Catalogne  : de nouvelles élections, pour quoi faire  ?

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Artur Mas ne sera pas investi président de la Catalogne. Il peut provoquer désormais de nouvelles élections.
Artur Mas ne sera pas investi président de la Catalogne. Il peut provoquer désormais de nouvelles élections. (Crédits : Reuters)
Après l'échec de l'investiture du président indépendantiste Artur Mas, la perspective de nouvelles élections en Catalogne se précise. Mais ces élections, qui auraient sans doute lieu en mars, parviendront-elles à simplifier la situation? Rien n'est moins sûr.

La perspective de nouvelles élections en Catalogne semble désormais se dessiner. La décision du conseil politique du parti indépendantiste de gauche radicale, la CUP, dimanche 3 janvier, de rejeter une  dernière fois - et par trois voix - l'appui à Artur Mas laisse en effet peu d'options. Artur Mas, président de la Generalitat, le gouvernement catalan, ne disposera donc pas de l'appui des 10 députés de la CUP en cas de nouveau vote d'investiture. Or, il était le candidat présenté par la coalition Junts Pel Sí (Ensemble pour le Oui), qui regroupait les indépendantistes de centre-droit (CDC) et de centre-gauche (ERC). Si aucun président n'est élu le samedi 9 janvier, le parlement catalan sera automatiquement dissous. Et de nouvelles élections convoquées, sans doute pour le 6 mars prochain.

Comment éviter une élection ?

Certes, il demeure une infime chance d'éviter ce scénario : que Junts Pel Sí décide, avant samedi 9 janvier, de présenter un nouveau candidat à la présidence. Ce lundi 4 janvier au matin, la députée catalane de la CUP, Anna Gabriel, a indiqué que les élus de son parti voteraient « unanimement » pour Oriol Junqueras, le président des Républicains de la Gauche catalane (ERC), parti membre de la coalition Junts Pel Sí. Mais la CUP avait aussi laissé entendre par le passé qu'elle était même prête à soutenir un candidat CDC, le parti d'Artur Mas. Certains responsables indépendantistes, comme l'élu au parlement espagnol d'ERC, Joan Tardà, ont invité Artur Mas à se retirer pour permettre au processus indépendantiste de reprendre. Le président sortant donnera ce mardi 5 janvier une conférence de presse qui permettra d'y voir plus clair, mais il y a fort à parier qu'il ne cède pas à la CUP. SOn parti a déjà fait savoir qu'il n'accepterait aucun autre candidat. Du reste, le bureau du parlement catalan n'a pas convoqué de nouvelle séance d'investiture ce lundi.

Le jeu à quatre bandes de la Catalogne

L'élection de mars semble donc une perspective de plus en plus probable. Mais permettra-t-elle d'apporter une solution ? Rien n'est moins sûr. En réalité, le processus d'indépendance hante la politique catalane et rend difficilement gouvernable la communauté autonome espagnole pour deux raisons : elle place une fracture indépassable entre les pro- et les anti-indépendance, tandis qu'au sein des deux camps, les fractures traditionnelles droite-gauche rendent la constitution d'une majorité pratiquement impossible. De fait, cette double fracture conduit à une impossibilité de constituer un gouvernement, et la décision de la CUP l'a prouvé en montrant que cette formation de gauche radicale ne pouvait dépasser son aversion pour Artur Mas, étiqueté comme représentant de la politique d'austérité et de la corruption du centre-droit catalan.

Junts Pel Sí renouvelée ?

La clé première des futures élections sera de connaître l'organisation du camp indépendantiste. La coalition Junts Pel Sí sera-t-elle reconduite ? Les associations indépendantistes Omnium et ANC - qui avaient participé à cette liste - se sont immédiatement dits favorables à cette reconduction. La CDC d'Artur Mas semble aussi le vouloir. L'avantage sera de pouvoir faire des élections du 6 mars 2016 comme de celles du 27 septembre 2015 des élections « plébiscitaires » pour ou contre l'indépendance, avec, cependant, cette fois, une force nouvelle. Junts Pel Sí pourra en effet tenter de discréditer la CUP en l'accusant d'avoir sabordé le processus indépendantiste. Dès lors, cette liste pourrait espérer faire le plein du vote indépendantiste et, compte tenu du système électoral catalan, espérer acquérir une majorité parlementaire.

