Coronavirus : la plus grave crise depuis la seconde guerre mondiale selon l'OCDE

L'OCDE anticipe un effondrement de l'économie mondiale de -6% en 2020. La récession en Europe risque d'être très violente avec une chute du PIB de 9,1%. Aux Etats-Unis, la pandémie a plongé l'économie dans une brutale spirale récessive (7,3%).
Grégoire Normand

5 mn

(Crédits : Aly Song)

Les séquelles de la pandémie sur l'économie mondiale seront profondes et durables. Selon les dernières perspectives économiques publiées par l'organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publiées ce mercredi 10 juin, la croissance du produit intérieur brut (PIB) planétaire devrait reculer de 6% en 2020 avant de rebondir à 5,2% en 2021 selon son scénario optimiste.

Dans une hypothèse plus sombre avec un double choc, la croissance globale pourrait chuter de 7,6% en 2020 et repartir l'année prochaine à 2,8%. Pour l'institution internationale, "le coronavirus est la pire crise sanitaire et économique depuis la seconde guerre mondiale [...] le rebond sera lent et la crise aura des effets de long terme, affectant de manière disproportionnelle les personnes les plus vulnérables".

Lire aussi : Le monde connaît sa plus vaste crise économique depuis 150 ans, selon la Banque mondiale

L'Europe en première ligne

Parmi les pays développés, la zone euro devrait terminer l'année 2020 dans le rouge. Les statisticiens prévoient que la croissance va se replier de 9,1% cette année avant de repartir à 6,5% en 2021. La France (-11,4%) et l'Italie (-11,3%) sont en première ligne. Les deux économies devraient terriblement souffrir avant de rebondir à 7,7% l'année prochaine. Dans la péninsule, la Lombardie et d'autres régions du Nord, principaux poumons économiques, sont restés longtemps paralysés pendant des semaines affichant un bilan humain et sanitaire catastrophique avec des hôpitaux saturés et des milliers de morts.

En France, les pertes économiques pour les huit semaines sont faramineuses. Si beaucoup de mesures de restriction ont été levées, de nombreux secteurs comme la restauration, les brasseries, les bars restent encore pénalisés dans certaines zones géographiques.

En Allemagne où la diffusion de l'épidémie a été relativement mieux contrôlée, les répercussions économiques sont moindres. Les économistes de l'institution basée à Paris s'attendent à une chute de la valeur ajoutée de 6,2% en 2020 et une embellie de 5,8% l'année prochaine. Il reste que l'industrie, qui pèse près de 25% du PIB outre-Rhin, risque de souffrir durablement de la crise. En effet, l'appareil productif allemand est fortement exposé aux dérèglements du commerce mondial et très dépendant de fournisseurs asiatiques. Ce qui risque de lui porter préjudice dans les mois à venir.  Au Royaume-Uni, la pandémie a plongé l'économie dans une violente récession. Le PIB devrait reculer de 11,3% en 2020 avant de redémarrer à 7,7% l'année prochaine.

L'économie en lambeaux aux Etats-Unis, la Chine souffre

L'économie américaine traverse une récession brutale. Les principaux indicateurs économiques et financiers sont dans le rouge. L'OCDE prévoit que la croissance étatsunienne devrait s'infléchir de 7,3% cette année avant de rebondir à 4,1% l'année prochaine. La soudaine montée du chômage en mars et avril a précipité des milliers de personnes dans une situation financière très dégradée. En outre, cette crise sanitaire risque d'accroître les inégalités qui minent déjà la société outre-Atlantique. La perspective de l'élection présidentielle américaine à l'automne prochain pourrait rebattre les cartes dans le contexte de ce marasme économique et sanitaire.

La Chine, qui est devenue le principal point de départ de la diffusion du virus, devrait connaître une récession moindre, estimée à 2,6% cette année par les experts de l'OCDE. Ces derniers prévoient que le PIB va rebondir à 6,8% en 2021 dans un contexte de fortes incertitudes. Compte tenu du poids des puissances chinoise et américaine dans l'économie mondiale, de nombreuses régions, en Asie notamment, risquent de pâtir lourdement de cette récession historique.

