À Beyrouth, pour obtenir "l'accord de tous" Macron enfreint un tabou international : discuter avec le Hezbollah

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Hier soir, à Beyrouth, à la Résidence des Pins (l'ambassade de France), le président français Emmanuel Macron a tenu sa conférence de presse qui clôturait sa deuxième visite au Liban.
Hier soir, à Beyrouth, à la Résidence des Pins (l'ambassade de France), le président français Emmanuel Macron a tenu sa conférence de presse qui clôturait sa deuxième visite au Liban. (Crédits : Reuters)
La diplomatie d'Emmanuel Macron se joue au pas de course, mais aussi sur le fil du rasoir. Pour arracher la promesse d'un gouvernement "de mission" dans les 15 jours mais également lancer une série de réformes économiques concernant "l'électricité, le contrôle des capitaux, l'audit indispensable de la Banque centrale et la réforme des marchés publics(...)", le président français a invité à la table de négociation le Hezbollah, mis au ban international par de nombreux pays occidentaux au premier rang desquels, les États-Unis. Et sur la scène locale, des heurts violents éclataient entre forces de l'ordre et manifestants, ces derniers fustigeant la "coopération" du président français avec la classe dirigeante en place, jugée responsable de la déliquescence du pays.

Le président français Emmanuel Macron a obtenu mardi l'engagement des dirigeants libanais à favoriser la formation dans les 15 jours d'un gouvernement chargé de lancer les réformes susceptibles de répondre à la colère des Libanais, un mois après la terrible explosion au port de Beyrouth.

"Toutes les formations politiques sans exception se sont engagées ce soir, ici même, à ce que la formation de ce gouvernement de mission ne prenne pas plus de quinze jours", a déclaré le président français.

Emmanuel Macron a eu avec les responsables des différentes forces politiques des échanges "nourris et denses" en soirée à la résidence de l'ambassadeur de France, avant sa conférence de presse.

"Dernière chance pour le système" libanais

Il a promis de revenir en décembre au Liban, et indiqué qu'il organiserait, au cours de la deuxième semaine d'octobre, une conférence internationale d'aide au Liban à Paris, ainsi qu'une réunion à laquelle les plus hauts responsables libanais seraient conviés.

Emmanuel Macron avait averti, au début de sa deuxième visite à Beyrouth en un mois, qu'il s'agissait de "la dernière chance pour le système" libanais.

Mardi soir, il a laissé entendre qu'en l'absence de réformes, les mécanismes d'aide pour le pays en proie à une grave crise économique ne seraient pas activés.

Lire aussi : Effondrement économique au Liban : comment en est-on arrivé là ?

Rencontre avec le nouveau Premier ministre Moustapha Adib

Outre les représentants de la classe politique traditionnelle, M. Macron a notamment rencontré le nouveau Premier ministre, Moustapha Adib, nommé quelques heures avant son arrivée à Beyrouth. Inconnu des Libanais, cet universitaire de 48 ans, était jusqu'à présent ambassadeur en Allemagne.

Sa nomination rapide est "un premier signe" de changement, s'est félicité le président français.

M. Adib doit entamer mercredi les consultations parlementaires pour la formation de son équipe. Emmanuel Macron a rappelé que "la moyenne ces dernières années" pour la formation des gouvernements au Liban était "entre 5 et 11 mois" en raison des divergences politiques.

Des réformes anticorruption pour débloquer l'aide internationale

La mise en oeuvre de "véritables réformes", pour une meilleure gouvernance et contre la corruption endémique doit permettre au Liban de bénéficier d'un soutien international de plusieurs milliards d'euros, jusqu'à présent bloqués par l'impasse politique.

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Lire aussi : Corruption, dévaluation, absence de réformes: les maux qui agitent le Liban depuis près d'un an

Le président français a assuré, au cours de sa conférence de presse, qu'un "accord de tous a été acté" mardi soir sur une série de réformes économiques concernant "l'électricité, le contrôle des capitaux, l'audit indispensable de la Banque centrale et la réforme des marchés publics(...)".

La rue fustige la coopération de Macron avec la classe politique

Dans le centre-ville de Beyrouth, des centaines de manifestants réunis pour marquer le centenaire du Grand-Liban ont fustigé la "coopération" du président Macron avec la classe dirigeante.

"Il devait venir nous écouter, nous aider à réaliser nos aspirations, ne pas s'asseoir avec des corrompus et des criminels qui ont tué leur peuple", a lancé l'un d'eux, Rima, 46 ans.

