Dans l'impasse sur le Brexit, Theresa May joue la carte du second référendum

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(Crédits : Reuters)
Theresa May a présenté mardi un nouveau compromis pour tenter de sortir de l'impasse sur le Brexit, offrant des concessions à l'opposition dont la possibilité d'un second référendum sur la sortie de l'Union européenne. Elle espère ainsi faire enfin ratifier l'accord qu'elle a conclu en novembre dernier avec Bruxelles, et que les députés ont rejeté par trois fois. Mais ses chances paraissent minces.

[Article publié le 22.05.2019 à 9h33, mis à jour à 12h46]

À deux jours d'une claque électorale annoncée aux élections européennes, Theresa May abat sa dernière carte. S'exprimant au siège du cabinet d'audit PricewaterhouseCooopers, la Première ministre britannique a demandé mardi aux députés de voter en faveur du projet de loi sur le retrait destiné à ratifier le divorce avec l'Union européenne (le Withdrawal Agreement Bill), leur assurant qu'ils pourraient ensuite l'amender en organisant un second référendum.

« Je reconnais la force sincère et authentique du sentiment de la Chambre sur cette question importante... (...) Le gouvernement intégrera donc en préambule du Withdrawal Agreement Bill l'obligation de voter sur la tenue ou non d'un second référendum. Cela doit avoir lieu avant que l'Accord de retrait soit ratifié », a-t-elle expliqué.

Pour tenter de rallier le maximum de députés en faveur de son nouveau plan, elle a également fait miroiter des arrangements douaniers avec l'Union européenne proches des souhaits du Labour, l'opposition travailliste avec laquelle elle a discuté jusqu'à la mi-mai, pendant un mois et demi, en vain.

Mais ses chances de le voir ratifier sont minces : de nombreux élus ont durci leur position et ont déjà annoncé qu'ils voteraient contre ce texte qu'elle soumettra aux Communes dans la semaine du 3 juin.

Les travaillistes fustigent (déjà) un "nouvel emballage"

Theresa May le sait : elle a besoin aujourd'hui d'un apport de voix travaillistes pour obtenir au Parlement une majorité favorable au projet de retrait. Mais en concédant trop au Labour, elle prend aussi le risque de se mettre à dos les conservateurs qui s'étaient ralliés à son camp.

Le chef du file du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, a déjà exclu d'approuver la nouvelle offre de Theresa May, qu'il considère comme une "resucée" de celle que son parti a rejetée la semaine dernière. Pour sa part, le Parti unioniste démocrate (DUP) d'Irlande du Nord - dont May a aussi besoin pour s'assurer d'une majorité - a estimé que les "erreurs fatales" de l'accord original n'avaient pas disparu.

Simon Clarke, un élu tory qui a voté pour l'Accord de retrait lors du troisième vote sur le texte le 29 mars dernier, a déjà prévenu qu'il voterait contre la prochaine fois. Et l'ancien ministre David Jones a qualifié la déclaration de Theresa May "d'inacceptable" et a estimé que cette initiative qui intervient juste avant les élections européennes n'aura pour effet que de favoriser le Parti du Brexit de Nigel Farage.

Un changement de stratégie

En ouvrant la possibilité d'un second référendum et en proposant le maintien d'une forme d'union douanière avec l'UE - deux hypothèses qu'elle a écartées pendant des mois -, Theresa May pourrait compter sur le fait que le Parlement rejettera l'organisation d'une nouvelle consultation, et que sa proposition d'une union douanière "temporaire" restera assez peu solide pour satisfaire une partie des élus conservateurs.

Mais ces concessions soulignent aussi à quel point la stratégie préalablement déployée par la Première ministre - consistant à plaire d'abord aux partisans du Brexit - était vouée à l'échec. La question est de savoir désormais si ces concessions seront suffisantes pour convaincre le Labour.

La "fureur" des députés conservateurs

Le nouveau plan de Theresa May est plutôt mal reçu par la presse britannique. "Audacieux ? Il est encore pire que le précédent", titre The Independent, qui ajoute que cette tentative pour sauver le plan de sortie est vouée à l'échec devant l'accueil hostile des députés conservateurs et ceux de l'opposition.

Selon Le Telegraph, près de 68 députés auraient déjà fait savoir qu'ils voteraient "contre". Selon Laura Kuenssberg, chef du service politique de la BBC, certains membres du Parti conservateur souhaitent pousser Theresa May à la démission avant ce quatrième vote.

"Une nouvelle initiative, lancée par Nigel Evans, a pour but de pour faire tomber la Première ministre pour qu'elle ne puisse pas présenter le projet de loi (...) La situation s'est détériorée dans la nuit pour May", écrit-elle sur Twitter.

