel évoluent les organisations économiques. Vivement critiquée, la réglementation peut pourtant les aider à s’y adapter.
À compter du 1er juillet, un décret impose de nouvelles contraintes aux entreprises en cas d'épisodes de chaleur intense comme la France vient d'en connaître un précoce en juin : horaires de travail adaptés, fourniture d'eau potable fraîche, mise en place de dispositifs de protection, information et formation des employés, etc. L'Organisation mondiale de la santé anticipe une réduction de 2 % des heures de travail à l'échelle mondiale d'ici 2030 en raison de la chaleur. Mais ce n'est qu'une manifestation parmi d'autres, chroniques ou ponctuelles, liées au dérèglement climatique et susceptibles d'entraver l'activité des entreprises sur des périodes plus ou moins longues.
Entrepôts détruits par les flammes, usines inondées, ouvriers au chômage technique... les situations entraînant des pertes d'exploitation se multiplient. À ces impacts physiques directs s'ajoutent des effets en cascade responsables de ruptures de chaînes d'approvisionnement et de dysfonctionnements des chaînes de fabrication : embouteillages sur le canal de Panama liés à la sécheresse du lac Gatún, assortis d'une explosion des coûts du fret ; usines de fabrication de semi-conducteurs à l'arrêt suite aux restrictions d'électricité dues à la sécheresse dans la région chinoise du Sichuan, stoppant net les chaînes de fabrication de leurs clients dans le reste du monde.
En janvier, le Boston Consulting Group (BCG) et le Forum économique mondial estimaient que 5 à 25 % des bénéfices des entreprises seraient menacés par les risques matériels du changement climatique d'ici 2050.
« Ce n'est pas réellement un choc survenu subitement et susceptible de disparaître, mais plutôt le nouvel état de la planète, observe Michel Josset, administrateur et référent climat de l'Association pour le management des risques et des assurances de l'entreprise (AMRAE). Nous savons que les prochaines décennies seront marquées par la hausse des températures et son corollaire d'événements climatiques extrêmes. »
Comme le rappelle un rapport du Haut-Commissariat au plan et à la stratégie paru cette semaine, le déséquilibre entre besoins et ressources en eau s'accroît de façon chronique, générant des conflits d'usage entre particuliers, agriculteurs et industriels, toujours plus exposés au risque d'arrêtés préfectoraux et à une possible interruption de leur production.
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« Les cas de pertes d'exploitation sans dommage se multiplient », explique Michel Josset. Or, elles sont difficilement assurables. Tout comme les risques auxquels sont exposés les fournisseurs de l'entreprise, qui ont souvent tendance à être négligés. D'ailleurs, Bpifrance les intègre en priorité dans le diagnostic préalable à une stratégie d'adaptation au changement climatique qu'elle propose aux PME.
Un contexte d'instabilité réglementaire inédit
Dans le même temps, les entreprises évoluent dans un contexte d'instabilité réglementaire inédit en matière environnementale. Conçue pour être un outil de pilotage de la stratégie, plutôt qu'un simple reporting extra-financier, la directive CSRD a pâti de la lourdeur de l'exercice et d'exigences parfois disproportionnées des auditeurs à l'origine d'un « ras-le-bol réglementaire » et de la réouverture des débats dans le cadre d'un paquet Omnibus. Résultat : en matière de reporting comme d'obligations vis-à-vis de leur chaîne d'approvisionnement dans le cadre de la directive CS3D sur le devoir de vigilance, qui en fait aussi partie, les entreprises ne sauront pas précisément avant cet automne ce qui les attend.
Dans ce contexte, de nombreuses entreprises poursuivent néanmoins leurs politiques RSE. « Celles qui ont compris leur utilité pour protéger leurs salariés ou leurs actifs, pour attirer et fidéliser les jeunes talents ou pour éviter le risque réputationnel, voire judiciaire », précise Hélène Valade, présidente de l'Observatoire de la RSE (ORSE). Pour Michel Josset, ces réglementations, CSRD en tête, sont précieuses pour élaborer une politique de prévention face au changement climatique, à condition de devenir moins théoriques et conceptuelles, et plus en rapport, précisément, avec les réalités physiques de l'entreprise.