Loi pouvoir d'achat, un premier stress test pour le nouveau gouvernement

Le nouveau gouvernement à peine nommé doit présenter ce jeudi en conseil des ministres une panoplie de mesures estimée à 25 milliards d'euros et censée amortir le choc inflationniste sur le porte-monnaie des Français. Le texte maintes fois reporté sera ensuite examiné à l'Assemblée nationale à partir du 18 juillet prochain. Il s'agit du premier test pour l'exécutif au pied du mur.
Grégoire Normand
Emmanuel Macron réunissait encore mardi matin à l'Élysée la Première ministre Élisabeth Borne et plusieurs ministres pour finaliser la stratégie de l'exécutif sur la préoccupation numéro un des Français, avec une inflation qui a encore atteint 5,8% en juin, du jamais vu depuis près de 40 ans.
Emmanuel Macron réunissait encore mardi matin à l'Élysée la Première ministre Élisabeth Borne et plusieurs ministres pour finaliser la stratégie de l'exécutif sur la préoccupation numéro un des Français, avec une inflation qui a encore atteint 5,8% en juin, du jamais vu depuis près de 40 ans. (Crédits : Reuters)

« La première urgence, c'est le pouvoir d'achat. Les lois d'urgence pour le pouvoir d'achat seront les premiers textes de ce quinquennat ». Avant le premier tour des élections législatives, la Première ministre, Elisabeth Borne, se voulait rassurante auprès des Français. Après les deux longues années de pandémie et la guerre en Ukraine, le gouvernement veut montrer qu'il répond à la première préoccupation de la population frappée de plein fouet par la hausse des prix. Depuis plusieurs jours, Matignon ne cesse de distiller des propositions dans les médias et les réseaux sociaux en tentant de montrer sa générosité sauf que l'exécutif pourrait se heurter à de nombreux obstacles.

Un mois après des résultats fracassants pour Emmanuel Macron, le paysage politique tricolore a déjà beaucoup changé. L'exécutif va devoir composer avec une Assemblée nationale plus fragmentée et des oppositions bien plus fortes que lors de la précédente législature.

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La poussée du Rassemblement national (RN) au Palais bourbon et la montée en puissance de la Nupes (Nouvelle union populaire écologique et sociale) vont obliger le nouveau gouvernement fraîchement nommé à négocier des majorités ou des compromis en fonction des projets de loi qu'il veut faire passer.

Après une réunion de travail avec le chef de l'Etat sur le pouvoir d'achat, l'énergie et les finances publiques mardi dernier, la cheffe du gouvernement s'apprête à présenter un paquet législatif particulièrement brûlant au conseil des ministres prévu jeudi 7 juillet. Pour l'exécutif, il s'agit d'un premier test particulièrement sensible dans l'arène de l'Assemblée nationale.

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Un épais catalogue de mesures à 25 milliards d'euros

Chèque alimentaire de 100 euros et 50 euros supplémentaires par enfant, remise carburant de 18 centimes et bouclier tarifaire sur l'énergie prolongés, revalorisation des retraites, des minimas sociaux et de la rémunération des fonctionnaires, prime Macron, suppression de la redevance audiovisuelle...la liste des mesures ne cesse de s'allonger pour faire face à l'inflation toujours galopante. Au total, le coût de ces propositions devrait avoisiner les 25 milliards d'euros auxquels il faut ajouter les 25 milliards d'euros déjà dépensés depuis septembre 2021.

Concrètement, deux textes seront présentés jeudi en conseil des ministres : un projet de budget rectificatif pour 2022 afin de financer les aides promises, et une loi pouvoir d'achat incluant notamment les revalorisations de 4% des retraites et minimas sociaux, qui nécessitent un texte dédié. Le projet de loi rectificatif devrait également intégrer les nouvelles prévisions macroéconomiques du gouvernement alors que tous les instituts de conjoncture ont noirci leurs chiffres de croissance pour 2022 autour de 2,5% et que les craintes d'une récession deviennent de plus en plus pressantes chez les économistes et les banquiers centraux.

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La nouvelle équipe ministérielle de Bercy à l'épreuve du feu

À peine arrivée à Bercy, l'équipe ministérielle rassemblée autour de Bruno Le Maire doit donc s'attaquer à des dossiers brûlants. Même si le ministre de l'Economie était déjà en première ligne pour gérer les conséquences économiques et budgétaires de la crise sanitaire, ce n'est pas forcément le cas de tous les nouveaux ministres de Bercy. Gabriel Attal, ancien porte-parole du gouvernement et désormais en charge des comptes publics ou Roland Lescure, ancien député LREM et placé aux manettes de l'industrie tricolore vont devoir affronter de nombreuses tempêtes dans les semaines à venir.