Pourquoi ERC hésite

Mais il n'est pas sûr qu'ERC renouvelle cette expérience. ERC et CDC ont longtemps été les pires ennemis, le premier étant jusqu'en 2012 le seul parti indépendantiste de Catalogne. En juillet 2015, les républicains ont accepté de faire liste commune avec Artur Mas dans une optique « plébiscitaire » : obtenir une majorité pour l'indépendance. Or, la liste unique n'a pas réussi son pari et n'a obtenu que 62 sièges sur 135. Elle a donc dû dépendre du bon vouloir de la CUP. ERC a trois bonne raisons de ne pas renouveler l'expérience Junts Pel Sí.

ERC n'a pas profité de l'alliance

D'abord, ses cadres sont persuadés que deux listes mobiliseront davantage de voix qu'une seule en permettant aux électeurs rebutés par une alliance perçue par certains comme « contre-nature. » Cette analyse n'est pas encore réellement confirmée par les faits, mais elle repose notamment sur le fait qu'ERC et CDC avaient fait mieux en 2012 avec deux listes qu'en 2015 avec une liste unique (71 sièges en 2012, contre 62 en 2015). En termes de rapport coût-bénéfices pour ERC, le soutien à Artur Mas et la mise sous le boisseau de son identité propre n'a donc pas apporté de résultats suffisamment probants. Accepter une nouvelle alliance ne sera donc pas une évidence pour la gauche républicaine.

Porter Oriol Junqueras à la présidence

La deuxième raison est que se présenter isolément peut permettre à ERC, lors du scrutin, de devancer la CDC et de prendre le leadership du camp indépendantiste. Dans ce cas, ERC sera en mesure d'imposer non seulement son programme sur le processus indépendantiste et la future constitution catalane -si elle voit le jour-, mais aussi d'imposer son président, Oriol Junqueras, à la tête de la Catalogne. Ces espoirs ne sont pas infondés : les élections générales espagnoles du 20 décembre ont été marquées par une cinglante défaite pour la CDC et Artur Mas. Pour la première fois, ERC a devancé le centre-droit indépendantiste. Pourquoi, dans ces conditions, entrer dans une alliance où ERC apparaît comme le partenaire « junior » et soutient un Artur Mas clairement en difficulté ? D'autant qu'ERC dispose d'un atout de campagne : elle s'est montrée fidèle à Artur Mas et a cherché à rapprocher CUP et CDC. Elle peut donc se vanter d'une parfaite fidélité au processus indépendantiste. Et partant, d'incarner au mieux le choix indépendantiste.

ERC, seule capable d'unir les indépendantistes ?

Ceci amène une troisième raison qui pourrait décider du divorce au sein de Junts Pel Sí : la capacité de rassemblement. Les déclarations d'Anna Gabriel citant Oriol Junqueras, ce lundi 4 janvier doit en effet peut-être être comprise comme une préparation de l'après-mars. Si ERC arrive en tête du camp sécessionniste, Oriol Junqueras n'aura aucune difficulté à obtenir le feu vert de la CUP. Autrement dit : seul le leader d'ERC est en mesure de réaliser ce qu'Artur Mas n'est pas parvenu à faire : l'unité du camp indépendantiste. Ce peut être, pour ERC, une raison de demander la direction de Junts Pel Sí ou, en cas de refus, d'aller seule aux élections.

La CUP sanctionnée ?

Reste à savoir si les électeurs délaisseront, après ces trois mois de mélodrame du camp indépendantiste, le camp de la sécession. Ce dernier avait, le 27 septembre, obtenu 47,8 % des voix. Y aura-t-il une simple clarification interne à ce camp ou son affaiblissement général ?

Une des clés, outre l'avenir de Junts Pel Sí, sera le score de la CUP. La formation de gauche radicale est apparue très divisée sur la question de l'investiture d'Artur Mas. Un de ses députés, Antonio Baños, a annoncé sa démission suite à la décision du parti "pour raisons politiques." Comment réagiront les électeurs ? La CUP a joué la carte de la démocratie interne et de cohérence : investir Artur Mas aurait ouvert la voie à une Catalogne, certes indépendante, mais marquée par les « erreurs » du passé. Sauf que le prix de cette cohérence a été un blocage institutionnel, plusieurs mois de perdu et une déclaration sécessionniste qui est restée lettre morte. Et l'on voit que, ce prix a été jugé élevé, y compris par certains de ses dirigeants.

