Trump et le climat au menu du premier G7 d’Emmanuel Macron

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Donald Trump prendra sa décision sur l'Accord de Paris à l'issue du G7 des 26 et 27 mai.
Donald Trump prendra sa décision sur l'Accord de Paris à l'issue du G7 des 26 et 27 mai. (Crédits : YURI GRIPAS)
Le président américain doit prendre la décision de sortir ou non de l'Accord de Paris à l'issue du sommet qui se tient les 26 et 27 mai en Italie. L'Elysée y reconnaît un enjeu majeur et que le sujet semble être "le plus compliqué".

Initialement prévue le 9 mai dernier, une réunion des conseillers de l'administration américaine, censée trancher la question pour les Etats-Unis de rester ou de quitter l'Accord de Paris, avait été reportée sine die. Depuis, Donald Trump a précisé qu'il prendrait cette décision à son retour du G7, qui se tient les 26 et 27 mai à Taormina (Italie).

Les ONG, les Etats engagés dans la lutte contre le réchauffement, et toutes les parties prenantes concernées, tentent de mettre ce sursis à profit afin de convaincre le président américain de rester dans l'Accord adopté à Paris en décembre 2015 et qui vise à contenir la hausse des températures sous la barre des 2°C.

Trump, qui avait annoncé en tant que candidat sa volonté de sortir de l'Accord, semble plus hésitant depuis son élection. Sa fille Ivanka et son gendre Jared Kushner, ainsi que le secrétaire d'État Rex Tillerson, plaident pour un maintien des États-Unis dans l'accord, tandis que le nouveau président de l'Agence de protection de l'environnement (EPA), le climato-sceptique Scott Pruitt, demande le retrait.

Villes, états, entreprises et investisseurs unis contre Trump

Sur le plan domestique, le président américain a commencé à démanteler les mesures pro-climat instaurées par Obama, notamment en abrogeant le Clean power plan qui imposait aux centrales électriques de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 et en signant des décrets en faveur des énergies fossiles.

Face à ces retours en arrière, plusieurs Etats et villes (dont le rôle dans la lutte contre le changement climatique est de plus en plus reconnu), au premier rang desquels New York et la Californie, ont ré-affirmé leurs ambitions en la matière. Ce front pro-climat dressé contre l'administration Trump a également rallié des entreprises et des investisseurs. 217 d'entre eux, représentant 15.000 milliards d'actifs sous gestion, ont ainsi appelé les Etats à élaborer des feuilles de route compatibles avec l'objectif de l'Accord de Paris.

Coupes claires dans les budgets des organismes internationaux

Plus inquiétant encore sur le plan symbolique et pour l'avenir de la lutte contre le changement climatique, les Etats-Unis ont commencé à opérer des coupes claires dans leurs contributions aux budgets de l'ONU dédiés au climat. Ils ont également indiqué qu'ils ne verseraient pas au Fonds vert les montants promis par Obama afin d'accompagner les pays émergents dans leur transition écologique. Au total, c'est de 1,6 milliard que Trump a décidé d'amputer la contribution américaine aux énergies renouvelables et au climat.

S'ils n'avaient envoyé cette année à Bonn (du 8 au 19 mai) pour la session annuelle de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC)
qu'une équipe restreinte, au moins les Etats-Unis n'ont-ils pas joué l'obstruction. Les autres Etats ont poursuivi leurs travaux conformément à la feuille de route, indépendamment de la décision américaine. "Le maître mot, c'était: 'Quoi qu'il arrive, on travaille, on avance'", avait ainsi résumé Lucile Dufour, responsable des négociations internationales au Réseau action climat.

Leadership chinois

Dans ce contexte, la Chine, qui avait été avec les Etats-Unis un des artisans de l'Accord de Paris, ne manque pas une occasion de manifester son engagement. Depuis l'élection de Trump, nombre d'observateurs s'attendent à ce que les Chinois, déjà champions des énergies renouvelables et autres cleantech, s'emparent du leadership diplomatique en matière de climat. Ainsi, lors d'une conversation avec Emmanuel Macron, Xi Jinping aurait fait part de sa volonté de "défendre" avec la France "les acquis de la gouvernance mondiale, dont l'accord de Paris sur le climat".

