L'économie mondiale risque encore de s'essouffler selon l'OCDE

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L'OCDE a révisé ses prévisions de croissance pour l'économie mondiale à 3,2% pour 2019 contre 3,3% en mars dernier. Dans son dernier rapport, l'institution pointe une nouvelle fois les risques qui pèsent sur le commerce mondial, le coup de frein marqué en zone euro ou les vulnérabilités financières résultant d'une dette élevée et d'une détérioration de la qualité du crédit.

Tensions commerciales, essoufflement des grandes économies dans la zone euro, report du Brexit, fort ralentissement en Chine. Les signes d'affaiblissement de la croissance planétaire se multiplient. D'après le dernier rapport de l'organisation de coopération et de développement économique (OCDE) publié ce mardi 21 mai en marge du sommet annuel organisé par l'institution, le PIB mondial devrait atteindre 3,2% cette année et 3,4% en 2020 contre 3,5% en 2018 et 3,7% en 2017. L'organisme international a ainsi révisé à la baisse ses projections publiées au début du printemps. Les économistes prévoyaient alors que que le PIB devait passer de 3,6% en 2018 à 3,3% en 2019 et 3,4% en 2020.

"La croissance globale a ralenti brusquement l'année dernière, avec les fragilités observées à partir de la mi-2018, et se prolongeant durant le premier trimestre 2019 dans le contexte de tensions commerciales persistantes". Dans un éditorial, la cheffe économiste Laurence Boone explique que "le commerce et les investissements ont ralenti nettement, spécialement en Europe et en Asie. La confiance des consommateurs et des chefs d'entreprise ont manqué, tandis que la production manufacturière s'est contractée." Face à tous ces risques, l'OCDE lance un appel à un renforcement urgent de la coopération entre les Etats à l'heure où le multilatéralisme se délite.

Fort ralentissement en vue dans la zone euro

Dans le tableau communiqué par l'OCDE, l'un des plus forts ralentissements au niveau régional concerne celui de la zone euro. L'activité dans la zone monétaire passerait ainsi de 2,5% en 2017 à 1,8% en 2018 et 1,2% en 2019 avant de légèrement rebondir à partir de 2020 (1,4%).

"La croissance des salaires et les politiques macroéconomiques accommodantes, comprennent des assouplissements fiscaux, un soutien pour les dépenses des ménages, mais l'incertitude politique, comme la baisse de demande externe ou une confiance très basse sont susceptibles de peser sur l'investissement et la croissance du commerce".

En 2018, plusieurs grandes économies de la zone euro comme l'Allemagne ou l'Italie ont particulièrement souffert. Le moteur de l'industrie allemande a calé avec une nette baisse des exportations et un durcissement des normes antipollution. Le secteur de l'automobile a fini par plonger après avoir connu de grandes difficultés à la suite des différents scandales liés au Dieselgate. Pour la première économie du continent, l'OCDE prévoit une croissance de 0,7% en 2019 et 1,2% en 2020 contre 1,5% en 2018 et 2,5% en 2017.

En Italie, l'explosion de la dette privée et la faible croissance ont fini par secouer le modèle économique de la péninsule déjà ébranlé par un clivage Nord-Sud très pesant, une industrie en difficulté et un gouvernement divisé. L'économie italienne, qui a connu une récession en fin d'année 2018, se dirige vers une croissance nulle en 2019 et un PIB à 0,6% en 2020. "Les créations d'emplois léthargiques et la hausse du taux d'épargne des ménages vont freiner la consommation privée, tandis que la fragilisation de la demande extérieure et les tensions commerciales globales ont fait baisser les exportations."

> Lire aussi : Zone euro : des déséquilibres toujours persistants

L'économie française résiste

Autrement, les dernières prévisions du château de la Muette, siège de l'OCDE à Paris, signalent que l'économie tricolore résiste par rapport à ses voisins avec 1,3% cette année."Les conditions économiques globales devraient peser sur les exportations, mais la baisse de la fiscalité et l'impact des mesures d'urgence sociales ont relevé le revenu disponible des ménages et la consommation". Le taux de chômage devrait baisser autour de 8,5% au sens du bureau international du travail à la fin de l'année 2020, "tandis que l'inflation devrait se renforcer progressivement".

Ainsi, l'économie française devrait être boostée par la demande intérieure cette année contrairement à 2018. L'année dernière, "le calendrier fiscal a joué négativement sur la croissance qui a plombé les premiers mois de l'année. Les effets positifs attendus par ces mesures fiscales n'ont pas produit leurs effets avec la crise des 'gilets jaunes'. Il y a une forte hausse du pouvoir d'achat en fin d'année mais cela ne s'est pas traduit dans la consommation. En revanche, il y a eu une très forte hausse de l'épargne en fin d'année.  L'effet pétrole a pesé sur le pouvoir d'achat par l'inflation et la taxe carbone", expliquait à La Tribune il y a quelques jours l'économiste de l'observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) Mathieu Plane.

