Dettes mutualisées : Merkel en passe de réussir son pari en Allemagne

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Photo d'illustration. Bénéficiant d'une forte popularité pour sa gestion saluée de la pandémie dans son pays, Angela Merkel, qui politiquement n'a plus beaucoup à perdre à mesure que la fin de sa carrière politique fin 2021 se rapproche, a pesé de tout son poids.
Photo d'illustration. Bénéficiant d'une forte popularité pour sa gestion saluée de la pandémie dans son pays, Angela Merkel, qui politiquement n'a plus beaucoup à perdre à mesure que la fin de sa carrière politique fin 2021 se rapproche, a pesé de tout son poids. (Crédits : POOL)
La chancelière allemande a obtenu le soutien de son parti et une courte majorité des Allemands approuvent cette initiative de dette mutualisée en Europe pour relancer l'économie. Même le partisan de l'orthodoxie budgétaire et ancien ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, a salué une "proposition nécessaire et importante dans la période que nous traversons".

Angela Merkel a pris un gros risque politique dans son pays en acceptant il y a une semaine à la surprise générale l'idée, taboue jusqu'ici, de dette mutualisée en Europe pour relancer l'économie face au coronavirus.

Signe des évolutions tectoniques provoquées dans les esprits par la pandémie, la chancelière allemande semble bien, à tout le moins chez elle, en passe de gagner le pari: son parti conservateur la soutient et une majorité des Allemands approuvent cette initiative, lancée avec le président français Emmanuel Macron et impensable il y a encore quelques années.

Lire aussi : Macron et Merkel proposent un plan de relance européen de 500 milliards d'euros

Même si la proposition de Paris et Berlin n'aboutit pas au final en raison de l'opposition de plusieurs pays européens, menés par l'Autriche et les Pays-Bas, les limites du débat en Allemagne autour de la solidarité financière européenne ont été repoussées.

"Je n'ai pas le moindre doute quant au fait qu'il y a au Parlement un large soutien pour cette proposition" en Allemagne, déclare dans une interview à l'AFP le président de la Chambre des députés allemande, Wolfgang Schäuble, poids lourd politique du parti démocrate-chrétien CDU de la chancelière allemande.

Proposition "importante"

Wolfgang Schäuble est une voix qui compte en Allemagne. Pro-européen de conviction depuis des décennies, l'ancien ministre des Finances allemand n'en incarne pas moins la rigueur voire l'orthodoxie budgétaire dans son pays.

Lorsqu'il était aux Finances au plus fort de la crise de la zone euro, il s'est attiré les foudres de nombreux pays pour ses fortes réticences à sauver la Grèce de la banqueroute. Et n'est jamais passé pour un grand partisan des dettes en commun.

Aujourd'hui, face au nouveau coronavirus, il applaudit une "proposition nécessaire et importante dans la période que nous traversons". "Elle part du principe que l'Europe doit utiliser cette crise pour se renforcer", dit Wolfgang Schäuble, qui a signé mardi une déclaration commune en ce sens avec son homologue français Richard Ferrand.

Lundi, c'est toute l'instance dirigeante du parti CDU qui a endossé l'idée franco-allemande, visant à ce que l'Union européenne emprunte 500 milliards d'euros pour les reverser sous forme de subventions aux pays les plus touchés par l'impact de l'épidémie, comme l'Italie ou l'Espagne notamment, sans que ces derniers n'aient à rembourser individuellement.

"L'Allemagne n'ira bien que si l'Europe va bien", a martelé à cette occasion la chancelière, selon un participant à la réunion à huis clos.

Présidence allemande de l'UE

Les voix ne sont pas unanimes au sein du mouvement conservateur. Son aile la plus à droite, baptisée "Union des valeurs", a exprimé avec force son mécontentement.

L'un de ses dirigeants, Alexander Mitsch, a dénoncé auprès de l'AFP "un pas supplémentaire vers la création d'une Union [européenne] de dettes et d'un État centralisé". Il a appelé les parlementaires allemands et européens à s'y opposer.

Ces critiques, qui viennent aussi de l'extrême droite et du petit libéral FDP en Allemagne, restent toutefois minoritaires.

