Le spectre d’un « rideau de fer » plane sur l’Arctique, un espace hautement stratégique
Paul Marion
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

La guerre en Ukraine redessine les rapports de force dans l'Arctique.
NASA
Paul Marion
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

La guerre en Ukraine redessine les rapports de force dans l'Arctique.
NASA
Sur le rivage septentrional de la Norvège, 20 tonnes de marchandises expédiées depuis la Russie ont été bloquées pendant plusieurs semaines au poste-frontière russo-norvégien de Storskog. Sa destination finale : une cité de mineurs russes à ravitailler sur le chapelet d'île du Svalbard en Arctique. De quoi provoquer le courroux de Moscou. Comme il l'a fait vis-à-vis de la Lituanie au sujet de l'enceinte de Kaliningrad, le ministère des Affaires étrangères russe a brandi la menace de « représailles » après ce qu'il considère être une « action inamicale ». Un temps inflexible en invoquant le strict respect des sanctions de l'UE contre la Russie pour justifier le blocage des marchandises, Oslo a fini par autoriser le transit du conteneur par un port sur sa côte arctique.
Bien que réglée, l'affaire traduit les relations désormais glaciales entre les puissances occidentales présentes autour de l'Arctique (Scandinavie et Amérique du Nord) et la Russie marginalisée dans le grand Nord depuis l'invasion de l'Ukraine. Par ricochet, la guerre entre la Russie et l'Ukraine est venue rompre l'architecture fragile de coopération construite dans les années 1990. Au plus fort des tensions Est-Ouest, l'Arctique était un point chaud de la Guerre froide, ultra-militarisé et équipé d'ogives nucléaires. Et puis la politique pacifique de Mikhaïl Gorbatchev qui appelait dès 1987 à ce que « l'Arctique, devienne une zone de paix » puis l'effondrement de l'URSS en 1991 avaient détendu les relations au nord du 66ème parallèle. Ce réchauffement diplomatique avait abouti à la création en 1996 du conseil de l'Arctique où se concertent les huit pays qui bordent la région (Canada, Etats-Unis, Danemark, Islande, Finlande, Suède, Norvège et Russie) et les populations autochtones qui l'habitent.
À lire également
Le dit conseil a suspendu sine die ses activités après que les chars russes aient violé la frontière ukrainienne. Avant de reprendre quelques semaines plus tard en écartant la Russie de ses projets. « Les institutions comme le conseil de l'Arctique ont été conçues en période de paix dans une logique de coopération a minima sur des sujets consensuels autour des peuples autochtones, des sujets climatiques et environnementaux. Rien n'est prévu en cas de boycott d'un Etat. Le risque est de voir un rideau de fer s'abattre entre d'un côté les sept Etats occidentaux qui veulent travailler ensemble et de l'autre la Russie », analyse Florian Vidal, chercheur associé à l'IFRI (Institut français des relations internationales). Ce spécialiste de la région y voit la fin de « l'exception arctique » des trente dernières années. Une parenthèse qui voulait que l'Arctique demeure comme l'espace une zone de coopération à l'abri des conflits qui secouent le reste du monde.
Paul Marion