Retraites : les opposants marchent de nouveau, le gouvernement avance au pas de charge

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L'avis du Conseil d'État a donné des arguments aux opposants à la réforme.
L'avis du Conseil d'État a donné des arguments aux opposants à la réforme. (Crédits : Reuters)
Ragaillardis par la mise en garde sévère du Conseil d'État concernant le projet de réforme des retraites, les opposants se retrouvent dans la rue, ce mercredi, à l'occasion de la 8e journée de mobilisation interprofessionnelle. Les discussions dans l'Hémicycle doivent quant à elles démarrer le 17 février prochain.

Les syndicats organisent, ce mercredi, la huitième journée nationale interprofessionnelle d'une mobilisation qui marque le pas contre la réforme des retraites, la mise en garde sévère du Conseil d'État n'ayant pas ébranlé la détermination de l'exécutif.

Cette journée de manifestations intervient alors que les deux projets de loi, l'un organique, l'autre ordinaire, ont démarré leur parcours à l'Assemblée nationale après leur adoption vendredi en conseil des ministres. Les discussions dans l'Hémicycle doivent démarrer le 17 février.

Les opposants au texte, qui avaient déjà mobilisé dans la rue vendredi (entre 249.000 personnes selon le ministère de l'Intérieur et 1,3 million selon la CGT) ont été ragaillardis par la publication vendredi d'un avis particulièrement critique du conseil d'État, qui a regretté ne pas avoir eu le temps de "garantir au mieux la sécurité juridique" du projet de réforme. La plus haute juridiction administrative française a critiqué le recours à 29 ordonnances qui font "perdre la visibilité d'ensemble", et a pointé des projections financières "lacunaires".

"Un choix assumé du gouvernement" d'écrire "au fur et à mesure que les concertations aboutissent", a défendu Agnès Buzyn, la ministre de la Santé.

Édouard Philippe, interpellé à plusieurs reprises mardi à l'Assemblée, a de nouveau défendu la réforme et son étude d'impact, "très complète". "Je n'ai jamais pensé que cette réforme serait simple car le sujet est effectivement compliqué", a reconnu le Premier ministre.

Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, pourtant favorable à un système universel des retraites par points, a regretté le "biais" de cette étude qui se base sur un âge d'équilibre à 65 ans. "On demandait des chiffres depuis des mois et des mois. Là, on en a et ils sont très contestables", selon lui.

"Amateurisme"

L'avis du Conseil d'État a donné des arguments aux opposants à la réforme. "Cela fait des mois que l'on dit que le gouvernement s'apprête à faire passer une réforme floue, non fondée et seulement argumentée par le besoin de faire des économies", a réagi lundi dans l'Humanité Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT. Pour son homologue de Force ouvrière, Yves Veyrier, "le gouvernement ne maîtrise absolument pas son sujet".

Les deux dirigeants mènent la fronde contre la réforme depuis le 5 décembre, avec Solidaires, la FSU et des organisations de jeunesse (Unef, MNL, UNL), à l'origine de cette huitième journée de grèves et manifestations. Cette fois, la CFE-CGC ne s'associe pas à la mobilisation.

Côté politique aussi, les parlementaires de l'opposition montent au créneau. Quatre groupes d'opposition (LR, PS, LFI et PCF) ont demandé une saisine du Conseil constitutionnel au sujet de l'étude d'impact, jugée "incomplète et insincère".

Les députés communistes ont présenté un contre-projet, prévoyant une baisse de l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans. Et des députés LR ont demandé "un nouveau et vrai projet de loi", dénonçant la "précipitation" et l'"amateurisme" du gouvernement.

Quant au Sénat, à majorité de droite, il a demandé la levée de la procédure accélérée.

Des actions prévues jeudi et vendredi

Mais les grèves s'essoufflent, voire s'arrêtent, y compris dans les transports, fers de lance du mouvement. Le trafic RATP et SNCF sera ainsi "quasi normal" mercredi.

Restent notamment les ports et docks, qui appellent à une grève de 24 heures. Et dans le secteur des déchets, la CGT Energie a reconduit jusqu'au 3 février l'arrêt des trois usines d'incinération parisiennes décidé jeudi dernier, obligeant le Syctom, qui traite les déchets de 6 millions de Franciliens, à "gérer au jour le jour" avec d'autres centres le traitement de 6.000 tonnes d'ordures.

Cette nouvelle journée intervient à la veille de l'installation par Édouard Philippe de la conférence de financement, au sein de laquelle les partenaires sociaux doivent réfléchir d'ici fin avril à des moyens pour garantir l'équilibre financier du système de retraites d'ici 2027.

L'intersyndicale se réunit mercredi soir pour décider de la suite du mouvement, mais des actions sont déjà prévues jeudi et vendredi.

De leur côté, les syndicats de pompiers professionnels ont annoncé mardi soir la fin de leur mobilisation après des annonces du ministère de l'Intérieur portant notamment sur le maintien de leur système de retraite.

