Réindustrialisation : les promesses de Macron et Le Pen passées au crible

Baisse des impôts de production, planification, France 2030, PME...À la veille du second tour du scrutin présidentiel, La Tribune a décrypté les principales propositions des candidats à la présidentielle.
Grégoire Normand

10 mn

Marine Le Pen et Emmanuel Macron n'ont cessé de vanter le Made in France durant la campagne présidentielle.
Marine Le Pen et Emmanuel Macron n'ont cessé de vanter le Made in France durant la campagne présidentielle. (Crédits : Reuters)

Bridgestone, SAM, Whirlpool, Bosch...la liste des fermetures de sites n'a cessé de s'allonger pendant le quinquennat Macron. Après les vagues de délocalisations et les fermetures de sites, le traumatisme est resté dans l'esprit de milliers de salariés. Les deux longues années de pandémie et les nombreux confinements ont mis à terre plusieurs usines sur le territoire français déjà marqué par des années de désindustrialisation.

Depuis l'automne, Marine Le Pen et Emmanuel Macron n'ont cessé de vanter les avantages du "Made in France" durant la campagne, un thème remis en avant après le désastre industriel des masques au début de la pandémie et la dépendance de l'économie française à l'égard de l'énergie fossile et des semi-conducteurs chinois.

Avec l'invasion de la guerre en Ukraine le 24 février dernier, l'industrie devrait souffrir à nouveau. Dans le dernier point de conjoncture de la Banque de France, l'activité dans l'industrie est en repli au cours du premier trimestre. La guerre en Ukraine a entraîné une aggravation des difficultés d'approvisionnement et une flambée des coûts de l'énergie. À l'approche du second tour de la présidentielle, La Tribune passe au crible les propositions des candidats Macron et Le Pen pour le second tour de la présidentielle dimanche prochain.

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Impôts de production : Macron et Le Pen font dans la surenchère

La pandémie a accéléré la baisse des impôts de production. Cette fiscalité, jugée "pesante" par une partie du patronat, a baissé de 10 milliards d'euros depuis 2020 dans le cadre du plan de relance présenté en septembre 2020 par le Premier ministre Jean Castex. Après cette annonce, de nombreuses collectivités ont tiré la sonnette d'alarme s'estimant privées de ressources et d'une perte de pouvoir sur la fixation des taux de prélèvements obligatoires au niveau local.

Outre les collectivités locales, une partie de ces impôts de production finance également la protection sociale via la C3S (Contribution sociale de solidarité des sociétés) et les caisses de l'Etat. Lors de la présentation de son programme le 17 mars dernier à Aubervilliers, le président candidat Macron a annoncé qu'il voulait s'attaquer à la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) "qui représente environ 7 milliards d'euros par an."

Du côté du Rassemblement National, la candidate Marine Le Pen propose de "supprimer la Cotisation Foncière des Entreprises (CFE) qui pénalise les PME-TPE locales, et les impôts de production qui nuisent à la relocalisation". Dans le chiffrage qu'elle a présenté au mois de mars à la presse, l'ancienne députée européenne fait dans la surenchère en baissant les impôts de production de 10 milliards d'euros. Après les politiques de baisses du coût du travail, la diminution des impôts sur la production est devenue le mantra des organisations patronales. "Le débat sur les impôts de production est beaucoup porté par les industriels [...] C'est un débat qui remonte à assez loin avec la réforme de la taxe professionnelle sous Nicolas Sarkozy", rappelle l'économiste François Geerolf, enseignant à l'université de Californie interrogé par La Tribune.

L'impact économique des impôts de production loin d'être tranché

Chez les économistes, l'impact macroéconomique des impôts de production est loin d'être tranché. L'économiste et conseiller de la banque Natixis Patrick Artus explique dans une récente note que la comparaison des pays de l'OCDE semble montrer qu'un poids élevé des cotisations sociales et des impôts de production des entreprises est défavorable à l'emploi et à l'industrie.

