Les syndicats agricoles reçus à Matignon le 13 janvier
latribune.fr
La Coordination rurale maintenu son appel à manifester, « à Paris » et « partout en France » à partir de dimanche, malgré l'annonce d'une rencontre. (Photo d'illustration).
Stephane Mahe
Les syndicats agricoles reçus à Matignon le 13 janvier
Les représentants seront reçus tour à tour par le Premier ministre, afin d'évoquer les sujets et urgences relatives au monde agricole. La Coordination rurale a fait part de son intention de maintenir son appel à manifester.
Les syndicats agricoles seront reçus par le Premier ministre le 13 janvier, a confirmé Matignon vendredi 3 janvier. François Bayrou recevra « tour à tour » les organisations, a-t-on précisé, citant la FNSEA, la Coordination rurale, la Confédération paysanne et les Jeunes agriculteurs (JA). Il s'agit d'une « première rencontre avec les organisations pour évoquer les sujets et les urgences », a fait valoir le gouvernement.
Selon des sources syndicales, le président du syndicat majoritaire FNSEA, Arnaud Rousseau, sera reçu lundi 13 janvier dans la matinée et un rendez-vous le même jour à 14 heures a été proposé à la présidente de la Coordination rurale, Véronique Le Floc'h. Cette confirmation de Matignon est intervenue à la veille d'un mouvement social initié par la Coordination rurale. Cette dernière a d'ailleurs maintenu son appel à manifester, « à Paris » et « partout en France » à partir de dimanche, malgré l'annonce d'une rencontre.
«On nous propose un rendez-vous avec François Bayrou le lundi 13 janvier. Ils se moquent de nous, ils ne font que gagner du temps. Il n'y a pas de volonté d'avancer», avait lâché plus tôt à l'AFP Patrick Legras, porte-parole du syndicat aux bonnets jaunes.
« On maintient notre appel à manifester, partout en France, (...) à monter sur Paris, en voiture ou en tracteur. L'idée est d'y être dimanche après-midi pour manifester lundi », a-t-il ajouté, précisant que l'organisation de la mobilisation restait l'apanage des sections dans les régions.
Vendredi matin, la patronne de la Coordination rurale avait indiqué au micro de RTL attendre une réponse de Matignon avant de décider de la suite à donner à la mobilisation envisagée. « Ce qu'on veut, c'est des mesures qui vont nous permettre de continuer à travailler sans que ça nous coûte plus cher », avait-elle déclaré.
L'appel à manifester était essentiellement relayé localement, par les différentes sections départementales de la CR. Le mouvement social survient quelques jours avant le lancement officiel de la campagne pour les élections aux chambres d'agriculture, qui débute le 7 janvier. Le vote, qui aura lieu en ligne ou par correspondance du 15 au 31 janvier, déterminera les nouveaux rapports de force entre les syndicats agricoles.
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Un des enjeux de ce scrutin sera de voir jusqu'à quel point la CR, dont les bonnets jaunes ont gagné en visibilité depuis la crise de l'hiver dernier, peut bousculer l'hégémonie de l'alliance majoritaire FNSEA-Jeunes Agriculteurs, qui avait également sollicité « un rendez-vous en urgence » auprès de François Bayrou après sa nomination.
Renouvelées tous les six ans, les chambres sont composées de 33 membres élus, dont 18 chefs d'exploitations agricoles. S'ajoute désormais un siège attribué d'office à un représentant du conseil régional ou départemental. Dans la rue ou auprès des exploitants, les syndicats se livrent depuis des mois déjà une concurrence féroce en vue de ces élections. Et pour cause, elles revêtent un enjeu financier. A l'heure actuelle, 75% des 14 millions d'euros du fonds alloué au financement des syndicats sont répartis en fonction du nombre de voix et 25% selon le nombre de sièges.
L'exécutif attendu au tournant
La CR, qui préside trois chambres, estime pouvoir en ravir une quinzaine à la FNSEA, laquelle en détient 97. Le troisième syndicat représentatif, la Confédération paysanne, préside une seule chambre, celle de Mayotte - et la gardera pour le moment, le scrutin étant reporté dans l'île dévastée. Coutumière des actions coup de poing, la CR veut obtenir des garanties du Premier ministre pour la défense d'une « exception agriculturelle » française, axée sur la protection des petits exploitants qu'elle estime broyés par le libre-échange. Ces derniers jours, le syndicat attendait notamment du chef du gouvernement un « engagement » sur deux points « qui ne coûtent rien », a expliqué à l'AFP Sophie Lenaerts, vice-présidente de la CR.
D'une part, « l'arrêt des surtranspositions des règles européennes en France », c'est-à-dire « de voir s'appliquer uniquement les normes européennes, pour que tous les agriculteurs européens aient les mêmes réglementations »; et d'autre part, la mise en oeuvre de « contrôles sur les importations plutôt que dans les fermes », a-t-elle expliqué.
Quid des attentes des autres syndicats ? Parmi leurs demandes des syndicats majoritaires (FNSEA et Jeunes Agriculteurs) figurent la concrétisation de mesures promises par la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, reconduite au sein du gouvernement de François Bayrou. On y trouve notamment la création d'une indemnisation d'éleveurs frappés par l'épizootie FCO8, ou encore la priorisation sous la houlette du ministère des travaux de l'Agence de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) en matière d'autorisation d'intrants. Ces syndicats réclament aussi la reprise de mesures fiscales figurant dans le projet de loi de finances, et l'inscription de plusieurs projets et propositions de loi notamment de « simplification » et « pour lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur ».
A la Confédération paysanne, 3e syndicat agricole, on « attend une ministre qui agisse structurellement pour donner un avenir aux paysan.nes.: revenu, prix minimum, transition face aux aléas climatiques et sanitaires », selon sa porte-parole, Laurence Marandola, contactée par l'AFP le mois dernier. La ministre doit agir « pour tous les agriculteurs » et faire « vivre le pluralisme syndical » en introduisant de la proportionnelle aux prochaines élections professionnelles agricoles de janvier, a dit dans un message adressé à l'AFP Laurence Marandola.
Le syndicat enfin attend « qu'elle fasse respecter les décisions de justice en matière d'eau, prélèvements et méga-bassines », souligne-t-il quelques jours après que quatre « bassines », dont celle de Sainte-Soline, eurent été déclarées illégales.