Sur une pancarte brandie par une manifestante, on pouvait lire:

"En coopérant, vous devenez complices."

Dans la soirée, des heurts violents ont éclaté entre les manifestants et les forces de l'ordre, faisant 22 blessés, dont l'un a été hospitalisé, a indiqué la Croix-Rouge libanaise.

Discuter avec le Hezbollah? La France se met en délicate position

Les discussions avec les responsables politiques faisaient partie des points les plus sensibles de la visite d'Emmanuel Macron, notamment avec le puissant Hezbollah. De nombreux pays occidentaux, parmi lesquels les États-Unis, refusent tout contact avec le mouvement chiite en raison de ses liens avec l'Iran et de ses activités "terroristes".

"Avec le Hezbollah il y a une discussion qui doit être engagée (...) Ça ne doit pas être un tabou", a dit M. Macron.

Une position loin d'être partagée par les États-Unis dont le secrétaire d'État en charge du Proche Orient, David Schenker, était attendu mercredi à Beyrouth.

Le point sur la distribution de l'aide internationale

Au cours de sa visite menée au pas de course, le président français a également fait le point sur la distribution de l'aide internationale promise au lendemain de la double explosion au port de Beyrouth, qui a fait au moins 188 morts et plus de 6.500 blessés le 4 août.

Il s'est rendu à bord de deux navires français arrivés à Beyrouth avec des milliers de tonnes d'aide d'urgence.

Sa visite avait débuté dans une dimension symbolique pour montrer que les Libanais sont "comme des frères pour les Français", comme il l'a proclamé.

Lire aussi : Macron de retour à Beyrouth pour une difficile rencontre avec les neufs partis politiques libanais

Il a avoir rendu visite à la chanteuse Fairouz, 85 ans, se disant "très intimidé de voir une immense diva, de voir sa beauté, son humilité, la magie qu'elle a, sa très grande conscience politique".

Emmanuel Macron s'est rendu dans la réserve naturelle de Jaj, au nord-est de Beyrouth où il a  planté un cèdre, l'emblème du Liban, pour célébrer le centenaire de la création de l'Etat du Grand-Liban le 1er septembre 1920 par le général français Henri Gouraud.

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Commentaires
a écrit le 03/09/2020 à 12:02 :
La je ne suis pas d'accord avec le président macron. Sa jeunesse le reprend. On ne négociee pas avec un groupe politique qui peut mettre des bombes sous la table des négociations politiques au Liban. On ne négocie pas avec le parti de dieu pro iranien. Le Liban a besoin de paix et de reconstruction et peut être d'un état laïque si le Liban le permet. La France n'a pas besoin d'un second attentat du drakkar contre les forces françaises. Oui il nous faut une autre ligne politique au moyen et c'est très difficile à construire.
a écrit le 03/09/2020 à 5:54 :
Les femmes agees, ca l'intimide le petit.
Ces pseudos accords vont voler en eclat. Comment croire que la corruption va disparaitre ?
Ce micro president est un danger, double d' un ignorant gonfle d'orgueil.
Le hezbollah va lui demontrer sa force et continuera d'ecraser le liban.
a écrit le 02/09/2020 à 19:08 :
C'est ça le problème avec E. Macron : il n'a pas d'a priori.
Ce qui agace énormément, c'est sûr.
a écrit le 02/09/2020 à 18:51 :
Toutes les initiatives pour la paix sont bonnes. Mais il faudrait aussi s'occuper de notre pays qui s'égare. Ras le bol de ces ministres qui chipotent sur des mots et qui ne recherchent que la popularité, les français vivent en insécurité, et ce n'est pas un sentiment ! Le français moyen a peur de sortir la nuit donc il ne peut pas consommer puisque nous sommes sur une page économique il faut tout dire.....
a écrit le 02/09/2020 à 15:27 :
Oh !? De l'amateurisme ? Ce serait étonnant franchement...
a écrit le 02/09/2020 à 13:55 :
On arrive pas à stopper une rave party dans la Creuse et on veut rétablir la démocratie au Liban et en Irak, et ailleurs !! La Corrèze avant le Zambèze. Mme Merkel qui préside l'UE pour 6 mois est bien plus réaliste et laisse la France s'enfoncer pendant qu'elle remonte son pays.
a écrit le 02/09/2020 à 13:26 :
Quel !
a écrit le 02/09/2020 à 12:24 :
Bush a mis le Bazard en Irack ,Sarkozy en Libye ,et notre Macron n'a rien compris il va le faire au Liban ,,,,?????IL devrait en priorité rétablir l'ordre en France .

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