A l'inverse, l'économiste du CEPII et spécialiste des enjeux de compétitivité, Vincent Vicard avait expliqué dans un entretien en janvier dernier à La Tribune que "pour l'instant, il est encore difficile de juger de l'efficacité de la baisse des impôts de production, puisqu'aucune étude ne montre l'efficacité d'une telle mesure. La baisse de cette fiscalité va par ailleurs devoir être financée. C'est une décision prise à l'aveugle."

De son côté, François Geerolf est "dubitatif sur les miracles de ces baisses d'impôt de production." L'enseignant est "surpris par cette proposition. En 2008, il y a déjà eu la baisse des impôts de production avec la Contribution économique territoriale (CET, qui a remplacé la taxe professionnelle) puis le plan de relance et la baisse des impôts de production. La réindustrialisation ne se voit pas dans l'emploi, ni dans les ouvertures des sites. Le déficit commercial a atteint un niveau record depuis 1982", poursuit l'économiste.

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France 2030 pour Macron

Sans surprise, le chef de l'Etat devrait mettre en application le plan France 2030 annoncé à l'automne dernier. Devant un parterre de ministres, chefs d'entreprise, économistes et étudiants, Emmanuel Macron avait posé les jalons du programme industriel pour les cinq prochaines années.

Doté d'une enveloppe de 30 milliards d'euros, ce plan est destiné à soutenir notamment les petits réacteurs nucléaires (1 milliard), l'avion bas carbone (4 milliards d'euros), les énergies renouvelables (500 millions d'euros), la décarbonation de l'industrie, l'agriculture et l'agroalimentaire (2 milliards d'euros) ou encore la santé (7,5 milliards d'euros). Après plusieurs mois d'hésitations, c'est finalement le député de la République en Marche Bruno Bonnel qui est en charge du pilotage de ce plan.

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Le retour en force de la planification chez Macron

De Jean-Luc Mélenchon à Emmanuel Macron, la planification a fait un retour en force dans la campagne électorale. La pandémie et l'urgence climatique ont rappelé la nécessité de mettre en place des filières stratégiques dans le domaine de la santé et de la transition énergétique. Lors de la présentation de son programme, le président candidat a dessiné les grands objectifs de cette politique économique. "J'assume d'avoir une volonté de planification, qu'il s'agisse de la production d'énergie, comme du déploiement de nouvelles filières industrielles, et de décliner ensuite ces objectifs par territoire en laissant la liberté d'adaptation. Dans ce contexte-là, l'Etat aura à reprendre en main plusieurs aspects de la filière énergétique [...] nous aurons à reprendre le contrôle capitalistique de plusieurs secteurs industriels", a déclaré Emmanuel Macron.

Après le premier tour de la présidentielle, le président candidat s'est même engagé à ce que son Premier ministre soit "directement chargé de la planification écologique" s'il était réélu, reprenant un terme utilisé par M. Mélenchon. Cette planification autrefois largement critiquée est aujourd'hui réclamée par des industriels. "C'est un thème important repris sur l'ensemble de l'échiquier politique. Beaucoup de secteurs énergétiques comme le nucléaire doivent passer par une forme de planification et de soutien public. C'est une bonne chose de sortir du dogme libéral et de la vision plus orthodoxe pour aider certains projets industriels. La France ne peut pas être présente dans tous les domaines. La planification est devenue relativement consensuelle", souligne François Geerolf. Il reste que le Haut Commissariat au plan mis en oeuvre en septembre 2020 ne semble pas avoir fait l'unanimité au sein des différents économistes interrogés par La Tribune depuis des mois. "Le haut commissariat au plan est pour l'instant sous dimensionné pour parvenir à de tels objectifs", conclue François Geerolf.

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Marine Le Pen veut donner la priorité aux PME pour les marchés publics

Dans son programme, la candidate d'extrême-droite accorde une large place aux petites et moyennes entreprises par opposition aux grands groupes. "C'est parce que les TPE-PME sont le gisement des emplois de demain, le meilleur levier de l'enracinement territorial, qu'elles seront au cœur de ma politique économique", explique-t-elle. Elle souhaite concentrer la baisse des impôts de production sur ces entreprises et veut favoriser la transmission à l'intérieur des familles. "Pour que les TPE-PME s'enracinent dans le temps dans notre paysage économique, je supprimerai les impôts de succession lors de leur transmission à la génération suivante; dans le cadre d'un pacte Dutreil dont les conditions seront mises à jour, les héritiers ne paieront plus d'impôts s'ils s'engagent à garder pendant au moins 10 ans l'entreprise", ajoute la députée du Nord.

