Télétravail, flexibilité, digitalisation... Comment la crise du Covid libère l'emploi freelance

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Le nombre de freelances a bondi de 11% en France en 2020, selon une étude de la plateforme Malt et du BCG, poussé par le télétravail et le numérique.
Le nombre de freelances a bondi de 11% en France en 2020, selon une étude de la plateforme Malt et du BCG, poussé par le télétravail et le numérique. (Crédits : https://unsplash.com/photos/C3V88BOoRoM)
La crise sanitaire a accéléré la tendance au développement du travail en freelance. Les travailleurs indépendants représentaient 12% de la population française fin 2019, soit 3,6 millions de personnes. Depuis 2009, ce chiffre ne cesse d'augmenter, avec un million supplémentaire en dix ans.

À la différence de nombreux secteurs frappés par l'épidémie de Covid-19, l'emploi freelance, lui, ne connait pas la crise. Ces travailleurs qui proposent des missions en indépendants ont vu en effet leur nombre croître de 11% en 2020, d'après une étude menée en juin dernier par le BCG et la plateforme Malt. Ils sont désormais un peu plus de 1 million, soit 98.000 de plus qu'en 2019. Et pour cause : le freelance est un habitué du télétravail et de l'usage renforcé du numérique. Dès lors, ce statut a séduit les salariés comme les entreprises. Gage d'autonomie pour les uns, de flexibilité pour les autres, l'emploi indépendant a aussi été poussé par la digitalisation de l'économie et le besoin de compétences numériques. LeHibou, Club Freelance, Indépendant.io... Les plateformes de freelancing ont alors adapté leurs offres pour accompagner l'essor de ce marché.

La crise du Covid n'a pas abîmé l'esprit d'entreprendre des Français ni la volonté de travailler à leur compte. Au contraire, le statut d'indépendant a atteint des sommets en 2020, rassemblant 3,6 millions de personnes. Dans le détail, 547.900 nouveaux auto-entrepreneurs se sont lancés cette année selon l'INSEE.

Lire aussi : Le nombre d'indépendants a bondi en dix ans, boosté par les micro-entreprises

En réalité, ces chiffres ne sont pas étonnants : les périodes de crise sont souvent propices à la création de nouvelles opportunités. Elles sont alors portées par des individus motivés par le risque et optimistes sur la réussite de leurs projets.

Imperméables au marasme

De fait, le nombre record de micro-entreprises créées en 2020 en France témoigne de l'effet stimulant qu'a eu la crise économique sur les travailleurs indépendants. Près de 72% des freelances se disaient d'ailleurs plutôt ou très confiants en l'avenir au moment de la deuxième vague de l'épidémie, selon une étude publiée le 15 décembre par Crème de la crème, plateforme spécialisée dans les activités technologiques de grands comptes.

Sondage Crème de la crème

Seule une minorité (27,2%) des freelances se dit peu ou pas du tout confiante dans son avenir et sa capacité à surmonter la crise d'après Crème de la crème.

Manifestement, la crise du Covid-19 a donc eu un effet catalyseur sur l'emploi freelance : elle a renforcé la volonté de liberté des travailleurs, le besoin de flexibilité et d'expertise des entreprises, et le développement des missions numériques.

Quête d'autonomie

La pandémie a eu un impact profond sur les méthodes de travail. Fin mars, 45% des actifs avaient arrêté leur activité pour bénéficier du chômage partiel ou d'un congé maladie, et 20% des Français télétravaillaient à temps plein, selon un sondage Odoxa publié le 9 avril.

Dans ce contexte imposé par la crise, le travail indépendant a séduit de nombreux salariés en quête d'autonomie et de liberté. C'est précisément la notion de choix qui revient dans les principales motivations à devenir freelance : la possibilité d'organiser son emploi du temps à 81%, faire ses propres choix de carrière à 76% et décider où travailler à 73%, selon la même étude publiée en juin par le BCG et Malt.

En adaptant leur organisation aux missions, « les freelances travaillent comme les entreprises de demain » explique Alexandre Fretti, directeur général de Malt, à la Tribune. Malt, marketplace spécialisée dans les métiers du numérique, a ainsi augmenté son volume d'affaires dès l'été 2020 et vise un chiffre d'affaires de 200 millions d'euros en 2021.

Confier des prestations de service intellectuel aux freelances

Mais les salariés ne sont pas les seuls à avoir plébiscité le statut d'indépendant cette année. De leur côté, les entreprises ont maintenu 72% des missions confiées à des freelances pendant la deuxième vague de l'épidémie, selon la même étude de Crème de la crème publiée en décembre dernier.

