Le commerce extérieur enregistre son pire déficit depuis 2012

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Le tableau fourni par l'administration brosse le portrait d'une économie exportatrice au bord du précipice. Par ailleurs, cette crise a jeté une lumière crue sur l'extrême spécialisation du secteur exportateur français et sa grande fragilité lors des périodes de crise.
Le tableau fourni par l'administration brosse le portrait d'une économie exportatrice au bord du précipice. Par ailleurs, cette crise a jeté une lumière crue sur l'extrême spécialisation du secteur exportateur français et sa grande fragilité lors des périodes de crise. (Crédits : Reuters)
Le déficit commercial s'est creusé de 7,3 milliards d'euros en 2020 pour s'établir à 65,2 milliards d'euros contre 57,9 milliards en 2019. La chute affolante des livraisons de l'aéronautique (-45%) dans le contexte de la pandémie explique en grande partie ces résultats médiocres.

La pandémie a fait trembler le commerce mondial. Selon les derniers chiffres des douanes dévoilés ce vendredi 5 février, l'année 2020 a été catastrophique pour les entreprises exportatrices tricolores. L'année dernière, les exportations françaises ont plongé de 15,9% après une hausse de 3,5% en 2019. Dans le même temps, les importations ont également diminué de 13% contre une hausse de 2,2% l'année précédente. Le déficit commercial a atteint ainsi 65,2 milliards d'euros contre 57,9 milliards en 2019, soit un creusement de 7,3 milliards d'euros. Il s'agit du pire résultat depuis 2012.

Le tableau fourni par l'administration brosse le portrait d'une économie exportatrice au bord du précipice. La très grande majorité des produits ont enregistré un recul des ventes. En 2020, le commerce extérieur a amputé la croissance du produit brut de 1,5 point d'après une récente note de l'Insee.

"La crise a eu un impact important sur les échanges commerciaux mondiaux d'environ 9,6% selon le FMI. Dans ce contexte, la France a connu un repli des exportations du même ordre que la crise de 2009 [...] Nous sommes mieux qu'au point bas de 2011. Ce qui explique notre dégradation est avant tout l'aéronautique et le tourisme pour les services", a déclaré le ministre en charge du commerce extérieur et de l'attractivité Franck Riester lors d'un point presse. Le gouvernement mise aussi sur les effets du plan de relance à l'export, doté de 247 millions d'euros, pour encourager les 128.000 exportateurs français, en majorité des PME et ETI, à continuer à se projeter à l'international.

Chute abyssale dans l'aéronautique

Une grande partie de la dégradation de la balance commerciale tricolore peut s'expliquer par une chute colossale des exportations dans l'aéronautique évaluée à environ 45%. Les livraisons aéronautiques et spatiales ont diminué de moitié par rapport à 2019. La propagation de cette maladie infectieuse à l'échelle de la planète a provoqué un coup d'arrêt violent sur ce type d'échanges. "Le repli des exportations a commencé dès le premier trimestre (-26,2%) et s'est accentué au deuxième trimestre (-64,0%)", indiquent les douanes. Au troisième trimestre, l'amélioration de la situation sanitaire et la levée des frontières ont permis à l'industrie aéronautique de retrouver des couleurs (+73,2%), mais cela n'a pas suffi à rattraper les pertes cataclysmiques du premier semestre. Surtout, cette crise a jeté une lumière crue sur l'extrême spécialisation du secteur exportateur français et sa grande fragilité lors des périodes de crise.

Ce recul historique ne concerne pas que l'industrie aéronautique. La plupart des grands secteurs comme l'automobile ont également été touchés de plein fouet. "Les exportations de produits automobiles s'inscrivent en forte baisse (-18,7%, après -1,3% en 2019), alors qu'elles avaient progressé en moyenne de près de 7% l'an entre 2014 et 2018. Les exportations d'automobiles assemblées, qui s'étaient précédemment stabilisées à un haut niveau (35,2 milliards en 2019), sont davantage impactées que les équipements", signale l'administration dans son bilan. La pandémie actuelle risque de laisser de profondes traces sur l'industrie automobile française et l'ensemble des sous-traitants et fournisseurs. De nombreuses usines, comme celle de Bosch déjà menacée avant la crise, sont dans la tourmente quand certains sites spécialisés dans la fonderie des moteurs thermiques sont secoués par l'essor des véhicules électriques.