Afin de les soutenir, Marine Le Pen veut donner "la priorité aux PME pour les marchés publics". Cette proposition engagerait la France dans un bras de fer avec les institutions européennes. "Ce Small business act à la française, qui consiste à accorder une priorité nationale pour les marchés publics, doit se faire en dehors des traités européens. Comme Marine Le Pen dit qu'elle ne veut plus sortir de l'Union européenne, je ne vois pas comment elle pourrait faire", s'interroge François Geerolf. Comme beaucoup d'autres promesses, la candidate à l'Elysée devrait se confronter à de nombreux obstacles juridiques et constitutionnels sous peine de sanctions.

La réindustrialisation, un enjeu électoral sensible pour le second tour

Longtemps restée dans l'angle mort des politiques publiques, l'industrie revêt pourtant des enjeux politiques et électoraux majeurs. Les derniers résultats du premier tour à l'élection présidentielle ont montré que Marine Le Pen avait gagné encore du terrain par rapport à 2017 et 2012, chez les ouvriers et les employés ou dans les zones frappées par la désindustrialisation et les vagues de délocalisation.

"Ce parti va rencontrer un succès croissant auprès des ouvriers et des employés. Lors de l'élection présidentielle de 2002, Jean-Marie Le Pen a ainsi recueilli plus de 20% des voix dans les milieux populaires. Mais c'est sous le « règne » de sa fille, tenante d'une ligne sociale affirmée, que l'audience frontiste va le plus prospérer auprès des ouvriers et des employés [...] La fille rassemble aujourd'hui plus de 40% des suffrages exprimés dans ces catégories, ce qui est considérable", a expliqué Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion chez Ifop dans une récente étude pour la fondation Jean Jaurès consacrée aux métamorphoses de l'électorat frontiste.

Grégoire Normand

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Commentaires 22
à écrit le 24/04/2022 à 3:26
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Les couts de prod sont trop eleves. Fermez le debat.

à écrit le 23/04/2022 à 23:39
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Des experts nous confirment 14 mensonges de la part d'Emmanuel Macron sur le débat de mercredi. 14 mensonges en 2 heures seulement. Combien sur cinq ans ?

à écrit le 23/04/2022 à 0:25
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Que la Tribune s'interesse à la vente de l'usine de Reichshoffen Alstom qui fabrique nos TER aux espagnols de CAF au 1 mai 2022 soit apres le 2eme tour (bizarre). Des transferts de Valeo Amiens embrayages en Chine, de Safran qui oblige les sous trait...

le 23/04/2022 à 23:33
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En quoi Macron serait donneur d’ordre de ces situations de délocalisations industrielles qui existent depuis 30 ans? Vous ne connaissez rien à l économie et scander des contre vérités… Ce sont les industriels et leurs actionnaires - les entrepris...

à écrit le 22/04/2022 à 17:40
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Il n'y a pas d'industrie sans état fort (au moins un peu).. Écoutons Michelet:"Lorsque l'état est faible les sorcières apparaissent.. Actuellement en France c'est le bazar, le matin on parle de réindustrialiser, l'après midi on brade Alstom et ses pr...

le 23/04/2022 à 10:15
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Ouais enfin en France Etat fort ça veut dire accaparement de tout par une petite caste corrompus qui s'appuie sur la capacité francaise à copier les technologies anglo-saxonnes... Ou a les acheter en leasing, la caste des franchisés ! Tant d'anné...

le 23/04/2022 à 23:36
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Pour mémoire la vente des turbines de gaz d alsthom correspondabuit a une fin de cycle économique de ce secteur .. «  précieux » ça ne l était pas à l époque … quand Mittal a acquis arcelia on ne vous a pas entendu à l époque ….

le 23/04/2022 à 23:36
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Pour mémoire la vente des turbines de gaz d alsthom correspondaient a une fin de cycle économique de ce secteur .. «  précieux » ça ne l était pas à l époque … quand Mittal a acquis arcelia on ne vous a pas entendu à l époque ….

