L'application du programme inflationniste de la candidate d'extrême droite en cas d'accession à la présidence sera mise sous pression dès le lendemain par les marchés financiers. L'envol des taux rendra plus coûteux le refinancement du pays, déjà lourdement endetté durant la pandémie. La nécessité de faire valider son budget par Bruxelles et le risque d'une forte baisse de l'euro augmenteront les tensions avec les autres membres européens, comme l'a montré l'exemple italien lors de la participation de la Ligue de Matteo Salvini à la gestion du pays. Analyse.Ce n'est pas le scénario qui ressort des sondage. Mais si dimanche soir Marine Le Pen est élue présidente de la République, les conséquences sur les marchés financiers seront immédiates. Dès le lendemain matin, le "spread", qui désigne l'écart entre le niveau du taux allemand (la référence, le Bund à 10 ans) et celui du taux français (l'OAT l'obligation à 10 ans) explosera à coup sûr, alors qu'il évoluait ce jeudi autour de 47 points de base (Bund : 0,91%, OAT : 1,39%). Cette envolée signifiera que les investisseurs vendront leurs obligations françaises. La valeur de ces dernières baissera puisque les investisseurs les vendront pour acheter celles qui rapportent plus. En effet, la dette souveraine française sera considérée comme plus risquée aux yeux des investisseurs par rapport à d'autres actifs.
"Une victoire de Le Pen entraînerait une révision à la baisse des prévisions de croissance du PIB, ainsi qu'une augmentation des spreads des obligations françaises et une dépréciation de l'euro", résument les experts de S&P Global Market Intelligence, dans une note. La monnaie européenne s'est déjà dépréciée de 9,3% sur un an par rapport au dollar.
Creusement du déficit budgétaire
Les investisseurs considèrent en effet que nombre de mesures du programme de Marine Le Pen sont inflationnistes et vont creuser le déficit budgétaire et accroître le coût de la dette. Malgré une dette publique passée de 100% à près de 116% du PIB en raison de la crise sanitaire, la France n'a pas perdu la confiance des marchés. Le prix Nobel d'économie 2014 Jean Tirole soulignait à ce sujet dans une tribune publiée dans les colonnes de "La Dépêche du Midi" que "le manque de prévoyance du programme de Marine Le Pen ne rassurera pas ces derniers, qui verront dans la France une version européenne de l'Argentine".