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Retraites : crise politique, crise sociale, et maintenant ?

latribune.fr

Publié le 17 mars 2023 à 07:17 - Mis à jour le 17 mars 2023 à 15:02

La premiere ministre elisabeth borne annonce l'utilisation de l'article 49.3 de la constitution

Pour Elisabeth Borne, avec les motions de censure, il y aura bien un vote sur la réforme des retraites.

PASCAL ROSSIGNOL

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La décision de l'exécutif de déclencher le 49.3 pour faire adopter sans vote sa réforme des retraites laisse des traces et des divisions profondes qui pourraient entraîner la chute du gouvernement si l'une ou l'autre des motions de censure déposées par le RN ou le groupe Liot, qui sera soutenue par LFI, devaient fédérer une majorité des députés. Ce vendredi, environ 200 manifestants, réunis à l'appel de l'union régionale d'Ile-de-France de la CGT, entravent la circulation sur le périphérique parisien.

[Article publié le 17.03 à 08h17 et mis à jour à 09h]

Et maintenant ? Alors que le pays est en pleine crise politique après la décision ce jeudi de recourir au 49.3 pour faire passer sa réforme des retraites, les oppositions vont déposer ce vendredi des motions de censure tandis que de nouvelles manifestations sont annoncées, avec le risque un débordement comme l'ont souligné les syndicats, alors que les rassemblements hier soir de plusieurs milliers de manifestants dans plusieurs villes de France comme Paris, Rennes, Nantes, Amiens, Lille, Grenoble... ont été émaillés de tensions et d'incidents.

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Le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a estimé vendredi que ce dernier avait « vocation à continuer à gouverner ». « Il va y avoir un vote », a assuré le ministre sur France Inter, en référence aux motions de censure qui vont être déposées. Sur l'avenir d'Elisabeth Borne, il a affirmé avoir « confiance » en elle, « mais mon avis ne compte pas ».

Motions de censure

Le Rassemblement national doit en effet déposer sa motion, tandis que le groupe des députés indépendants Liot projette lui aussi de déposer une motion de censure « transpartisane » particulièrement surveillée par l'exécutif, même si la barre de la majorité absolue pour faire chuter le gouvernement paraît difficile à atteindre. Selon des calculs, il faudrait qu'une trentaine de députés LR se joignent aux parlementaires RN et LFI pour que le gouvernement tombe. LFI, via son leeader Jean-Luc Mélenchon, a annocé soutenir la motion de censure du groupe des indépendants à l'Assemblée. Un vote sur ces motions aura lieu ce lundi, selon Stéphane Séjourné, le secrétaire général du parti présidentiel Renaissance.

Au sein des Républicains, divisés sur ce texte - pourtant façonné par leurs collègues LR du Sénat - c'est la grande inconnue. Si le président du parti Eric Ciotti a assuré que les députés LR ne s'associeraient ni ne voteraient « aucune motion de censure », il a été immédiatement contredit quelques minutes par le député LR Aurélien Pradié, en pointe parmi les frondeurs sur ce texte.

Dans la majorité, l'amertume était palpable hier, notamment chez les alliés de Renaissance. « C'était une erreur de faire le 49.3 sur un texte comme ça vu l'état de notre démocratie. Il fallait aller au vote, quitte à perdre. Je suis sous le choc », a réagi le député MoDem Erwan Balanant. La situation « s'approche de la crise de régime ». Certains élus macronistes ne cachent pas non plus leur incompréhension. A une réunion Renaissance peu avant l'officialisation du 49.3, les députés étaient « abasourdis », selon un participant. Aurore Bergé, leur cheffe de file à l'Assemblée était favorable à un vote. Pour un responsable du groupe majoritaire, sous couvert d'anonymat, « c'est un crash. Il faut une dissolution ». Une hypothèse évoquée mercredi soir à l'Elysée par le chef de l'État... avant le 49.3.

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Manifestations le 23 mars

Dénonçant un « passage en force », l'intersyndicale a de son côté appelé à « des rassemblements locaux de proximité » ce week-end ainsi qu'à une neuvième journée de grèves et de manifestations le jeudi 23 mars. Dans un communiqué distinct, le syndicat étudiant L'Alternative a appelé les étudiants à tenir des assemblées générales dès vendredi « pour bloquer leurs lieux d'études » et « à se rapprocher des secteurs en grève, à repérer et bloquer les axes routiers, les gares, les ports et aéroports à proximité pour soutenir les travailleurs ».  La raffinerie TotalEnergies de Normandie « sera arrêtée » dès ce week-end, selon la CGT. Plusieurs responsables syndicaux dans les secteurs du transport et de l'énergie ont par ailleurs mis en garde contre de possibles « débordements » ou « actions individuelles » de salariés de la base.

Environ 200 manifestants, réunis à l'appel de l'union régionale d'Ile-de-France de la CGT, ont perturbé pendant environ une demi-heure la circulation sur le périphérique parisien vendredi matin.

