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ÉconomieInternational

En Ukraine, le Programme alimentaire mondial à la peine pour livrer de la nourriture

latribune.fr

Publié le 19 mars 2022 à 16:11 - Mis à jour le 19 mars 2022 à 16:36

Plus de 40 millions de personnes menacees par la faim dans le monde, avertit le pam

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"Greniers du monde" avec la Russie, la guerre en Ukraine touche de plein fouet les Etats plus fragiles du monde. Aujourd'hui, c'est le pays lui-même qui manque de pâtes, de riz et de viande. "Il faudrait quasiment un convoi chaque jour pour assurer à une population d'un demi-million ou un million la fourniture de denrées alimentaires de base" alerte le Programme alimentaire mondial.

C'était le 14 mars. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, alertait sur une "Ukraine en feu", un "pays en train d'être décimé sous les yeux du monde".

"Nous devons faire tout notre possible pour éviter un ouragan de famines et un effondrement du système alimentaire mondial", a-t-il déclaré à New York, lundi dernier en fin de journée."La guerre en Ukraine signifie la faim en Afrique",avait aussi déploré le 13 la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, sur CBS News."L'Europe et l'Afrique seront très profondément déstabilisées sur le plan alimentaire, il nous faut donc là aussi nous préparer", avait pour sa part déclaré vendredi 11 mars Emmanuel Macron à l'issue d'un G7 à Versailles.

Des prix qui flambent

Si les chamboulements liés à la guerre devaient durer, en 2022-2023, "le nombre global de personnes sous-alimentées pourrait augmenter de 8 à 13 millions", a calculé l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (Food and Agriculture Organization, FAO). Elles viendraient s'ajouter aux quelque 800 millions de personnes souffrant déjà de la faim en 2020.

"Greniers du monde", la Russie et L'Ukraine représentent en effet à eux deux un tiers des échanges de blé mondiaux, et sont aussi d'importants exportateurs d'autres céréales telles que le maïs, des oléagineux et autres intrants essentiels pour l'agriculture intensive, comme les engrais.

Or, le conflit, non seulement perturbe le transport de ces marchandises, mais met aussi en danger les productions à venir. Au niveau international, le contexte est donc particulièrement propice pour une double crise d'accès à ces denrées : une crise physique, à cause de la raréfaction des échanges, mais aussi financière puisque la rareté est source d'inflation.

Leurs prix commencent d'ailleurs déjà à flamber, sous l'effet d'une réaction spéculative des marchés boursiers qui anticipent des pénuries, et risquent de se répercuter sur ceux d'autres produits : de la viande notamment puisqu'une partie des produits ukrainiens et russes étant destinés à l'alimentation animale, mais aussi d'autres aliments, à cause de l'inflation des intrants agricoles.

Les pays plus fragiles davantage touchés

Les régions les plus concernées seraient l'Asie-Pacifique, l'Afrique subsaharienne, le Proche-Orient et l'Afrique du Nord, selon la Fao, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. Et les pays les plus touchés seront à l'évidence les plus fragiles, historiquement importateurs nets de céréales pour des raisons climatiques, et souvent très endettés.

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Mais les effets se feront sentir aussi dans l'Union européenne, laquelle, grâce à ses stocks, est exportatrice nette de céréales et de viandes. Car, si l'UE n'est pas exposée au risque de pénuries, l'inflation pèsera sur les prix alimentaires, en renforçant la précarité des ménages déjà en difficulté.

Face à cette menace, en France, les appels à produire plus se multiplient, portés notamment par la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (Fnsea), mais repris aussi par le gouvernement. Il s'agit d'une part d'assurer "la mission nourricière" de l'Europe, d'autre part de gagner une guerre géostratégique autour du blé avec la Russie, a encore une fois plaidé le ministère de l'Agriculture français lundi.

Une approche qui impliquerait toutefois un assouplissement des normes environnementales européennes qui contraignent la production agricole, et que l'Union européenne, dans sa stratégie Farm to Fork, veut renforcer à l'horizon 2030, s'inquiètent les organisations environnementales. Julien Denormandie s'est d'ailleurs dit favorable à la mise en culture "pendant une période donnée" de terres aujourd'hui laissées en jachère au nom de la préservation des sols et de la biodiversité, afin de produire davantage de protéines végétales (soja, pois, féveroles...). Un discours qu'il défend à Bruxelles.