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Commentaires
a écrit le 30/01/2020 à 13:37 :
ces lrem sont vraiment trop forts
ils ont réussis à faire de nous des "marcheurs"
si ils avaient réussi à imposer l'augmentation de la taxe carbone en 2018, il y aurait eu encore plus de "marcheurs" ("ceux qui ne sont rien" qui n'auraient pas pu payer cette augmentation)

trop trop forts :)
(pas étonnants qu'ils soient 1er de cordée^^)
a écrit le 29/01/2020 à 19:35 :
Nous vivons dans un pays très étrange et un pays irréformable. L’on ne fait rien comme les autres pays civilisés et démocratiques. Nous sommes les seuls au monde à nous disputer le « pessimisme » avec les Afghans et les Japonais ! Enfin les Français ont une drôle de relation avec l’Argent, le temps de travail, les acquis (par exemple le 13e mois et les avantages divers : sacrés, quitte à faire couler l’entreprise qui les emploie), les régimes spéciaux (sauf pour le long travail pénible qui mérite des régimes spécifiques selon les tâches de pénibilité) et maintenant la retraite (s’ils le peuvent…certains partiraient bien à 50 ans !). Nous sommes l’un des rares pays occidentaux à avoir encore un « parti communiste et un syndicat (CGT) inféodé à son idéologie » ! Nous sommes les seuls à avoir une minorité agissante (extrémistes de gauche comme de droite, anarchistes, anticapitalistes, casseurs professionnels, vandales, pilleurs…) en raison du laxisme léthargique (PEUR de leur faire des bobos, laisser les flics se faire matraquer !) du gouvernement qui leur a donné des ailes : ils se permettent tout et impunément. Nous faisons partie des rares pays qui ont une immigration galopante et non maitrisée. Nous ne sommes ni chez les Bolcheviks, ni chez les Soviets, ni en dictature prolétarienne ou autre. Mais où va-t-on ?! Si cela continue sans que l’on réagisse fermement nous allons droit au mur…à la catastrophe économique, sociale et morale. Réveillez-vous Ô Peuple de France !
Réponse de le 30/01/2020 à 10:31 :
"Nous vivons dans un pays très étrange et un pays irréformable"

Quelle réforme te concerne exactement ?
Réponse de le 30/01/2020 à 18:13 :
Vous n'avez pas de mémoire ou vous êtes né la semaine dernière.
Voici le monde tel que je l'ai trouvé à 18 ans.

- Service militaire d'un an
- Retraite à 60 ans avec 37.5 annuité de cotisation
- Permis à vie, sans points.
- Prix unique de la baguette de pain et de l'essence partout en France
- Limitations de vitesses à 60, 90 et 130 km/h
- licenciements soumis à autorisation administrative
- prix du billet sncf au kilométrage parcouru.
- Un seul opérateur téléphonique.
- le courrier postal collecté un jour, rendu a destination le lendemain.
- Taxation marginale des revenus les plus élevés à 75%.

Beaucoup de choses ont été réformée et pas forcément dans le sens de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.

La France souffre d'une réformite aiguë. Il y a eu 12 lois antiterroristes ces 15 dernières années, des dizaines de loi travail, la retraite a été réformée 5 fois, le code de la route bouge tous les 3 ans, la fiscalité des entreprises tous les ans, les programmes scolaires sont remaniés en permanence.

Et vous vous étonnez que les français, particuliers comme les entrepreneurs (les vrais, pas les simples porteurs d'actions), soient chauds bouillants quand on leur parle de réforme.
a écrit le 29/01/2020 à 15:47 :
Contrairement à ce qu’affirme la prétendue « opposition », FI et RN tous les deux pro UE!, la « réforme » -comprendre la mise à mal des retraites et le flingage du modèle français par répartition–n’est pas une idée de Macron et de Philippe mais une exigence de la Commission européenne.

Elle est formulée depuis plusieurs années dans les rapports annuels des « Grandes orientations des politiques économiques » (GOPÉ) en application de l’article 121 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne dont le but prétendu est d'assurer la viabilité de l'euro à long terme en imposant des mesures de "convergence économique" entre les États membres. Les GOPÉ publiées en 2018 précisaient en particulier que « l’alignement de différents régimes de retraite des secteurs public et privé réduirait de plus de 5 milliards d’euros les dépenses publiques à l’horizon 2022 » et préconisaient en conséquence d’« uniformiser progressivement les règles des différents régimes de retraite ». Cette recommandation a été reprise à l’identique dans les GOPÉ pour 2019 et 2020 où il est également indiqué que « la réforme prévue du système de retraite pourrait aider à alléger la dette publique ».

Les vraies solutions sont ailleurs, le financement pérenne des retraites peut être assuré : -en reconstruisant une politique de la famille digne de ce nom, -et en remettant la France sur le chemin de la croissance grâce au Frexit et à la sortie de l'euro, ce qui engendrera une relocalisation d'activités agricoles, industrielles et de services en France et fera baisser le chômage, et donc augmenter le nombre de cotisants et les cotisations.

