Iran : les Etats-Unis jouent les cowboys solitaires

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La notification (des Etats-Unis, ndlr) prétendument fondée sur le paragraphe 11 de la résolution du Conseil de sécurité 2231, reçue de la part des Etats-Unis et transmise aux États membres du Conseil de sécurité, est sans effet en droit, ont estimé les ministres des Affaires étrangères allemand, français et britannique dans un communiqué commun.
"La notification (des Etats-Unis, ndlr) prétendument fondée sur le paragraphe 11 de la résolution du Conseil de sécurité 2231, reçue de la part des Etats-Unis et transmise aux États membres du Conseil de sécurité, est sans effet en droit", ont estimé les ministres des Affaires étrangères allemand, français et britannique dans un communiqué commun. (Crédits : Carlos Barria)
Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a affirmé bilatéralement que les sanctions de l'ONU contre l'Iran étaient "à nouveau en vigueur". Mais Washington est isolé.

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a affirmé samedi soir que les sanctions de l'ONU contre l'Iran étaient "à nouveau en vigueur" à la suite d'une procédure contestée activée par les Etats-Unis, et a promis des mesures américaines pour punir ceux qui les "violent" quand bien même Washington est le seul pays au monde à estimer qu'elles sont en vigueur. Le geste de défi des Américains au reste du monde risque encore d'accroître les tensions internationales. D'autant que les Etats-Unis menacent clairement de mettre en place un système de sanctions dites secondaires pour punir tout pays ou entité qui violerait ces sanctions.

Washington est toutefois isolé, les autres grandes puissances, et notamment ses alliés européens, assurant au contraire que ces sanctions ne sont pas de retour et que la procédure américaine est sans effet juridique. Selon Mike Pompeo, les sanctions sont "à nouveau en vigueur" depuis samedi 20H00 (00H00 GMT dimanche).

Emmanuel Macron pointé du doigt par Mike Pompeo

Mike Pompeo a accusé dimanche les Européens de "ne pas lever le petit doigt" pour empêcher le commerce d'armes avec l'Iran, en refusant de soutenir le rétablissement par Washington des sanctions des Nations unies contre Téhéran. "Beaucoup de choses se seraient passées si les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies n'avaient pas été rétablies hier soir", a défendu sur Fox News le chef de la diplomatie américaine. Mike Pompeo a assuré que sans cette initiative, "armes, chars, systèmes de défense aérienne", auraient été acquis par Téhéran "en quelques semaines". Mais "les Européens ne se sont pas joints à nous dans cette affaire", a déploré le secrétaire d'Etat, assurant qu'en "privé" les Européens apportent pourtant leur soutien à Washington. "Ils savent que nous avons raison".

Le responsable américain a dénoncé l'impact de la décision européenne, en prenant pour exemple la situation du Liban. "Tout le monde veut que le Liban aille mieux", a souligné Mike Pompeo, à propos du pays meurtri par une explosion tragique il y a un mois et plongé dans une crise politique. Mais, a-t-il mis en garde, "ces armes que l'Iran va vendre vont atterrir dans les mains du Hezbollah et rendront la vie tragiquement plus mauvaise pour les Libanais". Le responsable américain a notamment montré du doigt le président français Emmanuel Macron. "Le président Macron mène là-bas une initiative et pourtant les Européens ne se sont pas joints à nous pour mettre fin au trafic d'armes", a dénoncé Mike Pompeo.

Une décision sans effet de droit

Il y a trente jours, les Etats-Unis ont cherché à activer le mécanisme de "snapback", qui permet à un participant au Plan d'action global commun (JCPoA) de rechercher le rétablissement des sanctions multilatérales contre l'Iran, qui avaient été levées en 2015 conformément à la résolution 2231 adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies. La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont rappelé que les États-Unis ont cessé d'être un participant au JCPoA à la suite de leur retrait de l'accord le 8 mai 2018. "En conséquence, la notification prétendument fondée sur le paragraphe 11 de la résolution du Conseil de sécurité 2231, reçue de la part des Etats-Unis et transmise aux États membres du Conseil de sécurité, est sans effet en droit", ont estimé les ministres des Affaires étrangères allemand, français et britannique dans un communiqué commun.

"Il en découle que toute décision ou action qui serait prise sur le fondement de cette procédure ou de son issue sont sans effet en droit", ont-ils affirmé.

L'objectif des trois pays européens (E3) reste de préserver "l'autorité et l'intégrité du Conseil de sécurité des Nations Unies". Les E3 restent déterminés à pleinement mettre en œuvre la résolution 2231 du Conseil de sécurité, qui a permis le JCPoA en 2015. "Nous avons travaillé sans relâche pour préserver l'accord nucléaire et nous restons déterminés à poursuivre notre action en ce sens", ont-il écrit.