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remaniement Bercy

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Jean-Noël Barrot (Numérique), Gabriel Attal (Budget), Bruno Le Maire (Economie), Olivia Grégoire (PME) et Roland Lescure (industrie) après le conseil des ministres lundi dernier. Crédits : Reuters.

Du côté du budget, Gabriel Attal va devoir préparer le budget rectificatif de 2021 et mettre au point le projet de loi de finances (PLF) pour 2023 dans la foulée. Le texte budgétaire devrait être présenté au début de l'automne. Quant à Roland Lescure, il va devoir piloter la réindustrialisation de la France en plein ralentissement économique après des décennies de fermetures d'usines et de délocalisations.

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Les oppositions en embuscade

Dans le contexte d'une conjoncture morose, les différentes oppositions affutent leurs armes. Mardi dernier, les députés membres de la Nupes ont déjà présenté leurs propres catalogues de mesures. Le texte du gouvernement est « très, très loin d'être à la hauteur de ce qu'attendent les Français », a déclaré devant l'Agence France Presse (AFP) la cheffe de file des Insoumis Mathilde Panot, lors d'un point presse commun, avant de céder la parole aux députés LFI (la France insoumise), PS (Parti socialiste), PCF (Parti Communiste français) et écologistes pour présenter leur texte de 18 articles.

Le premier de ces articles prévoit une hausse du Smic à 1.500 euros nets « dès le 1er août 2022 ». Un autre entend opérer un « vrai dégel » du point d'indice avec une augmentation de 10%, là où le gouvernement a annoncé une hausse de 3,5%.

S'y ajoute une disposition pour « augmenter la capacité d'action du gouvernement » en matière de blocages des prix pour les produits de première nécessité, les carburants et l'énergie, ont détaillé les députés. Pour financer ces mesures, les élus de gauche proposent de taxer les surprofits des multinationales. comme Total, Engie ou CMA-CGM, une mesure qu'ils ont présentée comme « pas nouvelle ». Elle est d'ailleurs pratiquée par des pays voisins tels l'Italie et la Grande-Bretagne et a été proposée par la Commission européenne ou encore l'OCDE. En outre, la Commission des finances désormais aux manettes du député Eric Coquerel (LFI) pourrait venir mettre des bâtons dans les rouages de l'exécutif.

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À droite, les députés plaident pour un prix du carburant à 1,5 euro. Ils devraient être aussi particulièrement attentifs aux questions de finances publiques. « Il faudra évidemment que le gouvernement accepte d'envisager la question du financement de ces mesures » alors que « la situation de la dette française, aujourd'hui, est très grave », a averti en début de semaine Olivier Marleix, patron des députés LR à l'Assemblée nationale.

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Les économistes préconisent des mesures ciblées

Face à la poussée de fièvre des prix de l'énergie et de l'alimentaire, les économistes préconisent des mesures plus ciblées, surtout dans un contexte de grogne sociale et de montée des périls climatiques. « Si la prolongation temporaire de certaines aides d'urgence s'impose dans le contexte d'urgence sociale dans lequel se trouvent les Français, il faut mieux les cibler sur les ménages modestes et se préparer dès maintenant à en sortir en programmant la montée en puissance de mesures plus structurelles et plus efficaces à moyen terme », juge l'économiste Benoît Légué, directeur de l'Institut de l'économie du climat (I4CE).

En effet, beaucoup d'économistes estiment depuis l'automne que les mesures proposées s'apparentent à du « saupoudrage" et qu'elles ne vont pas permettre de résoudre la dépendance de l'économie française aux énergies fossiles. « A défaut, le gouvernement se retrouverait condamné à remplir un puits sans fond alors que les dépenses consacrées à ces aides d'urgence dépasseront bientôt les 50 milliards d'euros promis par Emmanuel Macron pour financer la transition sur le quinquennat », poursuit le spécialiste.

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Un pouvoir d'achat en berne

L'inflation qui a atteint 5,8% au mois de juin dernier a pesé brutalement sur le porte-monnaie des Français. Les récentes enquêtes de conjoncture de l'Insee montrent que le pouvoir d'achat a reculé au premier semestre et devrait s'infléchir de 1% sur l'ensemble de l'année 2022. Cette baisse du pouvoir d'achat a évidemment eu des répercussions sur la consommation, traditionnel moteur de l'économie tricolore.

Il est possible que les nouvelles mesures présentées jeudi en conseil des ministres ne suffisent pas à compenser les pertes de pouvoir d'achat des Français. « Marquée par le choc inflationniste, la consommation ne retrouverait son niveau de fin 2021 que mi-2023 », explique l'économiste de BNP-Paribas, Stéphane Colliac dans une récente note. Le bout du tunnel n'est pas encore pour demain.

