Les inégalités femmes-hommes persistent chez les jeunes diplômé.e.s

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Selon une étude de l'Apec publiée mercredi 6 mars, la proportion des femme en CDI était de 70% deux ans après leur diplôme, contre 83% pour les hommes.
Selon une étude de l'Apec publiée mercredi 6 mars, la proportion des femme en CDI était de 70% deux ans après leur diplôme, contre 83% pour les hommes. (Crédits : DR)
Selon une étude de l'Association pour l'emploi des cadres (Apec), les inégalités entre femmes et hommes se retrouvent dès l'entrée sur le marché du travail pour les jeunes diplômées et diplômés. Deux ans après la fin de leurs études, les femmes recevaient un salaire annuel inférieur de 4.000 euros à celui des hommes, et décrochaient plus difficilement un CDI ou le statut de cadre.

Le niveau de diplôme n'oblitère pas les inégalités entre femmes et hommes. C'est en substance le constat dressé par une récente étude de l'Apec (Association pour l'emploi des cadres), qui compare la situation de jeunes actives et actifs sur le marché du travail, deux ans après leur obtention d'un diplôme de niveau bac +5 (*). Des résultats qui rappellent utilement que les inégalités de genre ne s'arrêtent pas aux frontières des catégories sociales.

Cette enquête prend un relief particulier à l'approche de la journée des droits des femmes qui se tiendra le 8 mars. Des rassemblements auront lieu dans de nombreuses villes de France à 15h40, l'heure symbolique à partir de laquelle les femmes commencent chaque jour à travailler "gratuitement", lorsque l'on prend en compte l'inégalité de salaire qu'elles subissent (26% de moins que les hommes, toute catégorie confondue). Un appel a d'ailleurs été lancé pour que femmes et hommes s'arrêtent de travailler à cette même heure, pour protester contre cette discrimination.

Des conditions d'emploi bien plus défavorables pour les femmes

Selon l'enquête de l'association, les discriminations qui frappent les jeunes diplômées lors de leur entrée sur le marché du travail sont multiformes. Le taux d'insertion des jeunes diplômées et diplômés (proportion de celles et ceux qui ont occupé un emploi durant les deux années suivant leur diplôme) est certes de 98% pour chaque catégorie, ce qui confirme la tendance à l'égalisation des taux d'activité entre femmes et hommes (**).

Mais les conditions de cet emploi, quant à elles, apparaissent nettement défavorables aux femmes. Seulement 70% d'entre elles ont obtenu un CDI deux ans après leur diplôme, contre 83% des hommes. A l'inverse, un quart d'entre elles occupent un CDD (14% des hommes), et 3% sont en intérim (2% des hommes). Les jeunes diplômées subissent également une inégalité de statut : elles sont largement moins nombreuses à accéder au statut de cadre (60% contre 81% des hommes), malgré une augmentation de 5 points par rapport à 2012. Ces différentes inégalités se répercutent enfin sur le salaire, inférieur de près de 4.000 euros par an pour les femmes selon l'Apec. Tandis que le salaire annuel brut médian déclaré par les hommes s'élevait à 33.500 euros, celui des femmes atteignait seulement 29.600 euros.

> Lire aussi : La parité au travail sera une réalité dans... deux siècles

Ces inégalités résultent en partie d'un effet de secteur. Les femmes sont proportionnellement moins nombreuses à travailler dans le privé (85% contre 92% des hommes), dans une grande entreprise (55% contre 62%), et dans l'industrie (23% contre 26%). Or, le secteur privé, l'industrie et les grandes entreprises ont plus tendance à accorder des contrats en CDI et un statut cadre. Les femmes sont au contraire surreprésentées dans certains domaines, comme les ressources humaines (12% contre 3% des hommes), la communication (9% contre 3%) et le secteur santé/social (6% contre 1%).

Des inégalités qui persistent à compétence égale

L'originalité de cette étude réside sans doute dans la façon dont elle aborde les causes des inégalités qu'elle révèle, et particulièrement la question de la formation. Les auteurs observent tout d'abord qu'une partie des inégalités entre femmes et hommes dérive du type de formation suivie. Les filles s'orientent majoritairement vers des études de droit-économie-gestion (55%), sciences humaines (7%) et lettres, langues et arts (8%), alors que 52% des garçons s'orientent vers les sciences technologiques (contre 23% de filles). Ces différences produisent des inégalités indirectes dans l'emploi, vu que les formations principalement choisies par les garçons sont également celles qui assurent le plus un emploi stable et rémunérateur.

