L'accord de libre-échange transpacifique renaît, sans Washington

Alors que Donald Trump a confirmé, hier, la hausse des taxes sur les importations d'acier et d'aluminium aux États-Unis, onze pays américains et asiatiques, plus l'Australie, ont signé un Partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP). Ce traité reprend les dispositions de l'accord transpacifique (TPP) signé en 2016, sauf celles portant sur la propriété intellectuelle imposées par Washington.

4 mn

Les 11 représentants des pays membres main dans la main après la signature du traité de libre-échange transpacifique, le 8 mars.
Les 11 représentants des pays membres "main dans la main" après la signature du traité de libre-échange transpacifique, le 8 mars. (Crédits : Reuters)

Il était donné pour mort il y a un an après le retrait des États-Unis, mais le voilà ressuscité. Onze pays des deux rives du Pacifique - Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam -, ont signé jeudi 8 mars l'accord de libre-échange transpacifique, désormais nommé Partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP). Ces pays, avec le Canada et le Japon en tête, représentent ensemble 13% du produit intérieur brut (PIB) mondial. Avec les États-Unis, le bloc aurait pesé 40% du PIB mondial.

La signature de ce traité à Santiago envoie forcément un signal fort à Donald Trump qui vient de valider l'imposition des droits de douane à 25% sur les importations d'acier et de 10% sur celles d'aluminium.

"Le commerce international est bel est bien vivant, contrairement à ce que certains pensent", a déclaré le ministre chilien des Affaires étrangères Heraldo Muñoz, au côté de la présidente Michelle Bachelet.


Un pied de nez aux intentions protectionnistes de Trump

Conçu à l'origine par Washington sous la présidence Obama en 2016, l'Accord de libre-échange transpacifique (TPP) était un moyen de freiner l'influence croissante de la Chine dans le commerce mondial. Il était ensuite devenu la bête noire de Donald Trump, qui s'était inquiété du danger pour "les travailleurs américains".

Ce nouvel accord reprend la quasi-totalité des dispositions du texte originel (soit 30 chapitres), sauf celles portant sur la propriété intellectuelle imposées par Washington (notamment dans le domaine pharmaceutique). Il prévoit d'éliminer les barrières douanières et des barrières non-tarifaires, comme la mise en place de normes communes dans plusieurs secteurs d'activité tels que le secteur industriel et agricole, entre ces onze pays qui représentent près de 500 millions de personnes. Une fois signé, l'accord entrera en vigueur 60 jours après sa ratification par au moins six des 11 pays.

Pour Ignacio Bartesaghi, professeur de la faculté de sciences de l'entreprise à l'Université catholique d'Uruguay, "c'est l'accord le plus moderne jamais signé au niveau mondial".

"Il n'y a aucun accord commercial impliquant une telle quantité de pays et parvenant à avoir 30 chapitres qui traitent des questions les plus modernes du commerce international", ajoute-t-il.

Washington n'a pas totalement exclu de réintégrer à l'avenir le TPP, le président américain posant comme condition d'obtenir un "meilleur accord", mais cette perspective est jugée peu probable à court terme par les autres membres.

Le Mexique veut s'émanciper des États-Unis

Si Donald Trump a décidé d'exempter provisoirement le Canada et le Mexique des taxes sur l'acier et l'aluminium, il a conditionné cette décision à une renégociation "juste" d'un autre accord, celui sur le traité de libre-échange nord-américain (Aléna).

Dans ce contexte, on peut comprendre que le Mexique, pays signataire du CPTPP, cherche à multiplier les accords commerciaux, tant au niveau bilatéral que multilatéral, afin de s'émanciper des Etats-Unis. Car le pays destine, à l'heure actuelle, 80% de ses exportations aux États-Unis. Comme l'indique un article de RFI, grâce à ce traité commercial, "le Mexique va pouvoir trouver de nouveaux débouchés commerciaux dans les dix autres pays signataires. Ce qui lui permettra notamment d'approfondir son accès aux marchés agroalimentaires de ses partenaires asiatiques."

Le Japon joue le rôle du "négociateur en chef"

Le Premier ministre nippon Shinzo Abe assurait que "le TPP sans les Etats-Unis n'aurait pas de sens". Finalement, il été très actif pour faire aboutir ce nouvel accord transpacifique, comme le rappelle un article de Capital. L'archipel s'attend à une hausse de 1,5% de son PIB grâce à ce traité, qui va augmenter les débouchés des entreprises nippones dans les pays signataires, alors que la Chine et la Corée du Sud, les deux autres puissances économiques régionales, sont exclues de l'accord.

Il permettrait aussi surtout au Japon d'avancer ses pions dans la région Asie-Pacifique, alors que la Chine multiplie les initiatives pour étendre son influence et négocie son propre accord commercial avec nombre de pays asiatiques.

Ludovic Subran, chef économiste chez l'assureur-crédit Euler Hermes, est toutefois dubitatif sur les retombées économiques du CPTPP.

"Même s'il est significatif, il s'agit avant tout d'un beau coup politique pour le Japon. C'est une façon pour ce pays d'asseoir un contre-pouvoir dans la zone", a-t-il assuré à l'AFP.

(Avec AFP et Reuters)

4 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 8
à écrit le 10/03/2018 à 8:51
Signaler
Une petite cohalition mondiale anti-USA ça aurait de la gueule non ? ....l'Amérique d'abord !, ......a boycotter ça refroidirait les délires de Trump !

à écrit le 10/03/2018 à 6:23
Signaler
Le libéralisme économique et financier est un virus mortel que ne veulent pas apercevoir tous ses inconditionnels qui ne jurent que par lui et en tout premier lieu Mr Macron. C'est par sa nature l'exacte contraire de toutes les indépendances voulues ...

le 10/03/2018 à 6:59
Signaler
Je suis tout à fait d’accord avec votre présentation , cherchez l’erreur. je suis d’accord avec la décision de Mr Trump pour taxer certains produits . Je vis et je travaille dans un pays où les taxes d’importation sur les produits alimentaires son...

à écrit le 09/03/2018 à 18:43
Signaler
Pénaliser les pays qui ont des excédents des balances commerciales chroniques. Il est bien évident que l'on ne peut pas accepter des excédents permanents et énormes comme ceux de l'Allemagne et de la Chine. Surtout entre pays de l'UE. Les excédents A...

le 10/03/2018 à 8:54
Signaler
Quel raisonnement ! Depuis la nuit des temps le but du commerce est de réaliser des profits et des excedents ! Pénaliser les plus performants est une stratégie de looser qui n'ont d'autres armes que d'interdire ou sanctionner !

à écrit le 09/03/2018 à 10:39
Signaler
Alors que Donald TRump respecte la volonté de son peuple, les autres dirigeants politiques du monde continuent de respecter la volonté des plus riches. Un super "pied de nez" en effet hein... -_- La mort de la démocratie définitivement actée ...

le 09/03/2018 à 19:47
Signaler
Et bien non, vu que les sondages montrent que les peuples des anti en question sont largement en faveur de cet accord.

le 11/03/2018 à 12:45
Signaler
"Et bien non, vu que les sondages montrent que les peuples des anti en question sont largement en faveur de cet accord." Et bien sûr comem d'habitude vous nous donner des liens de votre affirmation hein... Vous êtes épuisant.

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.