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Grégoire Normand

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Commentaires 18
à écrit le 07/07/2022 à 9:14
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On veut changer tout les paramètres pour que rien ne change! Faites un blocage des prix et tout s'ajustera derrière! Mais, quand il s'agit de faire du vent, on brasse!;-)

le 07/07/2022 à 11:05
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un blocage des prix fera simplement apparaitre penurie et marche noir ! qui va aller vendre son essence 1.5 € alors qu il peut la vendre 2.5 dans le pays d a coté (le raisonnement marche pour tout, pas que pour l essence)

le 07/07/2022 à 11:53
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@ Bref: Le blocage des prix relève d'une pensée brève. Montez une entreprise même très petite et vous comprendrez vite les principes basiques de l'économie car avec ceux de Mélenchon vous ne tarderez pas de gouter le plaisir de l'exotisme Vénézuélien...

à écrit le 07/07/2022 à 8:25
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Macron a déjà endetté le pays massivement , il n'est probablement pas à quelques dizaines de milliards en plus . 3000 milliards de dettes ou 3100 voir plus , ou est le problème?

le 07/07/2022 à 12:07
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J'aime bien " Où est le problème ? " Ben le problème c'est qu'avec le taux d'intérêt très bas actuel l'état doit débourser 38 Milliards pour payer les intérêts et qu'avec la croissance des taux en cours, un taux à 4% fera passer les intérêts à 100 MI...

à écrit le 07/07/2022 à 8:22
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Il n’y a pas d’urgence sur le pouvoir d’achat pour la majeure partie des français qui bien sûr subissent un renchérissement du cout de leurs vacances, du prix des resto et de la facture d’essence pour descendre à la mer. Mais il y a urgence de cesser...

à écrit le 07/07/2022 à 8:06
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Cela devient pathétique! Il suffit de baisser les taxes afin de rendre les produits moins chers au lieu de multiplier les usines à gaz fiscales sous la forme de chèque payés par les contribuables et qui ne concernent que quelques uns. Si les salaires...

le 07/07/2022 à 11:09
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vous savez qu on est en deficit budgetaire constant ? et ca depuis Mitterrand ! Si on bvaisse les taxes, il faut aussi baisser les depenses: je parle pas ici du soupoudrage mais de taper dans le dur : baisse des pensions de retraites (premier poste ...

à écrit le 06/07/2022 à 12:20
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100 euros pour les plus pauvres : 8 euros par mois pour 2022... meme pas de quoi s'acheter un kilo de cerise par mois...

le 06/07/2022 à 17:29
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la crise de responsabilité de la politique apparaît ! en continuant de diviser un pays déjà fracturé

le 06/07/2022 à 17:54
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Je crains que vous n'ayez pas compris l'esprit. Ce n'est qu'une compensation. Si vous dépensez 1500 euros par mois alors cela vous fait 6,7% de plus. Cela compense en tout ou en grande partie l'inflation pour les pauvres. Ce n'est pas destiné à les r...

le 07/07/2022 à 7:51
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je redis toute cette flambé des prix n'a qu'un but faire payer a l'europe le deficit us et la guerre usa russie en ukraine tout ceci pour la mondialisation et le benouioui de nos dirigeants

le 07/07/2022 à 10:45
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Et pour les cadres sup ils bénéficient eux d'une aide de l'Etat de 6000 euros !!! pour acheter des véhicules électriques absolument pas écologiques. 6000 vs 100, rien aurait été préférable à ce mépris. Il faut bien que les francais comprennent ce...

à écrit le 06/07/2022 à 11:34
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Un "paquet de mesure" qui n'a en fait qu'un seul objectif celui de stabiliser les prix mais ne jouera aucun rôle sur la spéculation donc sur les prix!;-)

à écrit le 06/07/2022 à 11:12
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Pour acheter le dernier iphone , une tv géante sans oublier la PS5...et les jeux ?

à écrit le 06/07/2022 à 10:26
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Si une absence d'accord au parlement pouvait nous éviter ces 25 milliards de dépenses et laisser les français se debrouiller sans l'état-nounou pour une fois...

à écrit le 06/07/2022 à 10:11
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ALors qu'en interdisant le dumping fiscal et social on réglerait tant de problèmes.

le 06/07/2022 à 11:36
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oui, vous avez raison, ce serait préférable : le pouvoir d'achat dans un contexte de mondialisation, c'est favoriser les achats de produits chinois, de poulets polonais, d'huile de palme, de textiles roumains. Au pouvoir d'achat, préférons le pouvoir...

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