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ÉconomieFrance

Mayotte : comment rallier ce bout du monde français (2/4)

Photo de Sarah Belhadi

Sarah Belhadi

Publié le 10 août 2015 à 09:03 - Mis à jour le 03 mars 2016 à 10:17

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Mayotte, quatrième île de l'archipel des Comores, est devenue le 101e département français en 2011. Nichée au milieu de l'océan Indien, l'île pâtit de sa position géographique très isolée. Pourtant, celle que l'on nomme "L'île aux parfums" affiche ses ambitions, et sait que le développement de l'aérien lui donnera un nouveau souffle.

S'il doit, à sa descente d'avion, supporter l'écrasante chaleur, le brouhaha et l'agitation de l'aéroport, le voyageur ordinaire tout juste arrivé à Mayotte n'est pas au bout de ses surprises. Car, à peine engouffré dans un taxi, le voilà en un temps record, débarqué à "la barge", où il faut attendre un bateau pour rejoindre Mamoudzou, la capitale de l'île. Ici, cette liaison maritime est vitale. A tel point que les habitants ont inventé un néologisme. "Barger, c'est comme prendre le métro chez vous", dit-on.

Car Mayotte a la particularité d'être scindée en deux. D'un côté, à l'est, il y a "Petite Terre" avec l'aéroport de Dzaoudzi, de l'autre "Grande Terre", et Mamoudzou, la préfecture de l'île. Les deux terres, la grande et la petite, sont distantes de 2,6 kilomètres. Alors, cette navette fluviale, tout le monde l'emprunte pour aller travailler. C'est ainsi que le 101e département français, égaré au milieu de l'océan Indien, dispose d'une des lignes maritimes les plus fréquentées de France. En 2010, le Service des Transports maritimes (STM) recensait déjà plus de 4 millions de passagers transportés par an.

Longtemps, l'île est apparue comme isolée du reste du monde. Peu rentable, il n'y avait pas de ligne aérienne directe entre la métropole et son nouveau département. Seule la compagnie Corsair avait mis en place une desserte estivale, destinée principalement à prendre en charge le flux de passagers issus du tourisme dit "affinitaire". Mais une fois les vacances estivales terminées, rejoindre Mayotte nécessitait un long voyage avec une escale à Saint-Denis de la Réunion. A croire que ce petit bout de France ne se méritait qu'à la faveur d'une patience religieuse. En outre, il faut s'imaginer que, dans les années 1950, c'est un Junkers d'Air France de 30 places à peine qui assurait la desserte de Mayotte, en passant d'abord par Madagascar.

Une ligne directe entre Paris et Dzaoudzi

L'anecdote semble aujourd'hui appartenir à un passé bien lointain. Consciente du potentiel de l'île, la compagnie Air Austral, basée à la Réunion a annoncé au mois de juillet, la création d'une liaison directe entre Paris et Mamoudzou, à raison de deux rotations par semaine, à partir du 10 juin 2016. La compagnie aérienne assure qu'il s'agit d'"une liaison importante et attendue qui vient contribuer au désenclavement nécessaire de Mayotte". Si cette annonce pourrait permettre la création d'emplois, la compagnie aérienne n'a, pour le moment, lancé aucune procédure de recrutement.

Dans la foulée, Air Austral a confirmé avoir passé commande de 2 Boeing 787-8 pour en assurer cette liaison directe régulière Dzaoudzi-Paris, mais aussi pour améliorer sa desserte régionale, notamment entre la Réunion et Mayotte, d'apporter un complément à la desserte de La Réunion depuis Paris. Mais, avec une piste d'atterrissage de 1.930 mètres, les avions du type Boeing 777 ou A330 ne disposent pas de l'espace suffisant pour décoller ou atterrir à pleine charge de carburant.

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Mayotte ne regarde pas que du côté de cette France métropolitaine si lointaine. En octobre 2013, Air Austral a d'ailleurs lancé sa filiale Ewa Air, première compagnie mahoraise. Elle propose 6 liaisons directes au départ de Dzaoudzi dans la zone du canal du Mozambique : Madagascar, les Grandes Comores, la Tanzanie et le Mozambique.

Depuis quelques mois, la modernisation de l'île s'est accélérée. Le vieux hangar de l'aéroport a laissé place, en mai 2014, à une nouvelle aérogare, conçue par SNC-Lavalin qui gère 15 aéroports sur l'ensemble du pays. Désormais, 600.000 passagers pourront être accueillis chaque année. Ce chantier a aussi été un vecteur d'emplois sur l'île, avec 60% des travaux assurés par des entreprises locales.

La mer, horizon de développement pour Mayotte ?

Si l'aérien se développe, l'île reste, par essence isolée. Est-ce pour autant un obstacle ? Nos ancêtres nous diraient le contraire. En 1841, la Marine française rachète l'île pour compenser la perte de Maurice, que l'on affuble encore du nom d'"île de France" à l'époque. "Au XVIe siècle, les Comores sont placées sur le chemin des Indes, et servent de point de ravitaillement aux Portugais", raconte l'historien Mahmoud Ibrahime, spécialiste de l'île. Plus tard, à 70 km de Mayotte, "c'est Anjouan qui sert de refuge aux pirates européens", poursuit-il.

Aujourd'hui, l'île est dotée d'un port de commerce à Longoni, au nord de l'île, construit en 1992. Mais en 2015, les gros conteneurs ne viennent pas jusqu'ici. Car, si l'île peut se targuer de jouir de la propriété d'un des plus beaux lagons au monde, encerclé par une double barrière de corail, c'est aussi un obstacle. Seuls les feeders, des petits porte-conteneurs, peuvent desservir l'île.

Autant dire qu'il ne faut pas être pressé. Les marchandises importées font escale à Djibouti ou à Port-Louis (Maurice) pour le transbordement des cargaisons. On est encore loin des ambitions affichées il y a quelques années de faire de ce port un des plus importants des îles de l'océan Indien. Son activité reste aujourd'hui marginale, et le 101e département français est très dépendant des importations.

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En 2013, elles ont augmenté de 3% avec 383.607 tonnes contre 371.184 tonnes en 2012. Matériaux de construction, véhicules, mais aussi riz, viande, boissons. A Mayotte, rien ne se crée ou presque. Tout s'importe. Même les épices. Et pourtant celle que l'on nomme l'île aux parfums est connue pour sa vanille ou pour les fleurs d'Ylang Ylang.

___

[Série d'été en 4 épisodes]

1/4 : Mayotte, la France au bout du monde

Prochain épisode: lundi 17 août sur latribune.fr

Sarah Belhadi

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