Mais l'étude de l'Apec révèle que les inégalités entre femmes et hommes ne sont pas seulement la conséquence indirecte de cet effet de structure. Même après avoir suivi les mêmes formations, dans le même type d'établissement (université ou grande école), les femmes subissent un traitement défavorable par rapport aux hommes. Elles sont systématiquement moins nombreuses à avoir décroché un CDI, par exemple à seulement 65% pour les diplômées d'une université de sciences technologiques (contre 83% pour les garçons). Elles ont également moins de chances d'obtenir le statut de cadre (56% des diplômées d'école de commerce contre 68% pour les garçons), et perçoivent un salaire entre 2.200 et 3.500 euros inférieur à celui des hommes qui sortent des mêmes formations. A compétences égales, les femmes récemment diplômées recevaient ainsi un salaire inférieur de 6 à 10% à celui des hommes, comparable à la tendance toutes catégories confondues (9% selon le gouvernement).

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Par cette méthode, l'étude de l'Apec remet ainsi en cause l'hypothèse selon laquelle les inégalités au travail entre femmes et hommes seraient seulement la conséquence de choix de formation différents, qui sont d'ailleurs également le reflet de déterminations sociales. Des discriminations directes sont toujours à l'oeuvre, par lesquelles, à compétences et formation égales, une femme est encore moins bien traitée qu'un homme dans le monde du travail.

Un index lancé pour combattre les inégalités en entreprise

Le premier mars a également marqué l'entrée en vigueur de l'obligation faite aux grandes entreprises de publier un index de l'égalité femmes-hommes, qui dévoilerait chaque année un certain nombre d'informations (écarts de salaire, part des femmes dans les postes à responsabilité). Elle s'appliquera par la suite aux entreprises de taille plus réduite.

A partir de cet indicateur, les entreprises obtiendront un certain score selon leurs pratiques (20 points si les femmes et les hommes ont les mêmes chances d'augmentation, 40 points en cas de salaire égal à âge et compétence égaux). Si celui-ci se révèle inférieur à 75 points sur 100, elles auront alors trois ans pour l'améliorer, sous peine de s'exposer à une amende pouvant aller jusqu'à 1% de leur masse salariale.

> Lire aussi : Début de l'index égalité femmes-hommes dans les grandes entreprises françaises

*Enquête menée en 2017 et 2018 auprès de 10.000 répondants, dont 52% de femmes, deux ans après leur obtention d'un diplôme de l'enseignement supérieur (en 2015 ou 2016).

** Le taux d'activité des hommes en 2017 était de 93% selon l'Insee, contre 83% pour les femmes.

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Commentaires
a écrit le 10/03/2019 à 19:05 :
Le monde du travail est par nature inégalitaire.. On ne nous parle jamais des écarts des hommes entre eux. Ce serait une étude certainement intéressante mais plus compliquée que les éternelles études sur l'égalité homme femme qu'on nous serine à longueur de temps. Enfin, il faut un peu responsabiliser les gens, les femmes négocient elles leurs salaires de la même manière que les hommes ?? Je n'en suis pas sur. PS : Merci d'arrêter avec cette écriture inclusive.
a écrit le 10/03/2019 à 2:00 :
Non à l’ecriture inclusive!
a écrit le 09/03/2019 à 22:28 :
Facile, elles n’ont qu’à apprendre à négocier et arrêter de se faire passer pour des victimes. Ou faire comme l’autre féministe du gouvernement acheter du cirage à B
a écrit le 09/03/2019 à 8:59 :
Les femmes vivent en moyenne plus longtemps que les hommes. Elles ont alors une retraite beaucoup plus longue (environ le double). L'inégalité salarial est donc compensée par un montant d'allocation retraite plus élevé. Il faut aussi parler des hommes qui ont souvent des conditions de travail plus difficiles (froid, lourdes charges, horaires décalés...). Parler d'inégalité salarial est donc un raccourci biaisé, une déformation de la réalité.
a écrit le 08/03/2019 à 23:22 :
écriture inclusive dans le titre ? S'il vous plait, pas la tribune !
a écrit le 08/03/2019 à 20:20 :
Ils y a longtemps que les femmes de vrais gagnés le mêmes salaire comme un homme a formation égalité c est politique Bonne fêtes des femmes 🍸🍸🍾
Réponse de le 09/03/2019 à 10:35 :
Elles devraient aussi maîtriser un minimum l'orthographe et la grammaire.
a écrit le 07/03/2019 à 13:31 :
C'est quand même curieux toutes ces inégalités homme femme sur les salaires surtout à l'embauche de jeunes diplômé(e)s, alors que les Direction des Ressources Humaines (DRH) sont majoritairement composées de femmes. Regardez les comités de direction des grandes entreprises, les seules femmes sont souvent les DRH.
a écrit le 07/03/2019 à 9:45 :
Nous sommes en régime oligarchique reposant sur le lien dominant dominé, tant que cette notion sera la règle les femmes, dominées depuis toujours, ne pourront jamais se libérer.

D'autant que de nombreux oligarques ne voient la femme que comme ça, un objet de luxe à acheter et à installer dans sa baraque. Logique puisque l'oligarchisme est un régime moyen ageux, faut pas leur demander la lune hein, ils savent même pas où elle se trouve.

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