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Affaire Khashoggi : Ryad change déjà de version, la communauté internationale s'interroge

Photo de Michel Cabirol

latribune.fr

Publié le 21 octobre 2018 à 08:09 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:24

Affaire khashoggi: paris, londres et berlin veulent une "enquete credible"

Affaire khashoggi: paris, londres et berlin veulent une "enquete credible"

OSMAN ORSAL

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'Arabie Saoudite livre une nouvelle version sur la mort de Jamal Khashoggi, tué à l'intérieur du consulat du royaume à Istanbul. Mais beaucoup de questions restaient encore en suspens.

Après les aveux de l'Arabie saoudite dans l'affaire de la disparition du journaliste Jamal Khashoggi, tué à l'intérieur du consulat du royaume à Istanbul, beaucoup de questions restaient en suspens dimanche, auxquelles Ryad était exhorté à répondre. C'est 17 jours après cette disparition que les responsables saoudiens ont admis que ce journaliste critique du régime de son pays, qui n'avait plus donné signe de vie depuis le 2 octobre, a été victime d'un homicide.

Mort à la suite d'une clé d'étranglement?

La confirmation de sa mort est venue, via l'agence de presse officielle saoudienne SPA, du parquet, qui a évoqué une "rixe" dans ce consulat. Selon la première version livrée par les autorités saoudiennes, Jamal Khashoggi a été tué au cours d'une rixe à coups de poing. Une heure plus tard, un responsable saoudien a cependant déclaré que le journaliste avait été tué par une clé d'étranglement, ce qu'a réaffirmé la source haut placée. D'après le nouveau récit livré par Ryad, les quinze ressortissants saoudiens venus rencontrer le journaliste au consulat ont tenté de le persuader de rentrer en Arabie et face à son refus, l'ont accidentellement tué par une clé d'étranglement en tentant de l'empêcher de crier.

Déjà les premières explications de Ryad avaient été loin de satisfaire tous les pays qui se disaient préoccupés du devenir de Jamal Khashoggi. Beaucoup réclament une enquête pour établir la vérité sur cette mort, sachant que Ryad avait, début octobre, indiqué que le journaliste dissident était ressorti du consulat. L'Arabie saoudite a pu nier pendant des jours la disparition de Jamal Khashoggi. Elle a par la suite qualifié d'accusations "sans fondement" les articles évoquant la mort du journaliste.

Trump veut "la réponse"

Donald Trump avait dans un premier temps jugé crédibles les explications de Ryad. Mais samedi après-midi, il a estimé qu'elles étaient trop courtes. "C'était un gros premier pas. C'était un bon premier pas. Mais je veux obtenir la réponse", a affirmé le président des États-Unis. À un journaliste qui lui demandait s'il était satisfait du limogeage de deux des principaux collaborateurs du prince héritier Mohammed ben Salmane, et des 18 arrestations annoncées, le président américain a encore répondu: "Non, je ne serai pas satisfait tant que nous n'aurons pas la réponse".

Donald Trump, qui s'exprimait devant la presse dans l'Etat du Nevada, a annoncé samedi qu'il allait discuter avec le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohamed ben Salman, de la mort du journaliste Jamal Khashoggi et qu'il n'excluait pas de prendre des sanctions contre Ryad. Ce qui est nouveau. Mais Donald Trump souhaite préserver les relations commerciales avec l'Arabie Saoudite. "Nous avons 450 milliards de dollars (de contrats, ndlr), dont 110 milliards de commandes militaires, du matériel et d'autres choses commandées par l'Arabie saoudite. Je crois que cela représente plus d'un million d'emplois alors ce n'est pas constructif pour nous d'annuler une commande comme celle-là", a-t-il expliqué.

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Des pays plus critiques

D'autres pays ont haussé le ton. Le Canada a ainsi jugé samedi soir "ni crédibles ni cohérentes" les explications de Ryad. "Nous réitérons notre appel à une enquête approfondie, menée en pleine collaboration avec les autorités turques", a insisté la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland. Plus tôt, Bruxelles avait également dit son impatience. "L'Union européenne, comme ses partenaires, insiste sur la nécessité d'une enquête approfondie, crédible et transparente, qui fasse la lumière sur les circonstances de la mort et contraigne les responsables à en endosser toute la responsabilité", avait avancé la cheffe de la diplomatie de l'UE, Federica Mogherini, dans un communiqué.

Du côté de Paris, via une déclaration écrite du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, on estime que "la confirmation de la mort de M. Jamal Khashoggi est un premier pas vers l'établissement de la vérité. De nombreuses questions restent toutefois sans réponse". "Ces attentes sont d'autant plus fortes que nos deux pays sont liés par un partenariat stratégique qui implique franchise, exigence et transparence", a-t-il aussi relevé. L'Allemagne aussi a jugé "insuffisantes" les explications de l'Arabie saoudite sur les circonstances de la mort de Khashoggi, et est allée plus loin, menaçant de mesures de rétorsion économiques.

"Tant que ces questions resteront ouvertes, je ne peux pas m'imaginer qu'il y ait une base positive au sein du gouvernement allemand pour approuver des exportations d'armes vers l'Arabie saoudite", a averti le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, samedi soir sur la chaîne de télévision allemande ARD.

