Royaume-Uni : l'économie britannique stagne au premier trimestre

L'économie britannique n'est pas en récession avec 0,1% de croissance au premier trimestre 2023. En revanche, elle reste plombée par l'inflation et les mouvements sociaux en faveur de revalorisations salariales. L'économie du Royaume-Uni montre même des signes de faiblesse sur les trois premiers mois de l'année.
Le gouverneur de la Banque d'Angleterre Andrew Bailey tient une conférence de presse à Londres, jeudi 11 mai.
Le gouverneur de la Banque d'Angleterre Andrew Bailey tient une conférence de presse à Londres, jeudi 11 mai. (Crédits : Reuters)

Pas de récession pour l'instant. C'est le bilan que l'on peut tirer des résultats publiés ce vendredi par l'Office national des statistiques (ONS). L'institut statistique fait ainsi état d'une légère croissance du produit intérieur brut (PIB) britannique. Celui-ci a progressé de 0,1% au premier trimestre, après une hausse de 0,1% également au dernier trimestre 2022.

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Il ne faut pas pour autant crier victoire trop vite, pointe l'ONS. L'organisme précise que l'économie s'est contractée sur la fin du trimestre, de 0,3% pour le seul mois de mars après avoir stagné en février et progressé de 0,5% en janvier.

La croissance au premier trimestre « a été tirée par les secteurs de l'informatique et de la construction, mais l'économie a été ralentie par les grèves pour les salaires dans la santé, l'éducation et l'administration publique », précise sur Twitter Darren Morgan, directeur des statistiques économiques de l'ONS. Le pays connaît, en effet, depuis bientôt un an, des mouvements de grève à répétition réclamant des hausses de salaire.

Nouvelles grèves

« En mars, l'économie a subi d'une baisse d'activité dans le secteur des services, le commerce, la logistique, la distribution et la vente au détail », commente Darren Morgan.

« Une économie plus faible en mars souligne sa fragilité malgré une chute des prix de gros de l'énergie, l'amélioration des chaînes d'approvisionnement et de la confiance des consommateurs », analyse l'économiste de KPMG, Yael Selfin.

Ce vendredi et samedi, les cheminots britanniques - conducteurs, réparateurs et contrôleurs - sont de nouveau en grève. Objectif affiché, réclamer des hausses de salaires face à l'inflation qui dépasse 10% depuis des mois. Ils rejettent pour l'instant les propositions de revalorisation des compagnies, qu'ils jugent insuffisantes. Cette mobilisation illustre le mouvement social de fond qui secoue depuis des mois le Royaume-Uni, chez les infirmières, les ambulanciers, les agents publics et d'autres professions qui ont débrayé à de nombreuses reprises depuis l'automne.

Inflation durable

Plombée par une inflation qui s'accroche au-dessus de 10%, l'économie britannique était indiquée comme étant en récession cette année, après l'avoir frôlée fin 2022. Les dernières prévisions de la Banque d'Angleterre (BoE), publiées jeudi, affichent davantage d'optimisme. Encore loin de son niveau d'avant la crise du Covid-19, le PIB britannique était au premier trimestre inférieur de 0,5% à celui du quatrième trimestre 2019, juste avant la pandémie.

Le ministre britannique des Finances, Jeremy Hunt, a accueilli les chiffres trimestriels de la croissance comme une « bonne nouvelle », ce vendredi. Dans un communiqué, il dit vouloir se focaliser sur une politique fiscale « compétitive », résoudre les problèmes de main d'œuvre et de productivité qui pénalisent l'économie.

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Il n'est pas dit pour autant que l'économie britannique se redresse en avril, mai et juin. « Les grèves qui se poursuivent et le jour férié supplémentaire en mai » pour le couronnement du roi Charles III « devraient peser sur l'activité au deuxième trimestre, au point qu'une légère baisse est plausible », anticipe l'économiste du cabinet EY, Martin Beck. Celui-ci prévoit « que la reprise s'accélère au second semestre 2023 » avec la fin espérée des mouvements sociaux, un assouplissement budgétaire et la baisse de l'inflation qui « contribuera à rendre aux ménages du pouvoir d'achat ».

Face à l'inflation, la Banque d'Angleterre serre la vis

La Banque d'Angleterre (BoE) a relevé jeudi 11 mai ses taux pour la 12e réunion d'affilée. Elle les porte ainsi à un sommet depuis octobre 2008 et la crise financière, profitant de la résistance de l'économie pour poursuivre sa lutte contre l'inflation. « L'inflation reste trop élevée », même si elle doit commencer à « dégringoler assez rapidement, dès les données d'avril », a résumé Andrew Bailey, gouverneur de la BoE, lors d'une conférence de presse après l'annonce d'un relèvement du principal taux directeur de la BoE de 0,25 point de pourcentage à 4,5%.

Sans surprise, la BoE a emboîté le pas à la Réserve fédérale américaine et à la Banque centrale européenne, qui ont opté pour des hausses similaires la semaine précédente. Les grandes banques centrales tentent de contrer l'inflation qui persiste bien au-delà de leur objectif de 2% sans pour autant étouffer des économies qui commencent à chanceler. Le Royaume-Uni est le seul pays du G7 où elle dépasse encore 10%, malgré la plus longue série de hausses consécutives de l'histoire de la banque centrale.

La Banque anticipe un repli visible à partir des chiffres pour avril. Au Royaume-Uni, les prix du gaz et de l'électricité s'étaient envolés en avril 2022, quelques mois après le début de la guerre en Ukraine, provoquant une montée de l'inflation qui disparaîtra de la comparaison annuelle. Par ailleurs, « les hausses de taux depuis décembre 2021 devraient avoir un effet plus marqué dans les trimestres à venir », juge la BoE. Environ 1,3 million de ménages ayant emprunté pour acheter vont voir les taux de ces emprunts révisés à la hausse d'ici à la fin de l'année, estime par exemple la BoE dans son rapport de politique monétaire.

Les économistes de la BoE jugent que la promesse du gouvernement de diviser l'inflation par deux avant la fin de l'année sera tenue. En revanche, ils ont relevé leurs projections pour ces indicateurs, notamment en raison de prix de l'alimentaire plus élevés que prévu. L'inflation devrait selon eux finir à 5% en 2023, avant de reculer à 2,25% en 2024 puis à 1% en 2025. Certains analystes estiment que la BoE va encore devoir remonter ses taux pour la faire plier.

(Avec AFP)

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