Les exportations de produits énergétiques dans le rouge

La pandémie a accéléré le déficit commercial des produits énergétiques de l'ordre de 33%. Les livraisons de pétrole raffiné sont en chute libre (-45%). Cet effondrement s'explique en grande partie par la récession historique qui a frappé toute l'économie mondiale et la chute des prix des produits pétroliers au printemps. Les quantités vendues ont ainsi retrouvé un niveau proche de celui de 1995. Enfin, les ventes d'électricité dans les pays étrangers ont baissé de 30% en lien avec la diminution de la consommation énergétique.

Les produits pharmaceutiques tirent leur épingle du jeu

Seule lumière au tableau, les ventes de produits pharmaceutiques ont augmenté l'année dernière de 4,7% après une précédente hausse de 10,5% pour un montant de 35,3 milliards d'euros. Les besoins en traitements et médicaments ont explosé à l'échelle mondiale avec la flambée de l'épidémie. L'industrie pharmaceutique a ainsi tiré son épingle du jeu dans ce contexte morose pour les exportations hexagonales. "Il s'agit du nouveau record historique. L'année 2020 se caractérise par une forte hausse de la valeur des exportations pharmaceutiques vers la Suisse, la Belgique et l'Italie, et dans une moindre mesure vers la Chine. Les États-Unis demeurent le principal importateur de produits pharmaceutiques auprès des fournisseurs français malgré le recul de ses achats en 2020", complètent les douanes.

Les importations de masques multipliées par 15

Il reste que cette pandémie a mis en lumière l'extrême dépendance de la France à l'égard des pays étrangers, notamment pour les masques, le gel hydroalcoolique ou encore le paracétamol. A titre d'exemple, la France a importé pour 5,9 milliards d'euros de masques contre 412 millions en 2019. L'absence de stocks et de site de production avaient entraîné des pénuries affolant le personnel médical et une grande partie de l'opinion. "Une des volontés du gouvernement est de relancer la production sur les produits critiques. Nous avons besoin de constituer des stocks stratégiques et de réduire notre dépendance à l'égard de la Chine. Tous les services et les entreprises sont mobilisés pour relocaliser ces chaînes de valeur. La priorité pour nous est l'indépendance", a expliqué Franck Riester.

Des pertes de parts de marché pour la France

La crise sanitaire a entraîné des pertes de parts de marché à l'export pour l'économie française. "La baisse des exportations de biens en volume (- 15,4 %) est plus importante que la baisse de la demande mondiale adressée à la France (- 11,0 %), ce qui signifie que la France a perdu des parts de marché en 2020. La France n'a donc pas tiré profit de la crise comme en 2008 pour reconquérir une partie des parts de marché qu'elle perd tendanciellement sur le long terme", indiquent les douanes dans leur rapport annuel.

Pour tenter de répondre à ce défi, le ministre Riester a assuré que le gouvernement voulait poursuivre la politique de compétitivité prônée depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron. "Depuis 2017, la France a fait des efforts en faveur de la compétitivité avec les différentes baisses de la fiscalité sur les entreprises", a-t-il expliqué.

Il a ensuite exposé les 4 grands axes de la politique export de l'exécutif :

  • la compétitivité
  • la stratégie industrielle
  • une politique commerciale moins naïve pour mieux protéger nos industries - et l'Europe doit se doter d'outils de défense plus ambitieux
  • augmenter le nombre d'entreprises qui exportent.