La CUP est, du reste, ce lundi sous le feu des critiques de l'essentiel de la presse indépendantiste qui l'accuse de mettre en danger le « processus » vers l'indépendance. Les électeurs pourraient alors être tentés de sanctionner cette formation. Mais Junts Pel Sí en profitera-t-il ? Pas sûr. En revanche, une liste ERC pourrait attirer des déçus de la CUP.

Podemos ou Ciudadanos ?

Reste enfin une inconnue : le rapport de force au sein du camp unioniste, notamment entre Ciudadanos, opposé fondamentalement à l'indépendance et à tout référendum d'autodétermination, et l'alliance de gauche centrée sur Podemos, favorable au « droite à décider » et à un référendum. Aux élections du 20 décembre, l'alliance dirigée par Podemos est arrivée en tête en Catalogne et à remporter les régions les moins indépendantistes (agglomérations de Barcelone et Tarragone), des régions où Ciudadanos avait été en tête le 27 septembre, lors des élections catalanes. Mais entretemps, Podemos avait réussi à rallier les proches de la maire de Barcelone Ada Colau, restée assez discrète le 27 septembre et qui, sans se prononcer ouvertement, est assez favorable à l'indépendance catalane. Si Ada Colau se lance dans la campagne régionale, Podemos peut renouveler le succès du 20 décembre. Et dans ce cas, la perspective d'un référendum peut permettre de rallier une partie de l'électorat catalaniste de gauche, y compris de la CUP.

Une majorité avec Podemos ?

Ce rapport de force entre Ciudadanos et Podemos est important, car le camp unioniste est profondément divisé : ces deux partis sont incapables de gouverner ensemble et les partis franchement unionistes (Ciudadanos, Parti populaire et socialistes du PSC) ont peu de chance d'obtenir la majorité. On risque donc de se retrouver avec une Catalogne ingouvernable à l'issue des élections une nouvelle fois, puisqu'il n'existe pas de vraie alternative politique à la majorité indépendantiste.

A moins que Podemos ne soit assez fort pour imposer aux indépendantistes - s'ils n'ont pas la majorité - une alliance sur la base d'un référendum. Mais il existe un obstacle majeur à cela : Podemos et ses alliés rejettent la déclaration votée en novembre par le parlement qui prévoit la désobéissance à Madrid. Or, le référendum sur l'indépendance est illégal en Espagne. Il est donc impossible sans désobéissance. Les indépendantistes risquent donc de refuser une telle alliance. Podemos avait souffert le 27 septembre de leur ambiguïté sur la question de l'indépendance. Même s'il en souffre moins en mars, le problème restera le même : Podemos semble indécis sur son comportement post-électoral en Catalogne.

Le facteur espagnol

Reste un dernier élément : l'évolution politique en Espagne même. On le sait, les élections du 20 décembre ont rendu le pays également ingouvernable et il est possible que, comme en Catalogne, on se dirige vers de nouvelles élections. Si ce scénario se précise, il risque d'apporter de la confusion supplémentaire en Catalogne puisque l'attitude de Madrid ne sera pas connue. Ceci pourrait jouer en faveur d'une majorité indépendantiste claire.

Si on voit se dessiner à Madrid une majorité constituée du Parti Populaire et de Ciudadanos avec l'appui du PSOE socialiste, scénario souhaitée par la droite du PSOE et la présidente andalouse Susana Díaz, il s'agira d'un défi à l'indépendantisme catalan. Comment les Catalans réagiront-ils alors ? Ce durcissement entraînera-t-il le relèvement du défi et donc une réaction pro-indépendantiste ou, au contraire, une crainte qui favoriserait le camp unioniste ?

Enfin, le scénario le moins probable aujourd'hui, serait celui d'une majorité espagnole favorable au référendum catalan avec le PSOE, Podemos, ERC et CDC. Dans ce cas, ce serait le prélude à une alliance du même type en Catalogne et ce pourrait être favorable à Podemos. Mais le PSOE refuse pour le moment cette alliance, restant fidèle à son unionisme.

