L'accord de libre-échange transpacifique renaît, sans Washington
latribune.fr

Trans-Pacific Partnership
Reuters
latribune.fr

Trans-Pacific Partnership
Reuters
Il était donné pour mort il y a un an après le retrait des États-Unis, mais le voilà ressuscité. Onze pays des deux rives du Pacifique - Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam -, ont signé jeudi 8 mars l'accord de libre-échange transpacifique, désormais nommé Partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP). Ces pays, avec le Canada et le Japon en tête, représentent ensemble 13% du produit intérieur brut (PIB) mondial. Avec les États-Unis, le bloc aurait pesé 40% du PIB mondial.
La signature de ce traité à Santiago envoie forcément un signal fort à Donald Trump qui vient de valider l'imposition des droits de douane à 25% sur les importations d'acier et de 10% sur celles d'aluminium.
Conçu à l'origine par Washington sous la présidence Obama en 2016, l'Accord de libre-échange transpacifique (TPP) était un moyen de freiner l'influence croissante de la Chine dans le commerce mondial. Il était ensuite devenu la bête noire de Donald Trump, qui s'était inquiété du danger pour "les travailleurs américains".
Ce nouvel accord reprend la quasi-totalité des dispositions du texte originel (soit 30 chapitres), sauf celles portant sur la propriété intellectuelle imposées par Washington (notamment dans le domaine pharmaceutique). Il prévoit d'éliminer les barrières douanières et des barrières non-tarifaires, comme la mise en place de normes communes dans plusieurs secteurs d'activité tels que le secteur industriel et agricole, entre ces onze pays qui représentent près de 500 millions de personnes. Une fois signé, l'accord entrera en vigueur 60 jours après sa ratification par au moins six des 11 pays.
Pour Ignacio Bartesaghi, professeur de la faculté de sciences de l'entreprise à l'Université catholique d'Uruguay, "c'est l'accord le plus moderne jamais signé au niveau mondial".
Washington n'a pas totalement exclu de réintégrer à l'avenir le TPP, le président américain posant comme condition d'obtenir un "meilleur accord", mais cette perspective est jugée peu probable à court terme par les autres membres.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Si Donald Trump a décidé d'exempter provisoirement le Canada et le Mexique des taxes sur l'acier et l'aluminium, il a conditionné cette décision à une renégociation "juste" d'un autre accord, celui sur le traité de libre-échange nord-américain (Aléna).
Dans ce contexte, on peut comprendre que le Mexique, pays signataire du CPTPP, cherche à multiplier les accords commerciaux, tant au niveau bilatéral que multilatéral, afin de s'émanciper des Etats-Unis. Car le pays destine, à l'heure actuelle, 80% de ses exportations aux États-Unis. Comme l'indique un article de RFI, grâce à ce traité commercial, "le Mexique va pouvoir trouver de nouveaux débouchés commerciaux dans les dix autres pays signataires. Ce qui lui permettra notamment d'approfondir son accès aux marchés agroalimentaires de ses partenaires asiatiques."
Le Premier ministre nippon Shinzo Abe assurait que "le TPP sans les Etats-Unis n'aurait pas de sens". Finalement, il été très actif pour faire aboutir ce nouvel accord transpacifique, comme le rappelle un article de Capital. L'archipel s'attend à une hausse de 1,5% de son PIB grâce à ce traité, qui va augmenter les débouchés des entreprises nippones dans les pays signataires, alors que la Chine et la Corée du Sud, les deux autres puissances économiques régionales, sont exclues de l'accord.
À lire également
Il permettrait aussi surtout au Japon d'avancer ses pions dans la région Asie-Pacifique, alors que la Chine multiplie les initiatives pour étendre son influence et négocie son propre accord commercial avec nombre de pays asiatiques.
Ludovic Subran, chef économiste chez l'assureur-crédit Euler Hermes, est toutefois dubitatif sur les retombées économiques du CPTPP.
(Avec AFP et Reuters)
latribune.fr