Pour 2019, le centre de recherches prévoit de son côté un PIB à 1,5%, soit une prévision légèrement plus optimiste que celle de l'OCDE. "On s'attend à un rebond du pouvoir d'achat des ménages très net soutenu par les mesures socio-fiscales, la prime exceptionnelle, un ralentissement de l'inflation. [...] On part d'un niveau d'épargne élevé. Les ménages ont reconstitué des capacités financières sur 2019. Si les incertitudes se lèvent, les ménages vont avoir des capacités pour consommer. Du côté des entreprises, l'épargne est historiquement élevée. A cela s'ajoutent les 20 milliards du CICE. Cela va contribuer à améliorer la trésorerie des entreprises", ajoute M.Plane.

> Lire aussi : L'économie française plus robuste que prévu en 2018

Craintes sur les risques d'une intensification de la guerre commerciale

Parmi les principaux risques évoqués par les experts de l'OCDE figure la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. "L'incertitude persistante au niveau des politiques commerciales reste une source significative de risque sur l'investissement global, les emplois ou les niveaux de vie. Des restrictions commerciales plus fortes peuvent réduire les niveaux de vie des consommateurs, en particulier les ménages ayant des revenus inférieurs, et ajouter des coûts de production pour les entreprises", expliquent les auteurs.

Les projections prennent en compte les hausses tarifaires imposées par les Etats-Unis et la Chine en 2018. En revanche, elles n'incorporent pas "les mesures additionnelles bilatérales annoncées ce mois de mai, ou leur possible future extension, étant donné les incertitudes qui pèsent sur les arrangements commerciaux entre la Chine et les Etats-Unis". Malgré cette bataille entre les deux puissances mondiales, la croissance des Etats-Unis se maintient à un rythme relativement élevé à 2,8% en 2019 contre 2,9% en 2018. En 2020, l'économie américaine devrait marquer le pas pour passer à 2,3%. Pour la Chine, le ralentissement semble bien se confirmer. Ainsi, l'activité du géant asiatique passerait de 6,8% en 2017, à 6,6% en 2018, 6,2% en 2019 et 6% en 2020.

Entre les deux géants planétaires, l'Union européenne paraît plus que jamais divisée à l'approche des élections européennes avec la montée des populismes et la prochaine sortie du Royaume-Uni. Ce lundi, la Chambre de commerce européenne en Chine a estimé que les entreprises européennes étaient "prises entre deux feux". D'après l'enquête réalisée par la chambre à laquelle 585 entreprises ont répondu, le conflit commercial arrive en tête des préoccupations des Européens en Chine (23%), après le ralentissement économique chinois (45%), celui de la croissance mondiale (27%) et la hausse du coût du travail dans le pays (23%).

Brexit : des risques anciens toujours persistants

Depuis les résultats du référendum pour le Brexit en juin 2016, les entreprises et les citoyens britanniques sont plongés dans le flou le plus total. Les multiples échecs de la première ministre Theresa May devant le parlement à faire voter un divorce avec accord entre le Royaume-Uni et l'Union européenne ont contribué à miner la vie politique outre-Manche.

"La possibilité qu'un accord de retrait soit trouvé avant la prochaine date butoir (fixée au 31 octobre) demeure un sérieux risque et à court terme une source d'incertitude" indiquent les experts de l'OCDE. Les projections actuelles du PIB britannique s'appuient sur le scénario d'un retrait avec accord, avec une période de transition pouvant aller jusqu'à fin 2020. Ainsi, l'organisme basé à Paris envisage une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 1,2% en 2019 et 1% en 2020 contre 1,8% en 2017 et 1,4% en 2018.

> Lire aussi : Brexit : tic-tac, tic-tac, les cinq points chauds à surveiller !

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Commentaires
a écrit le 21/05/2019 à 15:57 :
Les nipponais ont terminé leur mondialisation 30 ans avant nous, et depuis, ils stagnent. Faute de trouver une nouvelle expansion sur mars ou chez les klingons on essaye bien de s'inventer du crypto, du virtuel, mais ça a du mal a être pris en compte dans les chiffres officiels.
D'une théorie (de la croissance), vous avez fait un dogme et vous aviez tort, la croissance kuznetsienne que vous voulez est impossible a tenir sur le long terme. Toute votre econometrie repose sur l'experience d'une periode qui est tout a fait anormale dans l'histoire humaine et quand l'anormalité est la norme, il est normal que la réalité ne suive pas.
a écrit le 21/05/2019 à 12:05 :
c 'est peut être le moment de se poser les bonnes questions sur cette fameuse mondialisation grandement facilité par la financiarisation de l économie, mais qui peut être arrive en bout de course....
le climat, la biodiversité et les océans" plastique" devrait nous interroger sur notre frénésie du toujours plus dans tous les domaines..........;
cela a t il un sens de manger des tomates qui viennent de faire 1 500 km?
de voir venir des travailleurs bulgares en france qui sont la pour bouffer parceque chez eux c 'est devenu impossible....alors que nous avons 6 millions de chômeurs.....mais c 'est vrai qu un bulgare est un peu plus maléable qu un local
en 25 ans la bulgarie et la hongrie ont perdu 20% de leurs habitants.....
a écrit le 21/05/2019 à 11:37 :
S’essouffler est malheureusement un euphémisme. C'est une crise majeure qui point à l'horizon.

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