à écrit le 22/04/2022 à 14:54
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POUR reindustrialiser il faut baisser les charges,pour baisser les charges il faut faire des economies MACRON nous a fait tout le contraire malgre ses promesses ex pourquoi le nombre d'elus et de ceux qui tournent autour n'a pas ete divise par deux, ...

le 22/04/2022 à 16:19
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pour votre info il n est pas dans le pouvoir présidentiel de diviser par 2 le nombre de deputes et senateurs...seules ses 2 chambres.. peuvent le faire mais ils ne vont pas se saborder... votre vision est simpliste, enrichissez votre réflexion...

le 22/04/2022 à 17:01
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Comparatif ALLEMAGNE/FRANCE TX ENDETTEMENT EN 2018-21: 2018:l Allemagne 65.1% France 98.1% (89% EN 2012) 2022:Allemagne 99.7% France 113%.. Donc EVOLUTION Allemagne +34.6 points, EVOLUTION France +15 points en clair l 'endettement bien que pl...

le 22/04/2022 à 18:17
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Réforme présentée par macron et bloquée par le Sénat à majorité LR. Renseignez-vous.

le 22/04/2022 à 18:26
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mais aussi la culture et m macron nous puni nous francais en fermant la chaine 19 outremer. pour museler les revendication et la libre parole mais quand celle ci vient du monde arabe ou des usa la portes est grande ouverte ou est l'interdiction du...

le 22/04/2022 à 19:48
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Purée le trollage.. il a copié collé mille fois son truc.. la dette allemande est de 78 %... tes 99 % sont la dette des ménages.. j'aimerais pas t'avoir comme voisin.. tu souffre de quelle pathologie ? Tu te bagarre avec des fantômes la nuit ?

le 22/04/2022 à 22:40
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Att.Matheo un référendum, pour réduire le nb des députés à 100 et celui des sénateurs à 80 ainsi que loger ces derniers au Palais d’Iéna (après avoir purger les membre de cette assemblée inutile . . .)

le 22/04/2022 à 22:44
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Att.Matheo un référendum, pour réduire le nb des députés à 100 et celui des sénateurs à 80 ainsi que loger ces derniers au Palais d’Iéna (après avoir purgé les membres de cette assemblée inutile . . .)

à écrit le 22/04/2022 à 14:39
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A noter que quand on produira tout sur le territoire hexagonal (fantasme) notre bilan CO2 total ne sera pas meilleur pour autant, vu qu'une partie provient de ce qu'on importe mais une grosse partie ce sont le pétrole et le gaz, ceux là on ne les a p...

à écrit le 22/04/2022 à 14:38
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Dans les 2 cas cette ré-industrialisation est du pipeau intégral pour 2 ultralibéraux hyperatlantistes. Idem pour Mélenchon. Seul le candidat PCF Fabien Roussel avait un programme crédible sur ce sujet, avec la relance du nucléaire civil qui est in...

le 22/04/2022 à 17:03
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et le poids de la dette vous croyez ENcore dans les annees 70? Comparatif ALLEMAGNE/FRANCE TX ENDETTEMENT EN 2018-21: 2018:l Allemagne 65.1% France 98.1% (89% EN 2012) 2022:Allemagne 99.7% France 113%.. Donc EVOLUTION Allemagne +34.6 ...

à écrit le 22/04/2022 à 14:36
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De toute façon c'est pas avec Macron que l'on va reconstruire la France , la preuve par 9 est faite . Dimanche c'est la colère qui va s'exprimer dans les urnes . Le peuple rein que le peuple .

le 22/04/2022 à 16:15
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et le peuple il vit dans un château? il est héritier d un parti de papa? il est heritier du magot Lambert ? vous prenez vos chimères pour des réalités...nos voisins ça doit bien les distraire !!!

à écrit le 22/04/2022 à 13:43
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les politiciens veulent reindustrialiser sans demander aux industriels s'ils sont d'accord de venir subir dailymotion, florange, eckert, les lois ecocide, l'obligation de demander aux syndicats pour l'achat d'un crayon sous peine de delit d'entrave, ...

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