En cause : ces travailleurs représentent un outil de flexibilité dans un contexte de forte incertitude. Pour s'adapter plus rapidement aux variations de l'activité engendrées par la crise, les firmes ont notamment externalisé les missions informatiques, très prisées chez les freelances. Parmi sa base de 65.000 profils, la plateforme Club Freelance, spécialisée dans l'IT, regroupe près de 50% d'experts du Web Development, du Cloud computing et des solutions software.

La digitalisation de l'économie et les métiers de la tech

Certes, la sur-représentation des métiers informatiques chez les freelances est donc une tendance de long terme. Mais le contexte sanitaire a accéléré la place du numérique. « Les besoins en expertises digitales continuent de s'accroitre du fait d'une forte accélération de la digitalisation de notre économie ainsi que par un boost « forcé » de la transformation digitale des entreprises pour surmonter la crise actuelle », explique Jean-Charles Varlet, fondateur de Crème de la crème, à La Tribune.

Les travailleurs spécialisés dans l'IT ont donc été plus sollicités que jamais en 2020. Entre autres, le domaine de la cybersécurité a vu sa demande particulièrement augmenter. Crème de la crème, qui se rémunère par une commission intégrée au taux journalier du freelance, a presque doublé ses revenus par-rapport à 2019. La plateforme aborde ainsi 2021 avec un niveau de chiffre d'affaires de l'ordre de 10 millions d'euros.

Des travailleurs experts dans leur domaine

Mais en plus de renforcer la digitalisation des entreprises, la crise du Covid a surtout revalorisé la place des freelances. Travailleurs indépendants et salariés sont devenus complémentaires et essentiels à l'activité économique. « Dans un contexte de pénurie de talents, ce qui compte pour les entreprises ce sont les compétences plus que les statuts », note la plateforme Club Freelance, contactée par La Tribune. Le freelance est désormais recruté pour son savoir-faire, plus que pour son contrat de travail. En effet, le travailleur indépendant a tendance à se spécialiser dans un domaine d'expertise. Il développe des compétences rares et recherchées par les entreprises.

D'ailleurs, les plateformes de freelancing ont bien compris cette force : parmi les 40.000 consultants IT inscrits sur LeHibou, Marketplace spécialisée dans les ESN, la plupart ont déjà quinze ans d'expérience. « Nos clients nous ont identités sur un positionnement premium », raconte Christophe de Becdelievre, fondateur et CEO du site, à La Tribune. Et le pari est réussi pour la plateforme : malgré la crise du Covid, son chiffre d'affaires est passé de 7,7 millions d'euros en 2019 à 15 millions d'euros en 2020.

L'Etat veut accompagner l'emploi indépendant

Cependant, cette vision idyllique de l'emploi freelance doit être nuancée. Certains indépendants, spécialisés dans le graphisme ou le conseil, ont été plus durement touchés par la pandémie que les métiers du digital. Pour les aider à traverser la crise, l'Etat a décidé plusieurs mesures dont l'extension du Fonds de solidarité, les reports de cotisations ou la réduction des prélèvements.

Mais ces initiatives sont jugées insuffisantes par les associations qui alertent sur l'urgence de la situation. « Il y une vraie détresse financière et psychologique », alerte Hind Elidrissi, fondatrice du syndicat Indépendants.co et de Wemind, mutuelle et prévoyance pour les indépendants, à La Tribune. Le syndicat dénonce notamment la différence de traitement accordé aux indépendants et aux salariés, bénéficiaires du chômage partiel. Pour résoudre le problème, Indépendants.co demande « plus de visibilité » sur l'avenir ainsi que des « mesures dégressives dans le temps », comme pour les dispositifs salariés.

 (avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 11/02/2021 à 10:20 :
je dirais plutot
' comme le covid accelere le fait que tout le monde a compris qu'il ne faut plus avoir aucun salarie, a fortiori quand l'avenir est tres incertain'
bon, certains mettent le temps a comprendre mais ca vient
ceux qui ont tout coule et nivele par le bas vont bientot hurler que c'est pas normal tant de precarite, et que les boites n'ont qu'a se sacrifier pour offrir plein de droits acquis dans le grand cadre protecteur du code du travail ubuesque et de toutes les lois et normes a la francaise
evidemment que les gens n'ont plus le choix, alors ils deviennent entrepreneur, jusqu'au jour ou hamon est elu et leur proposera 5 ou 10 000 euros nets par mois dans un cadre de revenu universel
la ils arreteront de bosser, comme tout le monde, et ca sera la faillite et la guerre

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