Quelque 51% des Allemands sont favorables au plan de relance de la chancelière et du président français, qu'ils vont pourtant financer à eux seuls à hauteur de 27%, selon un sondage de l'institut Civey pour l'hebdomadaire Der Spiegel. Environ 34% y sont a contrario opposés.

Que s'est-il passé? Bénéficiant d'une forte popularité pour sa gestion saluée de la pandémie dans son pays, Angela Merkel, qui politiquement n'a plus beaucoup à perdre à mesure que la fin de sa carrière politique fin 2021 se rapproche, a pesé de tout son poids.

"Elle a été sensible à réaffirmer l'engagement européen de l'Allemagne face aux critiques assez dures de l'Italie ou de l'Espagne" sur le manque de solidarité européenne au pic de la pandémie de Covid-19, estime un membre de l'entourage d'Emmanuel Macron.

"Elle a aussi en tête que l'Allemagne prend la présidence de l'UE en juillet. Elle veut laisser une trace", décrypte-t-il.

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Commentaires
a écrit le 27/05/2020 à 10:54 :
Vivement l´Anschluss de l Allemagne à la proposition autrichienne! Distribuer l´argent du contribuable allemand, saigné par les impôts, gratuitement sans remboursement sans contrôle de l´affectation???
a écrit le 26/05/2020 à 18:59 :
Et Macron en passe de réussir les siens, parce que lui il n'est pas focalisé que sur la dette...
a écrit le 26/05/2020 à 15:04 :
Par joie de se rapprocher d‘une dette mutualisée, certains auteurs ont oublié de lire entre les lignes. Les subventions ne seront pas données aux états à leur libre discrétion, comme le demande l‘Italie, mais pour des projets et à des associations sous contrôle européen, ce qui sera nécessaire pour justifier un engagement de l‘UE. Passant par le budget européen, cette dette nécessitera un accord préalable sur les budgets jusque 2027 qui se dessine en c moment plutôt comme un grand désaccord.
a écrit le 26/05/2020 à 14:06 :
Soutien allemand, ok. Suffisamment de pays disent non semble-t-il...
a écrit le 26/05/2020 à 13:46 :
"Évolution tectonique" ou "teutonique"
a écrit le 26/05/2020 à 12:09 :
Il y avait deux scenarios : l'éclatement de l'Europe entre le Nord et le Sud ou le Frexit. Il semble qu'on s'achemine vers un scenario où le Nord rachète le Sud. Merkel qui a le sens stratégique des opportunités à saisir et Macron qui prise les deals fusion acquisition sont bien faits pour s'entendre. Vive la prospérité en Europe, c'est la meilleure garantie de Paix.
a écrit le 26/05/2020 à 11:26 :
Le ciment a pris,
c'est une immense bonne nouvelle pour nous mais plus nos enfants !
Il faut etre solidaire de nos amis européens, 80 ans sans guerre, sans conflit, réfléchissez les jeunes !!
Vive l'Europe
a écrit le 26/05/2020 à 10:54 :
on ne peut pas faire une dette commune sans controle
les lepen et melenchon sont les premiers a hurler contre le neo bruxellles ultra neo qui asservit les peuples chaques fois qu'on demande une reforme
et il est bien entendu hors de question de reformer quoi que ce soit
donc y aura une dette, peut etre mais le jour ou ca tourne court, les allemands vont se retirer unilateralement
avec des francais comme hollande qui se felicitent de se foutre de leur gueule sans qu'ils le remarquent ( ce qui prouve que hollande connait bien les allemands), ca va tres mal finir
a écrit le 26/05/2020 à 10:51 :
C'est surtout que les allemands sentent bien que le vent tourne, les états unis les montrent mondialement du doigt, les russes ne cachent plus leurs tensions avec eux et les chinois doivent déjà résoudre une crise comme cela faisait bien longtemps qu'ils n'en avaient pas connu, ne pas mutualiser les dettes c'est condamner l'UE à exploser et donc leur ôter le dumping fiscal et social générés par le consortium européen financier dont ils sont tellement friands et dépendants.

L'avantage c'est qu'ils ne devraient pas être en mesure de faire beaucoup de pas de plus en faveur de l'europe, chasser le naturel allemand et il revient au galop c'est reculer pour mieux sauter et cela va encore nous faire perdre du temps avant de pouvoir enfin évoluer.

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