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ÉconomieInternational

Nucléaire iranien : la Maison Blanche hausse le ton avant une négociation cruciale

Photo de Philippe Mabille

latribune.fr

Publié le 29 mars 2015 à 14:34 - Mis à jour le 30 mars 2015 à 10:39

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L'Iran et les six grandes puissances semblent en passe de parvenir à un accord à Lausanne sur plusieurs points clés du dossier du nucléaire iranien, ont indiqué dimanche des diplomates occidentaux, à deux jours de la date butoir pour parvenir à un accord. Mais Washington hausse le ton pour presser l'Iran de conclure.

L'aréopage des chefs de la diplomatie des grandes puissances était attendu au grand complet dimanche à Lausanne pour tenter de donner l'impulsion finale aux interminables négociations sur le nucléaire iranien, censées aboutir avant le 31 mars. Signe que les discussions pourraient durer jusqu'à la dernière minute de la date butoir, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a annulé un voyage qu'il devait effectuer lundi à Boston pour rester à Lausanne et tenter de résoudre les problèmes qui bloquent encore un accord.

La Maison Blanche hausse le ton

Il est temps que l'Iran "envoie un message clair" et passe aux actes, a déclaré dimanche le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest, dimanche. "Nous négocions depuis plus d'un an et maintenant il est temps pour l'Iran d'envoyer un message clair à la communauté internationale: veulent-ils prendre sérieusement les mesures requises, et appuyer par des actes leur rhétorique selon laquelle ils n'essaieront pas de se doter de l'arme nucléaire ? S'ils veulent prendre ces engagements, ils devraient être capables de le faire d'ici la fin mars", a déclaré M. Earnest sur ABC.

L'Iran et les pays du groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) tentent de conclure avant mardi un accord global autorisant certaines activités nucléaires civiles iraniennes avec la garantie qu'elles resteront exclusivement pacifiques, contre la levée des sanctions internationales.

"Le président (Obama) a été très clair. Le meilleur moyen pour nous d'empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire est de suivre la voie diplomatique. D'obtenir que l'Iran sorte volontairement du chemin vers l'arme atomique. On veut qu'ils acceptent des inspections rigoureuses, ce serait la meilleure solution pour atténuer nos inquiétudes sur le programme nucléaire iranien", a-t-il dit, ajoutant qu'il restait des désaccords.

Dans le même temps, le président républicain de la Chambre des représentants John Boehner a affirmé qu'il prendrait "très rapidement" des mesures pour instaurer de nouvelles sanctions contre l'Iran si les grandes puissances occidentales ne parviennent pas à un accord avec Téhéran. Interrogé pour savoir s'il agirait rapidement en cas d'échec dans les négociations actuellement en cours, M. Boehner a répondu: "Très rapidement". "Les sanctions fonctionnaient. Ils ne seraient jamais venus à la table des négociations et, franchement, nous aurions dû garder les sanctions en place, de cette manière nous aurions pu parvenir à un véritable accord", a dit sur CNN l'élu dont le parti républicain contrôle largement la Chambre des représentants. "Il y aura des sanctions, et elles arriveront rapidement" si les négociateurs actuellement réunis à Lausanne, en Suisse, ne parviennent pas à se mettre d'accord sur le programme nucléaire controversé de l'Iran.

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Un accord d'étape

A l'exception des russe Sergueï Lavrov et britannique Philip Hammond, attendus plus tard dans la journée, tous les chefs de la diplomatie du groupe P5+1 (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Russie, France, Chine et Allemagne) étaient sur place dimanche pour l'épilogue de ce feuilleton à rallonge. Dernier en date à faire son apparition, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi est arrivé dans la matinée au palace surplombant le lac Léman, où se déroulent toutes les discussions. La veille, le Français Laurent Fabius et l'Allemand Frank-Walter Steinmeier avaient rejoint les négociations, menées tambour battant depuis des mois par les deux poids lourds du dossier: l'Américain John Kerry et l'Iranien Mohammad Javad Zarif.

Les deux hommes, engagés depuis un an et demi dans des tractations éprouvantes et laborieuses, ont besoin d'un accord d'étape qui puisse leur permettre de tenir le cap et d'acheter du temps face à leurs faucons respectifs et face aux puissances régionales hostiles à tout compromis. Parmi celles-ci, Israël, qui a prévenu dimanche qu'il maintiendrait la pression: "il y a de fortes chances pour que soit conclu d'ici à deux jours un accord de principe, mais d'ici à la signature d'un accord final censé intervenir à la fin juin, il y aura suffisamment de temps pour mener des activités diplomatiques", a indiqué à la radio militaire le ministre de l'Intérieur sortant Gilad Erdan.