La Russie hausse le ton

Le ministère russe des Affaires étrangères a dénoncé dimanche la déclaration unilatérale par les Etats-Unis que les sanctions des Nations Unies étaient de nouveau en vigueur, soulignant que les affirmations de Washington étaient dénuées de fondement légal. "Les initiatives et actions illégitimes des Etats-Unis ne peuvent par définition avoir de conséquences internationales légales pour les autres pays", a affirmé le ministère dans un communiqué. La Russie, un allié clé de l'Iran, a accusé Washington de se prêter à une "performance théâtrale" et a souligné que les déclarations américaines "ne correspondent pas à la réalité".

Elle a accusé les Etats-Unis de "chercher à forcer tout le monde à porter des lunettes de réalité virtuelle" et à accepter sa vision des faits. L'attitude de Washington a porté "un grand coup à l'autorité du Conseil de sécurité de l'ONU", et a montré ouvertement du "mépris pour ses décision et pour la législation internationale dans son ensemble", a estimé Moscou. "C'est inacceptable, et pas seulement pour nous mais pour les autres membres du Conseil de sécurité aussi", a martelé le ministère russe. La Russie a déclaré "soutenir pleinement" la position de la majorité des membres du Conseil de sécurité selon laquelle les initiatives de Washington sont légalement "nulles". Elle a ajouté que les efforts pour obtenir la mise en œuvre de l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien seraient poursuivis.

"Le monde imaginaire" des Etats-Unis

Enfin, le président iranien Hassan Rohani a assuré dimanche que son pays ne céderait pas aux "intimidations" des Etats-Unis et que la communauté internationale s'opposerait aux rétablissement des sanctions multilatérales décrété samedi par Washington. L'Iran a appelé le monde à "parler d'une seule voix" contre les "actions irresponsables" américaines, après la déclaration unilatérale de Washington de rétablissement des sanctions des Nations unies contre Téhéran. "Nous attendons de la communauté internationale et de tous les pays du monde qu'ils s'opposent à ces actions irresponsables du régime à la Maison Blanche et qu'ils parlent d'une seule voix", a déclaré Saeed Khatibzadeh, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, lors d'une conférence de presse.

"Le monde entier dit que rien ne s'est passé. Cela s'est simplement passé dans le monde imaginaire" du secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, a relevé Saeed Khatibzadeh. "C'est beaucoup de bruit pour rien et je pense que ce sont les jours et les heures les plus amers des Etats-Unis".

Estimant que Washington était "isolé" et "du mauvais côté de l'histoire", le porte-parole iranien a indiqué que Téhéran adressait un message aux Etats-Unis : ils doivent "retourner au sein de la communauté internationale, de (respecter) leurs engagements, d'arrêter de se rebeller et le monde les acceptera".

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Commentaires
a écrit le 21/09/2020 à 14:37 :
"Mike Pompeo a affirmé bilatéralement que ".

Ah bon. Si c'est du bilatéral, on est rassuré car on a toujours peur des décision unilatérales de son patron.
a écrit le 21/09/2020 à 9:07 :
L'Iran a exécuté par panique des innocents via l'avion civile, que vous haïssiez Trump au point de soutenir un État terroriste c'est votre choix que vous ne vouliez pas diffuser cette vérité est là par contre abjecte.
a écrit le 20/09/2020 à 20:59 :
Pour continuer à vendre des armes, il faut essayer de diviser, et rendre brouillon toute initiative politique consensuelle. les states mène cette stratégie politique depuis bien longtemps, pinochet, cuba, Irak, pourtant, Eisenhower nous avait dit de nous méfier du complexe militaro-industriel ricain.
a écrit le 20/09/2020 à 19:10 :
Le président américain a soutenu ouvertement le Brexit et n'a pas voulu trancher concernant le différend entre la Grèce et la Turquie. Et les usa veulent qu'on les soutiennent...
a écrit le 20/09/2020 à 19:09 :
"L'Iran a appelé le monde à "parler d'une seule voix" contre les "actions irresponsables" américaines"

On croit rêver, les gars qui ont par panique descendu un avion civil accusent les autres d'"actes irresponsables". Et vous vous déroulez le truc tranquillement sans prendre le moindre recul sur la situation, ce n'est pas parce qu'il faut dire que Trump est méchant qu'il faut soutenir n'importe qui n'importe comment contre lui, l’ennemi de mon ennemi n'est pas mon ami.

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