Le maintien de la France dans l’Union européenne et dans l’euro ne peut, a contrario, que conduire au démantèlement de notre système de retraites, à plus ou moins brève échéance.. CQFD-
a écrit le 29/01/2020 à 15:34 :
Il faut regarder les choses en face.
A l'Assemblée:
- Les groupuscules LFI, FN, PC ne veulent pas du projet donc pas de discussion possible.
- La droite classique et le centre aiment bien le projet mais sont obligés de gueuler un peu car il faut bien exister mais ils auraient bien voulu le faire.
- Même avec les défections, LAREM a la majorité à l'Assemblée. Comment vont voter ceux qui sont partis ?
Malgré ce qui est raconté par les opposants et relayé par les médias, le Conseil d'Etat n'a pas fait opposition formelle au projet (voir rapport Dalloz). Le CE proteste sur la forme (pas eu beaucoup de temps pour étudier ce pavé très complexe) mais aussi sur le nombre d'ordonnances prévues. Les questions de constitutionnalité seront résolus car, en ce moment, cela doit discuter dur entre les Ministères et le CE.
En ce qui concerne le point clé du financement, les réunions prévues mettront en évidence l'obligation d'un âge pivot (qui existe déjà dans le système arrco/agirc depuis début début 2019 ?) et le compromis sera que la décote sera temporaire (comme dans le système arrco/agirc) et non définitive.
Ce projet sera donc adopté et aucun futur gouvernement sérieux ne le remettra en cause. Pour l'équilibre du système, les gouvernements futur gèleront parfois la valeur du point comme cela a été le cas pendant 4/5 ans dans le système arrco/agirc mais le coût pour obtenir des points augmentera....
Cordialement
a écrit le 29/01/2020 à 15:11 :
Ayant une retraite à points AGIRC ARRCO, je trouvais cette réforme géniale car universelle et avec 1 euro cotisé le même droit pour tous.Fini les privilèges. Aujourd'hui je déchante, il s'agit d'abord de vider les caisses du privé et des indépendants pour combler le trous des caisses des privilégiés en gros la fonction publique et son régime privilégié grâce à nos impôts.
Je suis maintenant opposant à cette réforme et à ce gouvernement qui transforme le privilège enparticulier.
a écrit le 29/01/2020 à 14:46 :
le terme "pas de charge" relève du vocable guerrier et malheureusement il est adapté à la situation.
Le président de la république est entré en guerre contre les français, les défie de "venir le chercher", et de trouver une dictature pire que la sienne.

Je ne vois pas comment ça pourrait durer deux ans de plus. Ce type est en train de faire un mal terrible à la cohésion nationale, à la république et à la démocratie.
a écrit le 29/01/2020 à 12:02 :
Retraites : les opposants marchent de nouveau, le gouvernement avance au pas de charge

Les Français vont aussi marcher chez les députés pendant les élections municipales, au pas de charge chez les députés ...

les LREM et MODEM vont prendre une claque bien méritée aux municipales ...
Réponse de le 29/01/2020 à 16:29 :
Mais Macron s'en fout des municipales comme il s'en est foutu des européennes. Il a encore largement la majorité à l' Assemblée Nationale et cela lui suffit pour faire passer toutes les lois qu'il veut. Il dirige, avec brio, sa bande de godillots qui ne comprennent rien mais qui suivent le chef. Il sait déjà , merci Mme Le Pen, qui il va affronter en 2022. C'est là son seul combat.
Tous les autres , il les a gagnés, grâce au quinquennat. Il peut aller fleurir la tombe du septennat à qui il doit tout.
a écrit le 29/01/2020 à 11:56 :
et non c'est un militaire ....
a écrit le 29/01/2020 à 11:30 :
Je lis dans un journal un article: un très jeune officier gendarmerie prend sa retraite pour poursuivre de nouvelles hautes-études. Pas belle la vie de fonctionnaire!
Réponse de le 29/01/2020 à 14:47 :
C'est un militaire.
a écrit le 29/01/2020 à 10:07 :
belle France quand on vois les policiers tabasser les pompiers mon fils à l’Étranger a été choqué et le petit dictateur Édouard nous prend pour des idiots pauvre france qui a tire sur la foule l 'a 'éborgné mutilé et maintenant le dictat sur les retraites il faut virer tous ces larem
a écrit le 29/01/2020 à 9:57 :
pour moi le gouvernement n'a pas un problème d'amateurisme, mais un problème d'affairisme !

Ce n'est pas la même chose et cela est plus grave encore! car pour vouloir se presser, il faut avoir un intérêt.

Et plus loin, lorsque l'on regarde comme edouard phillipe a pu gérer la ville du havre, disons que nous avons la réponse a la question....
a écrit le 29/01/2020 à 9:47 :
"le gouvernement avance au pas de charge"

Tu m'étonnes , la commission européenne commence à s'impatienter.

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