Des questions sans réponse

Ces exhortations diplomatiques interviennent alors que la presse turque a publié ces derniers jours de nouvelles révélations accablantes pour les Saoudiens, selon lesquelles Jamal Khashoggi a été torturé et assassiné dans le consulat dès le jour de sa disparition. Les responsables turcs ont laissé entendre que le corps de Khashoggi, introuvable à ce jour, avait été démembré. Selon ce haut responsable saoudien, il a été roulé dans un tapis et confié à un "coopérateur local" chargé de s'en débarrasser.

La nouvelle version des autorités saoudiennes ne répond toujours pas à la question de savoir pourquoi tant d'agents, parmi lesquels des officiers de l'armée et un expert en médecine légale, faisaient partie de l'opération, si celle-ci n'était destinée qu'à tenter de convaincre le journaliste de rentrer dans son pays. L'un des membres de l'équipe spécialisé en médecine légale, Salah Tubaigy, a tenté d'effacer toute trace de l'incident, a expliqué un haut responsable saoudien.

"Les comptes rendus initiaux étaient faux"

Pourquoi Ryad a nié pendant plus de deux semaines la mort de Jamal Khashoggi .Selon ce haut responsable saoudien, ces versions contradictoires s'expliquent par le fait que le récit initial livré par le gouvernement de Ryad s'appuyait sur "de fausses informations en interne". "Une fois qu'il est devenu clair que les comptes rendus initiaux de la mission étaient faux, il a lancé une enquête interne et s'est abstenu de tout commentaire public", a expliqué cette source, ajoutant que les investigations se poursuivaient. D'après ce haut responsable, une équipe de 15 agents saoudiens a été mise sur pied par le directeur adjoint de la Direction générale du renseignement, Ahmed al Asiri, limogé samedi, pour rencontrer Jamal Khashoggi au consulat et s'efforcer de le convaincre de rentrer en Arabie saoudite.

"Il y a une consigne permanente qui consiste à négocier pacifiquement le retour des dissidents, ce qui leur donne l'autorité d'agir sans en référer à la hiérarchie", a-t-il expliqué.

Le commando prévoyait d'enfermer Khashoggi dans un lieu sûr à l'extérieur d'Istanbul "pendant une certaine période de temps" mais de le relâcher si ce dernier persistait à refuser de revenir dans le royaume, a-t-il précisé. Mais les choses ont mal tourné car les agents ont outrepassé les ordres et recouru à la violence. Jamal Khashoggi a été conduit dans le bureau du consul général où un agent nommé Maher Moutreb a tenté de le convaincre de rentrer en Arabie. Le journaliste a refusé et déclaré à son interlocuteur que quelqu'un l'attendait à l'extérieur du consulat et contacterait les autorités turques s'il ne réapparaissait pas au bout d'une heure.

Dans le bureau du consul, toujours selon la dernière version en date des Saoudiens, Jamal Khashoggi a déclaré à Maher Moutreb qu'il violait les règles diplomatiques et ajouté : "Qu'allez-vous faire de moi ? Avez-vous l'intention de me kidnapper ?" Maher Moutreb a répondu : "Oui, nous allons vous droguer et vous kidnapper".Jamal Khashoggi a alors élevé la voix et l'équipe a paniqué. Les agents ont tenté de le maîtriser en lui faisant une clé d'étranglement, a déclaré le haut responsable. "Ils ont essayé de l'empêcher de crier mais il est mort. Ils n'avaient pas l'intention de le tuer", a-t-il affirmé. Les agents saoudiens ont alors roulé le corps dans un tapis, l'ont placé dans un véhicule consulaire et remis à ce fameux "coopérateur local". Le responsable saoudien a déclaré qu'il était un habitant d'Istanbul mais il a refusé de préciser sa nationalité.

Mise en scène

Pendant qu'il se chargeait de se débarrasser du corps, un autre membre de l'équipe, nommé Moustafa Madani, a enfilé les vêtements de Jamal Khashoggi, emprunté ses lunettes et sa montre Apple puis quitté le consulat par une porte de derrière afin de faire croire que le journaliste était bien sorti du bâtiment. Les agents ont ensuite rédigé un faux rapport à leurs supérieurs en disant avoir autorisé Jamal Khashoggi à quitter le consulat car il menaçait de prévenir les autorités turques. Les quinze membres de l'équipe ainsi que trois autres suspects ont été placés en détention.

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Parallèlement, les enquêteurs turcs ont poursuivi leurs investigations, fouillant notamment une vaste forêt proche d'Istanbul. Et Ankara a clamé s'apprêter à "tout" révéler sur le sort du journaliste, sans préciser quand. Les enquêteurs turcs soupçonnent les meurtriers d'avoir enfoui les restes du cadavre dans la forêt de Belgrad, à la périphérie nord d'Istanbul, et dans la campagne proche de la ville de Yalova, à 90 km au sud de la métropole stambouliote. Des fouilles ont été menées ces derniers jours et un haut responsable turc a déclaré samedi que la Turquie découvrirait "sous peu" ce qu'il est advenu du corps.

latribune.fr

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