Par ailleurs, selon une information twittée par la ministre canadienne de l'Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna ce 24 mai, son pays participera en septembre avec la Chine et l'Union européenne à une rencontre ministérielle sur le sujet.

Pression sur le président français

C'est une lourde responsabilité qui pèse sur les épaules du nouveau président français, dont ce sera le premier sommet international. Nouveau venu encore tout auréolé de sa victoire à l'élection présidentielle, de l'Accord de Paris porté au crédit de la diplomatie française, de la loi de transition énergétique tricotée par Ségolène Royal, qualifié par le président du conseil Constitutionnel Laurent Fabius (ancien président de la COP21) «d'homme de notre temps» dans une référence littéraire à Chateaubriand...Sur le papier, Emmanuel Macron coche toutes les cases pour se poser en défenseur de ces acquis face au président américain.

Les ONG ne s'y sont pas trompées, en se rendant à l'Elysée ce 24 mai afin de sensibiliser ses équipes au rôle essentiel qu'il pourrait jouer dans le dispositif, et de rappeler dans une lettre adressée à Emmanuel Macron les sujets sur lesquels elles lui demandent de se montrer exemplaire dans ce contexte particulier (essentiellement de mettre un terme aux projets incluant des énergies fossiles). "Nous attendons de la France et d'Emmanuel Macron du volontarisme, de la fermeté et de la solidarité",ont-elles martelé lors d'une conférence de presse.

De son côté, l'Elysée a reconnu que le sujet du climat "sera le plus compliqué" lors du G7 ce vendredi et "risque d'empêcher d'aboutir à un communiqué final commun".

Les deux présidents devraient déjà aborder le sujet lors de leur rencontre, prévue le 25 mai, en marge de l'OTAN.

Prudence de mise à l'Elysée

L'Elysée a évoqué plusieurs options possibles pour la présidence italienne du  G7: soit deux textes séparés, soit un texte commun mais qui ne mentionnerait le climat que très légèrement, ce qui serait une déception... "Cette situation est inédite car généralement les sherpas se mettent d'accord à l'avance sur un texte final, a souligné l'Elysée. Là, les négociateurs vont probablement encore discuter dans la nuit de vendredi à samedi sur le communiqué annoncé samedi" .

Tout en affirmant que "l'enjeu est d'être le plus ambitieux possible sur la mise en oeuvre des accords de Paris", les équipes se montrent prudentes:

"Et, en même temps, nous ne souhaitons pas que les Etats-Unis sortent de ces accords. Ce serait une très mauvaise nouvelle avec aussi un probable effet d'entraînement sur d'autres."

En d'autres termes, Emmanuel Macron va devoir mobiliser toute l'agilité politique dont il a fait preuve ces derniers temps pour manœuvrer sur une voie plus étroite que jamais. Un premier test aussi pour son ministre à l'Environnement Nicolas Hulot, désigné "personnalité politique préférée des Français" et familier des négociations climatiques, qui a participé en début de semaine à Berlin au Dialogue de Petersberg, des rencontres ministérielles sur le climat créées il y a huit ans à l'initiative d'Angela Merkel

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Commentaires
a écrit le 26/05/2017 à 10:00 :
Quelqu'un pourrait il me dire pourquoi les Français refusent ils d'appliquer cette note n°6 du CAE? Que font ceux qui sont favorables à cette note qui permettrait en plus de protéger le climat et de réduire le chomage.
a écrit le 25/05/2017 à 7:41 :
Il faut mettre une taxe sur l'énergie pour protéger le climat. Il faut réduire le cout du travail pour réduire le chomage et retrouver de la croissance. Il faut réduire le cout du travail en utilisant cette taxe sur l'énergie, à niveau constant. Cela correspond à appliquer la note n°6 du CAE, avec une allocation universelle pour respecter l'équité. C'est la seule solution.

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