Etats-Unis : le marché du travail, l'autre préoccupation de la Fed

Contrairement à d'autres pays, le marché du travail aux Etats-Unis n'a pas retrouvé son niveau d'avant-crise. Une partie des employés manque à l'appel des entreprises qui, pour attirer la main d'œuvre, doivent augmenter les salaires. Cette tendance peut alimenter une inflation laquelle, après avoir atteint 7% en janvier, se situe à son plus haut niveau depuis 40 ans.
Robert Jules
Panneaux proposant des embauches immédiates à Londonderry, dans l'Etat du New Hampshire.
Panneaux proposant des embauches immédiates à Londonderry, dans l'Etat du New Hampshire. (Crédits : Reuters)

En cette période de sortie de pandémie, il est difficile d'appréhender l'évolution du marché du travail aux Etats-Unis. Vendredi dernier, le département du Travail américain indiquait que 467.000 emplois avaient été créés durant le mois de janvier, alors que les prévisions tablaient au mieux sur 200.000. Un tel écart reflète une situation paradoxale. Alors que les Etats-Unis affichent un taux de chômage de 4% en janvier (sur un an), revenant à son niveau d'avant-crise de mars 2020, le taux d'emploi de la population active aux Etats-Unis s'établissait à 62,2 % en janvier après 61,9% en décembre, mais encore sous les 63,5% du début 2020. Soit en deçà des niveaux atteint au Royaume-Uni (75,5%) et en zone euro (74,5%) (France, 73,5% et Allemagne 79,3%) pour les derniers chiffres connus.

Des tensions dans de nombreux secteurs

Même si ces données montrent que la situation du marché du travail aux Etats-Unis s'améliore, il demeure des tensions dans de nombreux secteurs en raison d'un manque de main-d'œuvre. La cause de ce paradoxe découle du chamboulement produit par la pandémie du Covid-19. Ainsi, entre février 2020 et février 2022, le taux de participation au marché du travail des personnes âgées de plus de 55 ans est passé de 40,3% à 38,3%, ce qui correspond à une baisse de 1,45 million de personnes. Autrement dit, il y a eu une accélération des départs à la retraite en 2 ans.

Par ailleurs, le chamboulement du marché du travail américain est lié aux dispositifs mis en place par les gouvernements outre Atlantique lors des confinements. Dans leur ensemble, les gouvernements européens ont préféré s'endetter pour aider financièrement les entreprises et leurs employés - "le quoi qu'il en coûte", selon la désormais célèbre expression d'Emmanuel Macron - pour préserver l'appareil productif en l'état, en maintenant les postes de travail. Au contraire, les États-Unis et le Canada ont préféré laisser les entreprises licencier et aider directement les millions de travailleurs bénéficiant de l'assurance-chômage, en facilitant la transition vers de nouveaux emplois et de nouveaux secteurs industriels.

Salaire horaire moyen en hausse de 5,7% sur un an

En attendant l'ajustement, le montant des salaires continue à progresser pour répondre aux besoins des entreprises qui manquent de main d'œuvre. Le salaire horaire moyen dans le privé a continué à grimper, et est désormais de 31,63 dollars, soit 23 cents de plus qu'en décembre. Il a augmenté de 5,7% au cours des 12 derniers mois.

"Maintenant que les perturbations extrêmes du marché du travail causées par la pandémie tendent à s'estomper, il est visible que presque tous les indices de salaires ou de coût du travail sont en nette augmentation. De 3% par an en 2019, leur hausse est passée à environ 4-5% à la fin 2021. Ce changement s'accompagne d'une accélération, un peu plus modeste, des gains de productivité. A ce stade, le coût unitaire du travail est sous contrôle. Toutefois, la productivité ayant rarement crû de plus de 3% par an sur une période prolongée par le passé, l'économie des Etats-Unis approche d'une zone de danger pour la stabilité des prix à moyen terme", estime Bruno Cavalier, économiste chez Oddo BHF.

Ce que veut éviter la Fed - comme toute banque centrale -, c'est d'être aspirée par la "spirale inflationniste" où la hausse des prix alimente une hausse des salaires qui en retour nourrit l'inflation. Or, des prix des matières premières aux prix de produits de consommation en passant par les services, l'offre reste toujours limitée et la décrue des prix va prendre plusieurs mois.

Pièce cruciale du puzzle de l'inflation

"Si la trajectoire des indices des prix est assurément importante, il semble toutefois que l'évolution des salaires devienne la pièce cruciale du puzzle de l'inflation, comme on a pu le constater la semaine dernière dans un certain nombre de cas. Au Royaume-Uni, la Banque d'Angleterre a suggéré que les données dont elles disposaient sur les attentes salariales dans les entreprises avaient pesé dans sa décision de relever ses taux de 25 points de base. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a également mentionné le sujet des salaires pour indiquer que, contrairement au Royaume-Uni, le marché du travail est moins tendu en zone euro et permet à la BCE d'attendre avant de relever ses taux", explique Steven Barrow, économiste chez Standard Bank.

Pour Jerome Powell, président de la Fed, le marché du travail aux Etats-Unis est "très, très solide". L'appréciation salariale ainsi que la hausse des créations d'emplois lui permettent de justifier le prochain relèvement des taux, probablement en mars, pour calmer une inflation qui a culminé à 7% en janvier (sur un an), au plus haut depuis 40 ans, tout en évitant de freiner une croissance économique en 2022 que le FMI a révisé récemment à la baisse, tablant désormais sur 4% contre 5,2% estimé précédemment.

Lire aussi 4 mnEtats-Unis: si l'inflation persiste, la Fed pourrait remonter ses taux deux fois plus fort

Robert Jules

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Commentaire 1
à écrit le 09/02/2022 à 8:43
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Un autre de vos articles parlait d'une augmentation de salaires de 0.7% seulement aux Etats Unis il le semble alors que les déclarations médiatiques nous affirme que les augmentations la bas des salaires abondent. Il faudrait déjà savoir mais bon en ...

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