Il reste que la politique de compétitivité entamée bien avant l'arrivée d'Emmanuel Macron n'a pas vraiment permis de redresser la barre du commerce extérieur. En effet, la balance commerciale n'a pas enregistré un résultat excédentaire depuis 2003.

Une année 2021 plus optimiste ?

Il est encore difficile à ce stade de faire des prévisions pour 2021. La multiplication des variants, le durcissement des mesures d'endiguement dans la plupart des grands pays européens et le fiasco logistique des vaccins sur le Vieux continent noircissent les perspectives économiques pour le premier trimestre. A cela s'ajoute, la hausse du prix du fret maritime qui provoque une pénurie de conteneurs à l'échelle de la planète et un embouteillage dans les ports. Plusieurs analystes et économistes pointent les risques d'une telle flambée des prix sur l'industrie européenne. Interrogé par La Tribune, Franck Riester affirme avoir échangé à plusieurs reprises avec les transporteurs maritimes comme CMA-CGM. "Malgré la baisse des échanges de volumes mondiaux, il y a eu un renchérissement des coûts en lien notamment avec les mesures sanitaires [...] Les pénuries de conteneurs ont contribué à augmenter les coûts. Il faut une meilleure appréhension des mesures de transport. Pour les armateurs, il y a un enjeu pour stabiliser le coût du transport maritime. Les contraintes sanitaires ont eu un impact. Les entreprises travaillent actuellement sur un réajustement de leurs capacités" a-t-il précisé.

En outre, l'urgence climatique accroît la pression sur les acteurs du secteur souvent pointés du doigt par les associations et les ONG pour leur rôle sur les émissions de gaz à effet de serre. Sur ce sujet, le ministre a répondu que "la lutte contre le réchauffement climatique s'inscrit dans une stratégie économique plus globale de décarbonation de l'économie. Dans les accords commerciaux de libre-échange, il faut que l'accord de Paris soit une clause importante du texte. Il faut également travailler sur des mécanismes de taxes aux frontières à l'échelle européenne" a-t-il ajouté.

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Commentaires
a écrit le 06/02/2021 à 8:58 :
A force de faire du "social", de subventionner les fainéants, on a encouragé l'inaction dans notre pays. A force de "charger la barque" avec des inutiles, celle-ci va couler. A force de prôner "l'altruisme", "l'accueil", "l'ouverture", on s'est ouvert sur la pauvreté. Ce n'est pas moi qui irait pleurer sur la France, peuplée de donneurs de leçons dogmatiques, qui sont incapables d'utiliser leur cerveau.
a écrit le 05/02/2021 à 15:08 :
Il faut toujours comparer les chiffres hors aéronautique airbus
Les ventes airbus gonflent artificiellement les chiffres des exportations mais cette valeur est purement comptable. La france ne détient qu'une petite part du consortium airbus et donc une grande partie des montant des ventes est répartie entre les pays. Mais comme la france finie les avions sur les lignes de montage, elle inscrit sur les chiffres export la valeur totale...
Cela cache bien sur le désastre de l'export classique francais
En diminution tous les ans. Avec le brexit fin 2021, on va voir le résultat...
Réponse de le 05/02/2021 à 16:31 :
Excellente remarque.
Réponse de le 05/02/2021 à 16:33 :
Excellente remarque.
Réponse de le 06/02/2021 à 20:59 :
Totalement faux: les exportations française d'Airbus sont bien entendue calculées sur la valeur ajoutée d'origine française uniquement; chaque membre du consortium fait de même pour son propre pays. Vous prenez les comptables d'Airbus pour des imbéciles, ce qu'ils ne sont pas: ça fait belle lurette que les règles comptables internationales prennent compte des prix de transfert, et que pour chaque avion vendu, l'on sait parfaitement ventiler le CA par part nationale. Les comptables des PME qui exportent le font chaque jour, vous croyez donc qu'Airbus en est incapable ? (d'ailleurs, Airbus n'est pas une entreprise française mais... néerlandaise; et oui ! Si ce que vous dites était vrai, tout le CA d’Airbus serait comptabilisé au crédit des Pays Bas, pas de la France...). Cela dit, ce déficit montre effectivement que le commerce extérieur français ne repose pratiquement plus que sur 3 domaines: l'aéronautique/défense, le luxe, et dans une moindre mesure l'agroalimentaire. Quand l'un de ces 3 secteurs s'enrhume, la France rentre en réanimation économique et s'endette sur 20 ans pour des dizaines de milliards afin de payer les pensions de retraite, les fonctionnaires et les services publics. Ce n'est pas sain. Nous sommes allés beaucoup trop loin dans la désindustrialisation et la promotion des petits jobs de service domestiques au smic à temps partiel, qui n'exportent pas, ne paient pas d'impôts et très peu de cotisations sociales. Nous ne pouvons pas financer notre "modèle social" extraordinairement généreux en laissant reposer l'essentiel de la valeur ajoutée, des exportations, des cotisations sociales et des impôts sur seulement 3 secteurs d'activité performants et rentables.
a écrit le 05/02/2021 à 13:57 :
C'est marrant parce que si on regarde un peu les infos économiques françaises on se dit rapidement que l'on est gouverné par des incapables notoires. Mais ça va ! Les Français vont encore voter pour ces fossoyeurs de la richesse française ! Ils en redemandent ! La dette est à 125 % du PIB on a fait le pire score de baisse du PIB le taux de prélèvement est au taquet, le déficit atteint des sommets himalayens, l'industrie est maintenant inexistante, on a saboté nos points forts (nucléaire, agroalimentaire, chimie, médical,...) et on va revoter pour ces gens là qui nous ont mis là !!!! Honnêtement la démocratie ça marche quand les gens qui votent ont un cerveau qui fonctionne.
Réponse de le 05/02/2021 à 14:43 :
Pourtant on nous a vendu Macron comme un génie de la finance et de l'économie ! pas des économies remarquez...