Jean-Luc Mélenchon par ailleurs « encouragé, » sur France Inter, « les mobilisations spontanées dans tout le pays c'est là que ça se passe », tout en appelant à manifester à l'appel de l'intersyndicale pendant le week-end et jeudi prochain. « Avec le 49.3, nous avons atteint notre objectif, ce texte n'a aucune légitimité, on a raison de se révolter. »

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Comment le choix du 49.3 a été décidé

Quand la cheffe de file des députés Renaissance, Aurore Bergé, retardée par une interview sur la plateau de CNews, arrive au pas de course quelques instants plus tard, les principaux protagonistes de cette journée cruciale sont tous réunis autour d'Emmanuel Macron pour une première réunion de crise. Il ne manque que le chef de file d'Horizons, Edouard Philippe, qui se connecte par visio depuis l'Inde où il se trouve en déplacement. 49.3 ou vote incertain à l'Assemblée vu notamment les divisions au sein des Républicains ?  Le compte à rebours commence, les décomptes des voix se suivent et se contredisent sur le résultat attendu : « des mecs disent que ça ne passe en aucun cas, d'autres soutiennent mordicus le contraire », confie à l'AFP un cadre de la majorité.

A ce moment de la journée, ça passe : « la position ultra-dominante » est favorable à ce que la réforme soit soumise au vote, susurre un autre responsable de la majorité, au moment où les portes de la cour s'ouvrent et que les participants reprennent leurs activités prévues à l'agenda. Emmanuel Macron, lui, file, au Quai d'Orsay.

Olivier Dussopt et Gabriel Attal traversent la capitale aux trottoirs encombrés de déchets pour le premier temps fort de la journée : le vote au Sénat, dominé par la droite. Une formalité, même s'il n'échappe pas à l'exécutif que six élus LR ont voté contre et que 19 se sont abstenus. L'exécutif peut-il faire confiance à la droite pour obtenir les voix qui lui manquent à l'Assemblée ? « On est dans la doctrine Retailleau: roulette ou grosse Bertha », répond l'un des cadres de la majorité.

Dans les environs de l'Elysée, à midi, les sirènes retentissent à nouveau, mais cette fois-ci, c'est le ministre de la Défense Sébastien Lecornu qui gravit les marches du perron, suivi par celui de l'Economie Bruno Le Maire, suscitant des spéculations sur la tenue d'un Conseil des ministres extraordinaire pour recourir au 49.3.

Il n'en est rien : des ténors de la majorité présidentielle arrivent pour une seconde réunion de crise, qui passe en revue les derniers pointages à l'Assemblée. Une « grosse partie de poker menteur », résume un responsable de l'opposition.

Dans la cour, une voiture se faufile avant la fin de la réunion et dépose une personne totalement extérieure aux discussions : le PDG du groupe pharmaceutique Sanofi, Paul Hudson, qui a rendez-vous avec le chef de l'Etat pour déjeuner.

Dans un concert de sirènes, les voitures repartent. Puis reviennent en trombe une heure plus tard pour une troisième réunion de crise, tandis que le PDG de Sanofi abandonne l'Elysée. Entretemps, l'optimisme matinal semble se dissiper, des informations circulent sur la Première ministre qui, partant du constat que la majorité n'est pas assurée, pencherait de plus en plus pour le 49.3.

A 14H40, vingt minutes à peine avant le début prévu du vote à l'Assemblée, les responsables de la majorité quittent l'Elysée et laissent en conclave les membres du gouvernement. C'est la fumée blanche qui annonce un Conseil des ministres extraordinaire et le recours imminent au 49.3.

Les téléphones des journalistes se mettent à vibrer. Leurs sources confirment le choix de l'arme constitutionnelle pour éviter un vote à haut risque. Elisabeth Borne monte dans une voiture, traverse la Seine, direction l'Assemblée nationale où est déployé un imposant service d'ordre.  Quelques heures plus tôt, les leaders syndicaux s'étaient retrouvés devant le Palais Bourbon pour exhorter les députés à ne pas approuver la réforme.  Peu après 15H00, la cheffe du gouvernement monte à la tribune de l'Assemblée nationale et tente de prendre la parole.  Elle doit s'y reprendre à deux reprises tant le vacarme est assourdissant.

Debout, les députés de La France insoumise brandissent des pancartes « 64 ans c'est non » et enchaînent les Marseillaise, rejoints par d'autres élus de gauche et ceux du Rassemblement national. Après une brève suspension de séance, face à une Assemblée toujours aussi tumultueuse et des députés Insoumis qui continuent de chanter la Marseillaise, la cheffe du gouvernement hausse la voix.

Sur le banc des ministres, le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti prend Olivier Dussopt par l'épaule pour le soutenir. 15H20 : Elisabeth Borne annonce formellement le recours au 49.3 sous les huées de l'opposition.

Après le chaos, elle se rend rapidement dans une salle du Palais Bourbon et fait face aux trois groupes de la majorité. Quelques larmes discrètes montent, selon une participante à la réunion. A l'Elysée, comme si de rien n'était, Emmanuel Macron poursuit son programme et reçoit le président de la COP28 Sultan Ahmed al-Jaber.

(AFP)

latribune.fr

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