Catalogne : les indépendantistes auraient la majorité en sièges, pas en voix

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Les indépendantistes auront une majorité parlementaire, à défaut de majorité en voix
Les indépendantistes auront une majorité parlementaire, à défaut de majorité en voix (Crédits : Reuters)
Les deux listes indépendantistes obtiendraient une nette majorité absolue des sièges. En revanche, elles n'obtiendraient pas la majorité des voix.

Les deux listes indépendantistes de Catalogne disposeraient d'une confortable majorité parlementaire. Selon un sondage sortie des urnes publié par la chaîne de télévision catalane TV3, la liste commune favorable à l'indépendance, Junts pel Sí, obtiendrait entre 63 et 66 des 135 sièges du parlement catalan. Avec l'autre liste indépendantiste, celle du parti de gauche CUP qui obtiendrait entre 11 et 13 sièges, les députés favorables à l'indépendance seraient donc entre 74 et 79 au prochain parlement. Autrement dit, la majorité absolue de 68 sièges serait largement dépassée.

En revanche, cette alliance n'obtiendrait pas la majorité des voix. Elle la raterait, il est vrai, de peu avec 49,8 % des suffrages exprimés. Mais l'écart est faible et il faudra attendre la fin de la soirée pour avoir la confirmation de ce fait important, puisque ces élections se voulaient « plébiscitaires », donc remplaçant un référendum sur l'indépendance que Madrid a toujours refusé. La participation à ce scrutin a atteint un niveau record.

Ce qui pourrait se passer

Si le scénario actuel se confirme, la majorité parlementaire pro-indépendance pourrait, sans doute, lancer malgré tout le processus de séparation avec l'Espagne. Comme l'indiquait à La Tribune vendredi le député de la CUP Joaquim Arrufat, à ce niveau, l'absence de majorité de voix avec un faible écart n'est pas une raison suffisante pour la majorité parlementaire de ne pas lancer le processus. En revanche, il ne semble pas possible, comme le voulait la CUP, de proclamer dès lundi une « déclaration unilatérale d'indépendance. » C'est donc sans doute la feuille de route de Junts pel Sí qui va s'imposer et celle-ci suppose, dès la réunion du nouveau parlement, l'envoi d'un message aux autorités espagnoles pour leur annoncer le lancement d'un processus d'indépendance.

Le processus lancé

Ce processus pourra durer 18 mois et il est prévu de mettre en place des « structures d'Etat » et d'engager des négociations avec Madrid dans les prochaines semaines afin de convenir des modalités du divorce, notamment en termes de transferts fiscaux et de dette publique. A la fin du processus, un référendum devra se tenir pour sanctionner par le vote populaire l'indépendance, ou la rejeter. Mais à Madrid, ce vote catalan risque d'être fort mal perçu. Mariano Rajoy, le président du gouvernement espagnol, a prévenu qu'il n'acceptera pas l'indépendance de la Catalogne. Il ne devrait donc pas y avoir de négociations avec l'Espagne. Pire même, si le nouveau gouvernement de Barcelone prend des mesures sanctionnées par le Tribunal constitutionnel espagnol, Madrid pourrait exercer l'article 155 de la constitution qui l'autorise à suspendre l'autonomie de la Catalogne. L'article 2 de la constitution espagnole refuse toute indépendance d'une partie du territoire national.

Glissement à gauche

Sur le plan des résultats, on remarque un net glissement à gauche du camp indépendantiste. L'alliance Junts Pel Sí fait un score moins élevé que l'alliance entre la CiU et l'ERC (71 sièges en 2012), même si la CiU a entretemps éclaté et que les démocrates-chrétienne et ses 8 députés ont rejoint le camp unioniste . Au final, la majorité des sièges est bien apportée par la CUP qui est la vraie sensation de la soirée, comme Joaquim Arrufat le pressentait vendredi. Avec un score de 11 à 13 sièges, ce parti de gauche radicale indépendantiste fait mieux que ce que prédisaient les sondages et même dépasse le PP de Mariano Rajoy, donné entre 9 et 11 sièges, qui avait pourtant convoqué Nicolas Sarkozy vendredi pour son dernier meeting. La CUP a, sans doute, profité de l'affaiblissement de la gauche unioniste. Les Socialistes du PSC n'auraient que 16 à 18 sièges (20 jusqu'ici), et l'alliance Podemos-Gauche Unie entre 12 et 14 sièges (13 pour la Gauche Unie jusqu'ici).

Une majorité indépendantiste solide

La majorité indépendantiste sera donc aussi une majorité de gauche. La CUP a promis de ne pas freiner ou faire dérailler le processus de séparation avec l'Espagne, même si elle n'a pas la même feuille de route que Junts Pel Sí. Ceci n'ira cependant pas sans poser de problèmes, car la CUP ne veut pas voter pour Artur Mas, qui veut, lui, reprendre son poste de président de la Generalitat, le gouvernement catalan. Mais face à Madrid, la CUP fera sans doute bloc avec les autres indépendantistes.

Succès de Ciudadanos

Du côté des unionistes, la seule formation en forte progression est Ciudadanos (C's), le parti des citoyens. Cette formation est hostile à l'indépendance, mais rejette aussi l'exercice du pouvoir du PP. Elle a séduit les électeurs opposés au divorce avec Madrid et passe de 7 à une vingtaine de sièges (19-21 selon TV3). Avec ce score, C's pourrait devenir le parti porte-parole des unionistes dans le processus qui s'engage et se prévaloir de la "majorité silencieuse." Mais il devra aussi prendre garde de ne pas s'identifier avec la position très fermée au dialogue de Mariano Rajoy.

Que fera l'Europe ?

La route vers l'indépendance de la Catalogne est donc bel et bien ouverte ce soir. Ce qui ne signifie pas que cette route mènera à l'indépendance. Une des questions principales sera désormais la position européenne face à ce vote catalan. Jusqu'ici, l'UE a joué la carte de la peur en menaçant les Catalans d'une sortie de l'UE en cas d'indépendance. L'heure des menaces est passée, celle du dialogue peut commencer. Mais il ne sera pas simple. L'Espagne fera tout pour bloquer le processus et sera tenté de s'appuyer sur l'Europe pour faire plier la volonté de sécession de la Catalogne. L'UE sera-t-elle capable de trouver une issue à cette nouvelle crise qui s'ouvre en son sein ?

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Commentaires
a écrit le 27/09/2015 à 23:33 :
On ne peut qu'apprécier l'ironie de la chose. L'europe a longtemps cherché à affaiblir les Etats-nations au profit d'une europe des régions, ce qui a encouragé ces mouvements. Toutefois la dernière crise économique et tous les éléments qui en découle aujourd'hui ont rappelé à l'UE qu'elle a besoin des Etats pour survivre. Voilà donc les pontes européens entrain de devenir le pire ennemi d'un fléau qu'ils ont eux-mêmes contribué à créer. Encore une belle leçon d'intelligence de nos élites...
a écrit le 27/09/2015 à 21:59 :
Sans oublier que les indépendantistes ont contre eux en Europe:
1. Les Etats menacés par une sécession: Espagne, Italie, Royaume Uni, Belgique....
2. Le reste des autres Etats et Bruxelles qui ne veulent pas d'une nouvelle crise en Europe, source d'incertitudes, après la crise de la dette, celle des migrants...
Donc il y a un paquet de monde en Europe qui disent qui voient ce processus comme un caprice régionaliste.

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