La date fixée pour un accord final, incluant toutes les annexes techniques de ce dossier extrêmement complexe, est fixée au 30 juin, mais la fin mars est une "étape très importante" pour permettre aux négociations de se poursuivre, reconnaissent plusieurs diplomates. Même si personne ne sait encore quelle forme prendra cette entente - si elle est conclue. Une "liste" de paramètres abordant les points au coeur de la négociation ? Un document non public et non signé mais qui fixerait de façon assez précise les objectifs à atteindre ?

Levée des sanctions ?

"Cela peut prendre la forme d'une déclaration que les parties feront", selon une source iranienne. "Je pense que l'option la plus probable est qu'il vont faire une annonce, dire qu'ils sont parvenus à un accord sur les éléments clés, et qu'ils vont passer les trois prochains mois à écrire le brouillon de cet accord et son plan de mise en œuvre", estime Ali Vaez, spécialiste du centre de réflexion International Crisis Group (ICG).

Plusieurs négociateurs ont fait preuve samedi d'une certaine confiance sur la possibilité de venir à bout des derniers obstacles. Dans un élan d'optimisme samedi, l'Iranien Mohammad Javad Zarif a jugé possible que "tous les problèmes puissent être résolus", avant de nuancer ses propos dans des tweets. "Nous n'avons jamais été aussi près d'un accord, toutefois nous avons toujours des points critiques à résoudre", a pour sa part estimé la chef de la diplomatie de l'Union européenne, Federica Mogherini. Et selon le chef des négociateurs russes, Sergueï Riabkov, cité par l'agence Ria-Novosti, "les chances (de parvenir à un accord) sont de plus de 50%".

L'objectif de l'accord recherché est de s'assurer que l'Iran ne cherchera pas à se doter de la bombe atomique, en échange d'une levée des sanctions internationales qui asphyxient son économie. "Si on parvient à régler les problèmes restants aujourd'hui ou d'ici deux ou trois jours, on pourra commencer la rédaction d'un texte. Mais pour le moment nous discutons encore", a indiqué une source iranienne.

La levée des sanctions et la question de la recherche et du développement dans le domaine nucléaire sont les deux principaux sujets qui posent encore problème, ont affirmé séparément des diplomates iraniens et occidentaux.Téhéran demande la levée totale des sanctions internationales, particulièrement les mesures décidées par l'ONU, alors que pour les pays occidentaux cela ne peut se faire que graduellement.
L'Iran insiste également pour pouvoir faire de la recherche et du développement, notamment afin d'utiliser à terme des centrifugeuses plus modernes et plus puissantes pour enrichir l'uranium. Mais les pays occidentaux et Israël estiment que le développement à terme de telles centrifugeuses permettra à l'Iran de réduire le "breakout", temps nécessaire pour avoir suffisamment d'uranium enrichi pour fabriquer une bombe atomique.

Combien de centrifugeuses ?

L'un de ces points concerne le nombre de centrifugeuses (machines permettant d'enrichir l'uranium), que l'Iran aurait accepté de voir réduit à 6000, voire moins, selon une de ces sources. L'Iran dispose actuellement de quelque 19.000 centrifugeuses, dont la moitié sont en activité. Par ailleurs, Téhéran aurait accepté d'exporter tout ou partie de son stock d'uranium faiblement enrichi, qui se monte à environ 8.000 tonnes. En outre, le site souterrain de Fordo, près de la ville sainte de Qom, cesserait d'enrichir de l'uranium, selon un autre diplomate, laissant entendre que le site pourrait continuer à fonctionner pour d'autres usages.

Ces compromis ne sont cependant pas encore actés, et les choses peuvent encore changer ont prévenu les diplomates. "Le détail des négociations est à l'intérieur de la chambre des négociations et personne n'est autorisé à les donner à l'extérieur", a réagi un diplomate iranien. "Mais le fait que nous conserverons notre enrichissement, qu'on aura un nombre substantiel de centrifugeuses, qu'aucun site ne sera fermé, en particulier celui de Fordo, ce sont les bases des négociations", a-t-il dit.

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La question de l'enrichissement d'uranium est au coeur du dossier du nucléaire iranien. Les grandes puissances (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie, Chine et Allemagne) veulent s'assurer que l'Iran ne se dotera pas de la bombe atomique, en contrôlant étroitement ses activités nucléaires. En échange de quoi les sanctions internationales qui asphyxient l'économie iranienne depuis des années seraient progressivement levées.

latribune.fr

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