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Commentaires
a écrit le 22/05/2019 à 18:55 :
Pourquoi faire "un referendum" alors qu'il est en cours durant ces élections européennes?
a écrit le 22/05/2019 à 17:41 :
EU, échange de biens, janvier > mars, Eurostat
Variation de la balance commerciale sur ces 3 mois par rapport à 2018
France : + 1 Md
Allemagne : - 5 Md
Royaume-Uni : -11,5 Md
Tout est normal, comme prévu!
:>))
a écrit le 22/05/2019 à 17:27 :
Je reviens pour vous expliquer , que ni Theresa May ni Junker ne veulent du BREXIT comme c est eux qui sont aux commandes le BREXIT n aura pas lieu .
Autre question sur les trente quatre tetes de listes , qui votera Junker , cette question n a jamais eu de réponse de la part des modificateurs des traités .
Réponse de le 22/05/2019 à 18:00 :
Junker ne se représente pas, donc personne ne votera pour lui lors de ces élections.
Le brexit c'est séparer le jaune d'oeuf d'une omelette. Vous pouvez accuser les cuisiniers de ne pas y arriver, vous pouvez changer de cuisinier, mais cela reste difficile...
Réponse de le 22/05/2019 à 22:54 :
Plus de Junker à vilipender , mais il était issu d un parti je suppose .
Donc parlons de son successeur et des forces qui le soutenaient , et posons la question quelles listes francaises apporteront leur adhésion à ce funeste groupe .
Reponse : aucune ..... alors là Champagne .
a écrit le 22/05/2019 à 15:49 :
le gouvernement britannique est dans une situation inextricable et les contorsions de T May n'y changeront rien. C'est une impasse totale. Quelles que soient les propositions des uns et des autres il y aura toujours des mécontents. L'éventualité d'un 2ème référendum serait même plus dévastateur encore. Le mieux me semble t'il est que les anglais quittent l'UE et fassent leur expérience d'une vie sans UE. Ils seront en mesure dans quelque temps de constater si leur décision a été la bonne ou non.
a écrit le 22/05/2019 à 12:26 :
Pourquoi faire "un referendum" alors qu'il est en cours durant ces élections européennes?
a écrit le 22/05/2019 à 11:13 :
En résumé ... tout et son contraire.
a écrit le 22/05/2019 à 11:09 :
Le grand peuple britannique choisira toujours la liberté plutôt que la soumission. Donc Brexit
Réponse de le 22/05/2019 à 13:31 :
Si ils choisissent le Brexit, ils se soumettront à l'UE.
Vous pourrez alors dire ce que vous voudrez mais si le RU choisit le Brexit, c'est ce qui se passera, bref exactement le contraire de l'utopie promise par les Brexiters dans leur monde de bisounours déconnecté des réalités du XXIe siècle.
Réponse de le 22/05/2019 à 18:03 :
Les anglais (comme tous les peuples européens) sont représentés démocratiquement à Bruxelles et au parlement européen.
La soumission, c'est d'être seul, face à trump, poutine ou la Chine.
Donc, oui, les anglais choisiront la liberté au sein de l'Europe plutôt que la soumission aux puissances mondiales.
a écrit le 22/05/2019 à 11:09 :
C'est de plus en plus nébuleux.
Cordialement
a écrit le 22/05/2019 à 9:48 :
Savent plus quoi faire ni comment exécuter ce tas mensonges populistes et souverainistes qu'a été le Brexit....comme ils disent : " real deep brexshit ".
Réponse de le 22/05/2019 à 11:47 :
@LeLoup 22/05/2019 9:48
Je suis le premier à reconnaître que la situation au RU n'est pas fameuse (pour être poli).
Il faut toutefois constater que ce n'est pas non plus reluisant en France puisque populistes+illuminés ont obtenu un score global de 48% des votants (sans compter les voix de BH avec son revenu universel à géométrie variable) au 1er tour de l'élection présidentielle 2017.
Cordialement
Réponse de le 22/05/2019 à 15:32 :
la question est qui bloque depuis des mois le brexit ?
Les anglais ou l’Europe.
Les anglais sont prés, c'est l’Europe qui veut trouver des excuses pour ne pas les lâcher.
Et pourquoi l’Europe ne veut pas lâcher les britanniques ?
car ça risque fort de faire exploser le peu de confiance et de crédibilité qui reste au x bureaucrate européen si les anglais s'en sortent mieux seul.La porte sera ouverte pour tous les autres et les français en premiers.
a écrit le 22/05/2019 à 9:37 :
Bon ben c'est pour 2021 alors ! Ah ben le temps de tout organiser hein... ^^

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