Plus de complexité encore ?

On le voit, les élections de mars ne seront pas nécessairement une solution à l'ingouvernabilité catalane. On risque de se retrouver sans majorité, tant du côté indépendantiste qu'unioniste, avec Podemos en arbitre, mais manquant de détermination sur l'avenir de la Catalogne. La situation pourrait donc être encore plus complexe qu'aujourd'hui.

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a écrit le 05/01/2016 à 13:58 :
Romaric Godin embauche Ada Colau dans le camp nationaliste. "sans se prononcer ouvertement Ada Colau est assez favorable à l'indépendance".
Une question; Vous tenez ça d'où M.Godin? Dans les publications nationalistes dans lesquels vous puisez votre inspiration, les internautes nationalistes on traitée Ada Colau et Iglesias de tous les noms d'oiseaux (vous pouvez vérifier), précisément parce qu'elle ne s'est pas engagé, et qu'elle a fait en sorte que Barcelone n'adhère pas à lasso des mairies indépendantistes de Catalogne. Elle est allé à Madrid en meeting soutenir Iglesias, et souhaiter que Madrid redevienne pour les catalans la capitale de l'Espagne. (ambiance dans le camp nationaliste) Mais vous en nationaliste convaincu vous faites pencher son refus de se retrouver avec ceux que vous appelez les "unionistes" à une adhésion à vos rêves de frontières.

Podemos a fait ses meilleurs scores dans la ceinture industrielle de Barcelone, et c'est précisément dans ces secteurs (81% du PIB de Catalogne) que Ciutadan's avait fait ses meilleurs scores lors des régionales. Il ne faut pas être un grand expert en politique pour comprendre, que ces électeurs traditionnellement à gauche, face à la dérive identitaire on préféré Ciutadan's, pour sa clarté par rapport au nationalisme. Maintenant que la menace de dérive identitaire s'estompe, cet électorat reprends ses marques, et les anciens bastions, dans les années soixante des commissions ouvrières , du PSUC pendant la transition, puis jusqu'à il y a peu du PSC. Vont devenir des bastions de Podemos, pour autant que Ada Colau et Iglesias ne jouent pas avec les thèmes identitaires, ou le racisme anti-hispanique
Pour le reste un mouvement qui avec une majorité aussi étriquée construite sur des d'arguments du genre que ceux qui ne se sont pas prononcés ouvertement contre nous sont avec nous, et qui se retrouve majoritaire du fait du système électoral qui favorise les campagnes, donc les conservateurs, et donc en Catalogne les nationalistes, n'a de mon point de vue aucune légitimité pour poser de nouvelles frontières en Europe.
Si vous trouvez un responsable politique européen qui vous prenne au sérieux, prévenez nous. (vous n'y manquerez pas)
a écrit le 04/01/2016 à 20:37 :
1) il n'existe en Catalogne aucune majorité qualifiée qui aurait la légitimité pour engager un processus aussi lourd de conséquences que l'indépendance.
2) en cas d'absence de majorité après les nouvelles élections, il faudra tirer les conséquences de l'incapacité catalane à se doter d'un exécutif et suspendre sine die l'autonomie de la Catalogne.Puis sans doute doter la Catalogne d'un mode de scrutin majoritaire.
3) il faut aussi constater que la véritable cause du chaos politique tant au niveau régional que national est l'irruption de Podemos, parti avec lequel, tout comme avec le FN, il est inenvisageable de gouverner et donc mettre en place un mode de scrutin qui supprime la capacité de nuisance de ce parti.
Réponse de le 05/01/2016 à 9:24 :
3) il faut aussi constater que la véritable cause du chaos politique tant au niveau régional que national est l'irruption de Podemos, parti avec lequel, tout comme avec le FN, il est inenvisageable de gouverner et donc mettre en place un mode de scrutin qui supprime la capacité de nuisance de ce parti.

je ne sais pas ce quoi le pire si comparer Podemos avec le FN ou mettre en place un mode de scrutin pour supprime la capacité de un peuple a ce exprimé

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