Une explosion du chômage

Cette récession risque de faire des dégâts colossaux sur le marché du travail. Les économistes de l'OCDE s'attendent à une très forte hausse du chômage en 2020 au sens du bureau international du travail(BIT) passant de 5,4% à 9,2%. Si de nombreux pays développés, en Europe notamment, ont mis en place des mesures de chômage partiel qui permettent d'amortir le choc économique, beaucoup d'autres pays n'ont pas les moyens de mettre en oeuvre ce type de mécanisme. Beaucoup de travailleurs se retrouvant sur le carreau dans les pays en développement risquent de tomber dans une grande précarité.

Le commerce mondial en berne

La fermeture administrative des frontières, le blocage des ports et des aéroports a profondément bouleversé le fret aérien et maritime. Selon les simulations opérées par les experts de l'OCDE, la croissance du commerce mondial devrait s'effondrer en 2020 de 11,4% avant de retrouver des couleurs à partir de 2021 (+2,5%).

L'hypermondialisation des échanges de biens et services risque d'être affectée sur le long terme par cette pandémie planétaire. Au pic de la période de confinement, beaucoup de pays ont montré leur extrême vulnérabilité et leur dépendance à l'égard des économies à bas coût. Cette crise pourrait rebattre les cartes dans des secteurs jugés stratégiques par les Etats dans le domaine de la santé ou de l'énergie par exemple.

Lire aussi : Le spectre du chômage de masse hante les États

Grégoire Normand

5 mn

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Commentaires 11
à écrit le 12/06/2020 à 4:24
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Quelques médias enragés de mondialisation et d'ultra-libéralisme nous tympanise avec un effondrement de l'économie mondiale. Effondrement, comme si les économies nationales avaient totalement disparues et les besoins des populations avec. Pour ma ...

le 12/06/2020 à 7:33
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Analyse partagée

à écrit le 11/06/2020 à 15:42
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Parler en points de PIB n'est plus très pertinent; lorsque ce dernier est assuré par moitié (?) par le secteur public (qui continue comme avant, je ne crois pas que les personnels de nos administration ne soient plus payés) et par moitié par un secte...

à écrit le 11/06/2020 à 15:25
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Beaucoup aujourd'hui sont etonnes de l'ampleur des consequences de ces deux mois ou tout ou presque a ete mis en mode pause par des gens incapables de prendre les bonnes decisions a temps. Le feu couvait depuis longtemps et tout le monde regardait a...

le 11/06/2020 à 17:36
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"L'histoire du pain blanc suivi du noir.... " Attention avec ça en ce moment.

à écrit le 11/06/2020 à 10:07
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La pire crise économique depuis la seconde guerre mondiale ? Quand on leur demande QUAND des décisions seront prises, les ministres chargés de gérer la crise répondent inlassablement "à la rentrée" comme si les mois de juillet et d'août étaient des ...

à écrit le 11/06/2020 à 9:57
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question du béotien : Quelqu'un peux-t'il m'expliquer comment une crise du Covid qui a duré a peine 2 mois, a entraîne une telle déflagration économique qui soit la plus importante après la 2eme guerre mondiale ou la France comptait 42 millions Hb, ...

le 11/06/2020 à 14:55
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Heu... le covid s'attaque au corps humain, il me bombarde pas les immeubles et les maisons et il n'a toujours pas fait 50 millions de morts, il ne fusille pas les résistants sur dénonciations de "bon français" non plus soit dit en passant. La dif...

à écrit le 10/06/2020 à 13:40
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Les conséquences de cette récession sont inimaginables. Compte tenu de la surpopulation mondiale les désordres seront infiniment plus meurtriers que l'épisode Covid19. Le changement se fera, mais dans une douleur que peu d'entre nous ont connu, les ...

à écrit le 10/06/2020 à 11:42
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On minimise dans cette affaire les conséquences collatérales. Les multinationales vont sauter sur l'occasion pour épurer les effectifs. Nombre de PME vont sombrer. Et une large frange de la classe moyenne va sortir (de façon subie mais aussi volontai...

à écrit le 10/06/2020 à 10:28
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"la croissance globale pourrait chuter de 7,6% en 2020" Croissance mondiale donc ? Globe remplace le monde comme territoires remplace les régions ? Faut s'habituer avec ces changements permanents de langages venant du fait que quand on a plus de ...

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