Déferlement de produits chinois vendus à perte : les Etats-Unis haussent le ton contre les subventions massives de Pékin
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Janet Yellen s'est dite particulièrement inquiète des « déséquilibres » de l'économie chinoise
Florence Lo
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Janet Yellen s'est dite particulièrement inquiète des « déséquilibres » de l'économie chinoise
Florence Lo
[Article publié le lundi 8 avril 2024 à 11h00 et mis à jour à 16h17] Washington « n'acceptera pas » le déferlement de produits chinois vendus à perte sur le marché mondial, comme cela est déjà arrivé par le passé, a affirmé ce lundi Janet Yellen, en déplacement en Chine, son deuxième en moins d'un an dans le pays asiatique. La ministre des Finances est arrivée jeudi à Canton (sud) et doit repartir de Pékin mardi matin.
Citant l'exemple de l'acier, il y a plus de dix ans, dont l'afflux chinois « a décimé des industries à travers le monde et aux Etats-Unis », Janet Yellen a déclaré devant la presse : « Je l'ai dit clairement au président Biden et je n'accepterai pas cette réalité à nouveau. »
Plus concrètement, les Etats-Unis craignent que les subventions massives du gouvernement chinois dans les technologies - énergies vertes, véhicules électriques ou encore batteries - n'entraînent dans le monde un raz-de-marée de produits à bas coûts qui mettraient en péril des concurrents étrangers dans ces secteurs.
« Les aides directes et indirectes du gouvernement sont en train de conduire à une capacité de production qui excède largement la demande intérieure de la Chine, ainsi que ce que le marché mondial peut supporter », avait déjà alerté Janet Yellen, au début de son déplacement, vendredi dernier, auprès d'entrepreneurs américains travaillant dans ce pays.
« Les surcapacités peuvent conduire à de gros volumes d'exportations à des prix en baisse » et à une « surconcentration des chaînes d'approvisionnement, posant un risque pour la résilience économique mondiale », avait-elle alors appuyé, une menace selon elle pour la viabilité des entreprises américaines et d'autres pays. Cette position est loin d'être nouvelle. Ces dernières semaines, la ministre a, en effet, déjà mis en garde contre les vastes subventions du gouvernement chinois.
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Pékin a, jusqu'à présent, balayé les inquiétudes au sujet de son soutien appuyé à ses industries. « Les accusations d'une "surcapacité", par les Etats-Unis et l'Europe, sont sans fondement », a encore déclaré dimanche le ministre Wang Wentao, en déplacement à Paris, selon l'agence d'Etat Chine Nouvelle.
Néanmoins, ce sujet a été longuement évoqué lors des discussions avec le vice-Premier ministre He Lifeng, chargé des questions économiques au sein du Parti communiste chinois (PCC) : celles-ci ont duré environ 11 heures, sur une période de deux jours. Janet Yellen a également été reçue dimanche par le Premier ministre Li Qiang et tous deux ont affiché leur volonté de renforcer le dialogue, malgré les différends qui opposent les deux premières puissances économiques mondiales.
La visite de Janet Yellen marque une nouvelle étape dans la stabilisation des relations diplomatiques entre les deux puissances. Ces dernières ont repris leur coopération sur le changement climatique, la restructuration de la dette ou encore la lutte contre le blanchiment. Les deux pays ont accepté de poursuivre leurs discussions sur l'excès de capacité de production.
Mais, selon des propos rapportés par Chine Nouvelle, Li Qiang a dit à son interlocutrice américaine que Washington devait regarder le sujet de la capacité de production du pays « objectivement » et « en pensant au marché ».
Janet Yellen a également dit avoir mené « des conversations difficiles au sujet de la sécurité nationale », mettant en garde les responsables chinois des conséquences d'un soutien militaire à la Russie et d'un recours à des mesures économiques au nom de la sécurité nationale. De leur côté, les Etats-Unis ne prendront pas de mesures économiques « surprises » en matière de sécurité nationale, a assuré Janet Yellen.
« Si les Etats-Unis doivent continuellement évaluer leurs mesures de sécurité nationale, compte tenu de la rapidité des développements technologiques, nous nous engageons à ne pas prendre de mesures surprises », a-t-elle déclaré.
« Chaque pays a le besoin légitime de sauvegarder sa sécurité nationale », a de son côté indiqué à la presse Liao Min, vice-ministre chinois des Finances, selon un compte-rendu de ses services publié lundi soir. « Mais il convient de ne pas avoir une définition trop large de la ''sécurité nationale'' et d'utiliser une soi-disant ''diversification'' comme excuse, car cela affecte le commerce et les investissements normaux entre les deux pays, la stabilité de la production mondiale ainsi que les chaînes d'approvisionnement », a-t-il par ailleurs souligné à ce sujet, ajoutant sa « vive inquiétude » à Janet Yellen sur les restrictions américaines.
Yun Sun, experte du cercle de réflexion Stimson Center, dresse un bilan plutôt positif du déplacement de Janet Yellen et de ses rencontres avec des responsables chinois, qui lui ont permis d'exprimer les inquiétudes américaines et de « tester » la réaction chinoise.
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Mais la Chine ne devrait pas changer son modèle de croissance dans l'immédiat, prévient-elle, car son économie « n'est pas dans sa meilleure forme ». Toutefois, le fait que les deux puissances acceptent de coopérer dans certains domaines comme la lutte contre le blanchiment d'argent va doper la confiance bilatérale, estime l'experte.
(Avec AFP)
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