Garder le sang froid

Les pays membres (États-Unis, Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie, Japon, Canada) ont d'ailleurs promis que, malgré la tentation de certains pays exportateurs de garder pour eux leur production, ils éviteront toute mesure restrictive des exportations. Ils ont demandé à la communauté internationale de faire de même.

Tout le monde ne les suivra pas. L'Argentine a d'ailleurs déjà annoncé, dimanche soir, la suspension de ses nouvelles exportations de farine et d'huile de soja, dont elle est première exportatrice mondiale, afin de protéger ses prix alimentaires intérieurs et d'imposer plus facilement par la suite des augmentations des taxes à l'exportation. Et mardi, la Russie, où les prix flambent aussi, a restreint les exportations de céréales vers quatre républiques ex-soviétiques (le Kazakhstan, le Bélarus, l'Arménie et le Kirghizstan) et interdit l'exportation de sucre vers des pays tiers.

Des pâtes, du riz et de la viande en conserve

Toujours est-il qu'en Ukraine, les organismes d'aide humanitaire luttent pour parvenir à secourir dans les villes encerclées les habitants piégés, dont des centaines de milliers de femmes et d'enfants, a expliqué ce 19 mars le Programme alimentaire mondial (PAM).

"Le défi est de parvenir à aller dans les villes qui sont encerclées ou sur le point de l'être", dit à l'AFP Jakob Kern, coordinateur d'urgence du PAM pour la crise en Ukraine. La situation est "catastrophique".

Le défaut d'accès humanitaire rend quasiment impossible toute livraison d'aide alimentaire d'urgence au port encerclé de Marioupol (Sud-Est) ainsi qu'aux villes de Kharkiv et Soumy dans le Nord-Est.

Il s'agit d'une tactique "de siège" qui est "inacceptable au XXIe siècle", estime M. Kern. Le PAM, agence de l'ONU avec son siège à Rome, a dû entreprendre de remplir les entrepôts ukrainiens "à partir de zéro". Le remplacement des chaînes d'approvisionnement brisées par les combats s'avère une "tâche gigantesque".

L'agence espère atteindre 3,1 millions de personnes en Ukraine mais les efforts pour leur faire parvenir des denrées comme des pâtes, du riz et de la viande en conserve sont entravés par des difficultés à trouver "des chauffeurs de camions volontaires". "Plus on approche de ces villes, plus ils s'inquiètent pour leur sécurité", explique M. Kern.

"Et cela signifie que nous n'avons pas la capacité d'atteindre les gens à Marioupol, Soumy et Kharkiv, des villes qui sont quasiment encerclées à présent ou complètement dans le cas de Marioupol".

Des denrées de base pour 500.000 voire 1 million de personnes

Plus de 3,25 millions de réfugiés ont fui l'Ukraine à ce jour mais nombre de personnes restent piégées, dont "des centaines de milliers de femmes et d'enfants", souligne-t-il. "Ils ne peuvent sortir et nous ne pouvons les atteindre".

M. Kern, qui a travaillé pour le PAM trois années dans la Syrie en guerre, explique que la tactique de sièges utilisée en Ukraine est similaire mais avec des conséquences plus lourdes en raison de la plus grande taille des villes encerclées.

"Il y a deux jours, un convoi de quelques camions a réussi à entrer dans Soumy avec suffisamment de nourriture pour environ 3.000 personnes durant quelques jours mais c'est à une petite échelle", dit-il. "Il s'agit de grosses villes, il faut un accès régulier et à une bien plus grande échelle"."Ici, il faudrait quasiment un convoi chaque jour pour assurer à une population d'un demi-million ou un million la fourniture de denrées alimentaires de base", estime-t-il. "Cela implique en fait d'établir un couloir humanitaire permanent avec ces villes".

Reste qu'en Ukraine, exactement comme en Syrie, même une aide réduite peut soutenir psychologiquement ceux qui sont enfermés dans des conditions terribles car "pour les gens à l'intérieur, voir qu'ils ne sont pas oubliés revêt une grande signification".

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L'Ukraine est historiquement un grenier à blé pour le monde. Le PAM y achetait avant la guerre près de la moitié de ses besoins en blé. Actuellement, avec la fermeture des ports ukrainiens et le gel des contrats d'achat de blé russe en raison des sanctions, 13,5 millions de tonnes de blé et 16 millions de tonnes de maïs sont bloqués en Russie et en Ukraine.

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