En France un génie c'est un type qui est capable de dire tout et son contraire, c'est un caméLéon, united colors of ben & thon ! Peut importe les résultats, l'important c'est le blabla !
Réponse de le 05/02/2021 à 16:33 :
100% d'accord
Réponse de le 06/02/2021 à 19:27 :
Macron n'est pas parti d'un papier blanc. Qu'on le veuille ou non pour changer les choses il faudra quelques dizaines d'années. Or on voit bien qu'à chaque fois qu'un gouvernement veut réformer il fait descendre dans la rue une coalition de conservateurs. Les Français sont schizophrènes . Ils veulent des emplois et sont contre le profit. Les actionnaires c.à.d les investisseurs sont pour le moins sans arrêt montrés du doigt alors qu'ils prennent des risques sur leurs deniers propres, tandis que curieusement tout le monde accepte qu'un bailleur d'un appartement obtienne un loyer Or le loyer et la dividende c'est la même chose. C'est la rétribution du capital qui est le résultat d'une épargne. A cela rajoutons l'instabilité de notre système fiscal qui nourrit des dépenses publiques hypertrophiées 1500 MILLIARDS d'Euros dont 60% représentent des dépenses sociales. Alors connaissez vous beaucoup d'investisseurs qui soient prêts à relocaliser pour redresser le déficit commercial ? Réformer est douloureux et si personne n'est prêt à en payer le prix sur une longue durée, on ne pourra que s'enfoncer d'autant plus que pendant que nous pédalons dans la choucroute les autres pays avancent à grand pas.
a écrit le 05/02/2021 à 13:25 :
Ils ne sont même pas bons dans la vente non plus !
Réponse de le 06/02/2021 à 21:00 :
Participez à la conception ou à la fabrication d'un avion, même au niveau le plus humble, et on en reparlera.
Réponse de le 08/02/2021 à 17:21 :
@ multipseudos: "Participez à la conception ou à la fabrication d'un avion, même au niveau le plus humble, et on en reparlera. "

Ah tiens ils ont bossé dans l'aéronautique nos LREM donc ?

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